À Ivry-sur-Seine, à deux pas du RER C, l’école d’ingénieurs ESIEA a inauguré en décembre 2025 son nouveau campus, qu’elle présente comme l’un des bâtiments les plus écologiques de France. Pensé comme un véritable outil pédagogique, il incarne une approche où pédagogie par projet, esprit entrepreneurial et préparation aux grands enjeux se conjuguent au quotidien.

Le 24 mars 2026, Loïc Roussel, directeur général de l’ESIEA, a présenté à la presse les grandes orientations stratégiques de l’établissement ainsi que les principaux éléments différenciants de son école. Cette prise de parole s’est prolongée par une visite du campus ; l’occasion de découvrir à la presse ce nouvel espace, pensé comme le symbole du repositionnement de l’école face aux mutations de l’enseignement supérieur et des métiers de l’ingénierie.

Par Valentine Dunyach

ESIEA : une vision de l’ingénieur alignée avec les grands enjeux contemporains

Fondée en 1958 par l’entrepreneur Maurice Lafargue, l’ESIEA aime à se définir comme « l’école de ses anciens diplômés ». Une formule reprise par son directeur général Loïc Roussel lors de la conférence de presse. L’établissement revendique en effet un modèle singulier : une association à but non lucratif, pilotée par ses alumni, dont la gouvernance repose sur ses diplômés depuis plus de soixante ans. Dans ce contexte, l’entrepreneuriat ne relève pas du simple discours. Il se mesure concrètement : parmi les plus de 10 000 anciens élèves répartis à travers le globe, plus de 200 ont créé leur entreprise, pour un montant cumulé de levées de fonds dépassant le milliard d’euros sur les dix dernières années.

Parmi les figures emblématiques : Alexandre Cognard (promo 2004), fondateur de Vestiaire Collective, licorne ayant levé 561 millions d’euros ; Nicolas Dessaigne (promo 1999), fondateur d’Algolia, autre licorne avec 315 millions levés ou encore Jacques de la Rivière (promo 2006), fondateur de Gatewatcher, spécialiste de la cybersécurité. Des alumni occupent aussi des postes de premier plan dans les grandes entreprises mondiales comme SNCF Voyageurs, EDF ou Google.

L’établissement compte aujourd’hui pas moins de 2 200 étudiants répartis sur quatre campus : Paris, Ivry-sur-Seine, Agen et Laval. Accréditée par la CTI, l’école affiche un taux d’employabilité de 100 % et s’appuie sur un réseau de plus de 800 entreprises partenaires.

En décembre 2025, l’ESIEA a franchi une nouvelle étape de son développement avec l’installation de ses étudiants dans un campus éco-conçu, situé à proximité immédiate du RER C et du métro à Ivry-sur-Seine. Cet emménagement marque un tournant pour l’école, historiquement implantée à Paris, dans le 5ᵉ arrondissement. Plus de soixante ans après sa création, l’ESIEA s’inscrit ainsi dans une nouvelle dynamique, en phase avec les enjeux contemporains de l’enseignement supérieur et de l’innovation.

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L’ESIEA dévoile son campus éco-conçu, bâtiment le plus écologique de France

C’est sans doute le symbole le plus évident de la transformation de l’école. Inauguré en décembre 2025 à Ivry-sur-Seine, le nouveau campus de 16 000 m² a nécessité un investissement de 40 millions d’euros. Pour le construire, l’ESIEA a fait le choix engagé, ancré dans les grandes transitions, des matériaux biosourcés. Les vestiges de l’ancien site ont ainsi été broyés et réutilisés sous forme de granulats, tandis que le béton bas carbone, les revêtements en caoutchouc naturel et l’isolation en fibre de bois, composent l’essentiel du bâti.

La grande originalité thermique du site tient à deux sources de chaleur insolites : une serre agricole de 400 m² installée en toiture, et le data center pédagogique de l’école. Ce dernier, unique en son genre dans l’enseignement supérieur selon la direction, permet aux étudiants de monter et démonter intégralement des systèmes sans impacter le réseau de l’établissement. Le campus dispose également d’un réservoir de 260 m³ d’eau, de bassins d’aquaponie de 100 m², et d’un système d’assainissement autonome par phytoépuration. Une miellerie équipée de ruches connectées doit compléter prochainement cet écosystème.

Arthur et Yanis, deux étudiants responsables de l’OpenLab, nous ont visiter les lieux, ne cachent pas leur fierté : « En arrivant dans l’école, la première préoccupation de la plupart d’entre nous, c’est le changement écologique », confient-ils, en longeant les couloirs baignés de lumière naturelle. Le bâtiment est conçu pour tendre vers l’autonomie énergétique : 280 m² de panneaux solaires, un système de pompe hydraulique jouant le rôle de batterie sans recours aux matériaux rares, et des programmes numériques développés par l’école elle-même pour ajuster en temps réel l’éclairage et le chauffage selon la météo et les saisons.

Loïc Roussel, directeur général de l’ESIEA, résume l’intention : « Pour les périodes où le campus produit plus qu’il consomme, un système de pompe hydraulique est présent, permettant de jouer le rôle de batterie sans utiliser de matériaux rares. »

Le bâtiment est certifié HQE Bâtiment Durable, labellisé Énergie Positive & Réduction Carbone (E+C-) et Bâtiment Biosourcé. Il intègre également une résidence étudiante de 311 chambres, accessible directement depuis le métro ligne 7 et le RER C.

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La pratique et le « faire » au cœur de la pédagogie de l’école d’ingénieurs

Dès l’entrée dans le bâtiment, le message est intégré : ici, les étudiants apprennent en faisant. Seulement trois étages sont ainsi dédiés aux salles de cours classiques, quand plus de la moitié des espaces sont consacrés aux projets et à l’expérimentation. Au cœur du dispositif, l’Openlab, un fablab éco-responsable de plus de 2 000 m², présenté comme le plus grand de France, géré par une quarantaine d’étudiants.

 

De la serre sur le toit au fablab géant : comment l’ESIEA repense l’école d’ingénieurs

Dans cet espace, certaines machines à commande numérique -fraiseuses CNC cinq axes, découpeuses laser- ont été fabriquées par les étudiants eux-mêmes. Les imprimantes 3D fonctionnent avec du filament recyclé issu des déchets plastiques collectés dans les poubelles de l’école. Des projets grandeur nature y prennent vie, grâce aux projets étudiants et aux associations ; prototype de fusée, simulateur de planeur, catamaran sur foil, voiture autonome.

70 % des formations reposent sur la pédagogie par projet, un chiffre que l’école revendique comme son ADN depuis sa fondation. Les étudiants sont immergés dans des défis innovants dès la première année : les Projets Scientifiques et Techniques (PST), les projets à impact sociétal et environnemental (PAIRSE) -sobriété numérique, cybersécurité et éthique, économie circulaire, énergies renouvelables- et les hackathons rythment le cursus.

« Aujourd’hui, avec ce nouveau campus, nous pouvons aller encore plus loin avec un cadre d’études conçu pour favoriser l’apprentissage actif, la collaboration et l’innovation », souligne Loïc Roussel.

Le programme ingénieur, proposé en formation initiale ou en alternance sous statut apprenti, se décline en cinq majeures au choix dès la troisième année : cybersécurité, intelligence artificielle et data science, software engineering, réalité virtuelle et systèmes immersifs, et systèmes embarqués et autonomes. À cela s’ajoutent des bachelors (bac+3), des mastères (bac+5) et des mastères spécialisés (bac+6), dont le MSc-AIBT en partenariat avec SKEMA Business School, dispensé entièrement en anglais. Pour 2026, une nouveauté : deux parcours au choix dès le cycle préparatoire ; Data et Intelligence Artificielle d’un côté, Systèmes Numériques et Sécurité de l’autre.

Les valeurs de l'ESIEA : diversité, inclusion et parité

L’école affiche un engagement explicite pour la diversité et l’inclusion, avec plusieurs dispositifs d’accueil de profils variés, une remise à niveau en mathématiques dès l’entrée -le programme PASS ESIEA-, et un accompagnement individualisé tout au long du cursus. Loïc Roussel le souligne : « Nous apprécions la diversité à l’ESIEA. »

Parmi les initiatives les plus visibles en faveur de la parité, l’école a créé la Bourse Marguerite Boucicaut, en partenariat avec Le Bon Marché, destinée à favoriser l’inclusion et la réussite des femmes dans les domaines du numérique et des sciences. L’ESIEA est par ailleurs membre de Women4Cyber France et du Campus Cyber.

L’ouverture à l’international constitue un autre pilier de l’identité de l’école. L’ESIEA s’appuie sur un réseau de 60 universités partenaires réparties sur cinq continents, propose un semestre obligatoire à l’étranger en troisième année et offre la possibilité d’obtenir des doubles diplômes avec des établissements au Canada, au Brésil, en Corée du Sud ou encore au Japon

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Former les ingénieurs à l’ère de l’IA : la vision de l’ESIEA

C’est l’une des questions centrales abordées lors de la conférence de presse du 24 mars 2026 : les écoles d’ingénieurs sont-elles toujours légitimes à l’heure de l’intelligence artificielle ? La réponse apportée par Loïc Roussel engage directement la pédagogie de l’établissement.

S’appuyant sur un rapport publié par Anthropic en mars 2026 sur l’impact de l’IA sur le marché du travail, le directeur général reconnaît que de nombreux métiers d’ingénieurs sont exposés à l’automatisation : « Les effets de l’IA restent encore limités aujourd’hui, mais elle est loin d’avoir atteint son plein potentiel », observe-t-il.

« Dans les années à venir, l’IA sera capable d’exécuter des tâches automatisées plus rapidement et plus efficacement que l’humain, notamment dans le domaine de l’informatique. »

Pour autant, l’ESIEA ne considère pas cette évolution comme une menace existentielle. Au contraire, pour Loïc Roussel, l’intelligence artificielle ne détruit pas la valeur, elle la redéfinit.

La distinction qu’il établit entre les différentes formes d’IA est éclairante : les modèles de type LLM (comme ChatGPT), fondés sur le machine learning, reposent sur des données et des compétences acquises, sans véritable capacité de création. À l’inverse, une IA plus avancée, mobilisant les sciences fondamentales, est en mesure de produire des idées et des solutions inédites. C’est précisément sur ce second levier que l’ESIEA construit sa pédagogie : un socle solide en mathématiques et en sciences, associé à des projets concrets.

Loïc Roussel : « Les ingénieurs doivent être tout ce que la machine ne peut pas être : créatifs, curieux, critiques, capables d’innover et responsables. »

 

L’IA exécute. L’ingénieur conçoit, comprend et décide ; telle est la boussole pédagogique que l’école s’est donnée. Une vision qui repose sur trois piliers : la vision et la compréhension globale d’un système (là où l’IA ne voit qu’une partie), l’esprit critique et la responsabilité (l’IA produit des résultats, mais ne peut évaluer leur pertinence), et la créativité utile, celle qui innove avec intention, pas simplement celle qui génère du contenu.

« C’est cette capacité à sortir du cadre qui fera la différence sur le marché du travail de demain », insiste le directeur général. Pour y parvenir, l’ESIEA mise aussi sur ses partenariats académiques, comme avec CentraleSupélec, Arts et Métiers, SKEMA Business School, la Sorbonne ou encore l’Université Paris Dauphine – PSL, et sur sa présence internationale, pour cultiver chez ses étudiants un regard ouvert.

L’école n’en oublie pas sa mission fondamentale, résumée en une phrase : révéler des femmes et des hommes capables de faire un usage pertinent et responsable des technologies pour répondre aux enjeux de notre temps.

Un bâtiment éco conçu et thermorégulé, des imprimantes 3D alimentées par les déchets, des étudiants qui fabriquent leurs propres machines-outils… À l’ESIEA, le campus représente un véritable terrain de jeu pédagogique d’apprentissage. Celle d’une école qui conçoit la formation des ingénieurs de demain plus seulement dans des amphithéâtres, mais dans la confrontation permanente avec le réel, le complexe et l’imprévu. À l’heure où l’intelligence artificielle rebat les cartes de la valeur ajoutée humaine, c’est peut-être là que s’incarne sa différence.

Crédit : ESIEA