Le nombre de candidats issus des prépas ECG et ECT progresse, mais celui des affectés dans les grandes écoles de management recule de 3 %. Dix écoles n’ont pas fait le plein au concours 2026 et 383 places réservées aux CPGE EC resteront vacantes. Dans un communiqué, l’APHEC alerte sur la fragilisation du continuum entre prépas et grandes écoles, et appelle l’ensemble des acteurs à définir une stratégie commune au cours de l’année 2026-2027.
Par Valentine Dunyach
Comme chaque année, le bilan du SIGEM, le Système d’Intégration aux Grandes Écoles de Management, permet de dévoiler les tendances des choix des candidats issus des classes préparatoires économiques et commerciales. Et l’édition 2026 appelle, selon l’APHEC – l’Association des professeurs de classes préparatoires économiques et commerciales, « une réflexion stratégique partagée entre les acteurs du continuum CPGE – Grandes Écoles ». Derrière la formule, un constat chiffré qui interroge : alors même que le nombre de candidats issus des prépas ECG et ECT était en augmentation, le nombre d’affectés dans les grandes écoles a baissé de 3 % lors de la session 2026. Face à cette situation, l’association présidée par Alain Joyeux appelle à une mobilisation de l’écosystème : grandes écoles, SIGEM et ministère de tutelle.
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Dans son communiqué, l’APHEC souligne, d’un point d’exclamation, le nombre de places vacantes dans les grandes écoles de management recrutant après une classe préparatoire : « Dix écoles n’ont pas réussi à pourvoir toutes les places offertes au concours, soit une de plus qu’en 2025. Trois cent quatre-vingt-trois (!) places réservées aux CPGE EC vont ainsi rester vacantes. »
Un bilan qui, écrit l’association, « interroge tous les acteurs de la filière ». Car les signaux de tension se multiplient en amont comme en aval du concours : les CPGE sont confrontées à une augmentation des demandes de khûbage, ces redoublements volontaires de deuxième année pour retenter les concours, tandis que les démissions avant ou après le SIGEM se multiplient. Surtout, note l’APHEC, de plus en plus de préparationnaires considèrent que le passage par une classe préparatoire n’a de sens que pour intégrer les écoles du très haut de tableau.
Cette course au haut du classement, le président de l’APHEC l’analysait déjà dans les lignes de Thotis, il y a quelques semaines, au mois de juillet. Alain Joyeux y pointait notamment l’évolution du recrutement des grandes écoles : « Les voies d’accès aux grandes écoles se sont diversifiées. Or, les élèves de classes préparatoires considèrent que le retour sur investissement après avoir fait une prépa est d’accéder au haut de tableau. Certains vivent mal la perspective d’être cantonnés à une minorité issue de CPGE, à côté d’une majorité issue d’autres filières. » Les frais de scolarité en hausse participent à ce mouvement selon lui : « Là encore, ce contexte économique les pousse à viser le haut du classement. »
Le président de l’APHEC décrivait aussi, dans ce même article, des stratégies de contournement de plus en plus fréquentes chez les préparationnaires déçus de leur rang : « Certains préfèrent, quand ils le peuvent, cuber, pour retenter les concours et viser une meilleure école. D’autres, et de plus en plus, sortent du système et s’inscrivent en troisième année de licence dans une université. J’en ai personnellement vu privilégier Paris-Dauphine ou une autre licence sélective, plutôt que de refaire une troisième année. Surtout lorsque les professeurs de prépa leur expliquaient qu’ils gagneraient difficilement des rangs en cubant… » Des évolutions dans lesquelles il voyait déjà un danger pour toute la filière : « Nous n’avons absolument pas intérêt à ce que les prépas deviennent une formation pour alimenter seulement cinq ou six écoles, ce serait délétère pour l’ensemble de la filière ! »
Le bilan du SIGEM 2026 vient, quelques semaines plus tard, donner corps à cet avertissement.
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Au-delà du concours lui-même, c’est le recrutement en amont des classes préparatoires qui préoccupe l’association. « L’un des effets délétères de cette évolution pourrait être l’aggravation de l’autocensure de bacheliers qui douteraient de leur capacité à viser un petit nombre de grandes écoles, pénalisant ainsi le recrutement en CPGE », écrit l’APHEC.
Un indicateur retient particulièrement son attention : la part des boursiers. « Notons d’ailleurs que le pourcentage de boursiers affectés en 2026 n’est que de 22,7 % contre 24,8 % en 2025. Or, cette catégorie est particulièrement sujette à l’autocensure », souligne le communiqué. Autrement dit, la concentration des vœux sur une poignée d’écoles risque de dissuader en premier lieu les élèves les plus modestes de tenter l’aventure de la prépa.
Pour les établissements concernés, l’enjeu est double. « Pour les dix écoles qui ne remplissent pas, c’est la question de leur attractivité qui est posée, sans négliger le fait que des places vacantes constituent pour elles une importante perte financière », analyse l’APHEC. Et l’association prévient que la ligne de fracture pourrait se déplacer : « Certaines écoles qui remplissent aujourd’hui toutes les places offertes au concours ne sont pas assurées de garder cet avantage à court ou moyen terme. »
Le paradoxe est d’autant plus frappant que la qualité de l’offre n’est pas en cause, insiste le communiqué : « Toutes les écoles post-prépa sont reconnues au niveau national et international ; toutes offrent des opportunités académiques et professionnelles très intéressantes. L’employabilité des diplômés en Master de management se situe à un niveau exceptionnellement élevé vis-à-vis d’autres formations. » Et pourtant, constate l’APHEC, « force est de constater que de plus en plus d’étudiants s’interrogent sur cette réalité ».
C’est le cœur de l’alerte lancée par l’association : « L’APHEC s’inquiète d’une rétractation de la filière à un nombre toujours plus réduit d’écoles recrutant en CPGE. Si cette tendance se confirmait et s’accentuait, le continuum CPGE-GE serait fragilisé, voire menacé. » Dans ce scénario, prévient-elle, « les CPGE EC devraient alors fortement et rapidement diversifier leurs débouchés pour assurer leur pérennité ».
L’association tient néanmoins à rappeler sa méthode, celle du dialogue plutôt que du conflit : « Notre association n’a jamais privilégié le fracas, mais chaque fois que les intérêts des Classes Préparatoires EC, de leurs étudiants ou de leurs enseignants étaient en jeu, elle a été force de propositions. »
Le communiqué se conclut par une demande explicite de mobilisation collective, adressée à l’ensemble des acteurs de l’enseignement supérieur : « C’est pourquoi nous formons le vœu qu’au cours de l’année 2026-2027, une vraie réflexion nous associe à toutes les Grandes Écoles, au SIGEM et à notre tutelle afin de définir ensemble une stratégie commune, pour relever les défis que la filière CPGE-GE doit affronter. »
Bilan du SIGEM 2026 383 places vacantes en écoles de management, l’APHEC appelle à une stratégie commune
