Pour le top 10, la question ne se pose pas. L’intégralité des places prévues pour les élèves de prépa sont pourvues. Au-delà, remplir pose question.

Par Laura Makary

L’an dernier, sur l’édition 2025, les premières écoles de commerce du Sigem ont fait le plein sans encombre. À l’inverse, au-delà du top 12, le taux de remplissage a été plus aléatoire, oscillant entre 20 et 96%. Enfin, une n’a attiré aucun candidat. Comment l’expliquer ? Et surtout, qu’est-ce que cela signifie pour les établissements concernés ? Nous avons échangé avec plusieurs représentants de la filière, afin de le comprendre.

Un éclairage d’autant plus important que ce phénomène s’est accéléré. « Il y a une dizaine d’années, nous comptions 200 affectés venus de prépa chaque année ! Contre seulement une quarantaine l’an dernier », observe Myriam Merat, directrice du développement de l’Inseec. Pour 60 places ouvertes en 2025.

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Places et ressentis

Plusieurs explications existent pour comprendre cette difficulté. La première : une augmentation au fil des années du nombre de places par les écoles de haut de classement. Le tout dans un vivier stable, voire en baisse. « Sur les dix dernières années, il y a eu en effet une hausse du nombre de places ouvertes par les écoles les mieux classées, même si elles ont conservé une forte sélectivité. Et l’heure n’est pas à une croissance des effectifs en classe préparatoire », acquiesce Anne Rivière, directrice de la formation initiale chez TBS Education et présidente du Sigem depuis 2024.

Entrons dans les chiffres. Entre 2016 et 2025, ce nombre est passé de 380 à 415 chez HEC, de 380 à 445 à l’Essec et de 355 à 430 du côté de ESCP. En 2016, la BCE et Ecricome comptaient 10 684 candidats. Contre 9 729 en 2025. Mécaniquement, les bons élèves ont plus de chances d’atteindre le haut du classement, et donc de délaisser les autres options.

 

D’autres explications entrent en ligne de compte, analyse Alain Joyeux, président de lAPHEC, lAssociation des professeurs de classes préparatoires économiques et commerciales : « Les voies d’accès aux grandes écoles se sont diversifiées. Or, les élèves de classes préparatoires considèrent que le retour sur investissement après avoir fait une prépa est d’accéder au haut de tableau. Certains vivent mal la perspective d’être cantonnés à une minorité issue de CPGE, à côté d’une majorité issue d’autres filières ». Les frais de scolarité en hausse participent à ce mouvement selon lui : « Là encore, ce contexte économique les pousse à viser le haut du classement ».

 

Sans doute l’attention aux classements, au très attendu Sigem, mais aussi aux rankings réalisés par des médias nationaux et internationaux, s’est-elle également accrue ? « Une partie des candidats se posent assez peu de questions et gardent comme seul baromètre le Sigem. Qui n’est d’ailleurs pas un classement, et qui n’est même pas édité par le Sigem ! Alors qu’au final, toutes les écoles présentes dans le Sigem sont de bonne qualité, de grade master et multi-accréditées à l’international », regrette Jean-Christophe Hauguel, directeur général de l’ISC Paris, qui a présidé plusieurs années le Sigem.

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Le recrutement prépa, toujours stratégique

Face à la difficulté d’attirer les élèves de prépa, il arrive que des business schools renoncent. Comme l’EM Normandie, absente depuis 2025 du concours BCE. En 2024, elle n’avait recruté que 9 étudiants de CPGE. Une décision pragmatique. Que pour le moment, l’ISC refuse. « Nous considérons que cela demeure important. Évidemment, en intégrant une vingtaine d’élèves de prépa par an, l’ISC ne peut baser son recrutement que sur cette filière. Mais la prépa demeure un fleuron de l’enseignement supérieur français, qui forme des étudiants avec des modes de raisonnement, des capacités de travail, des esprits de synthèse et d’analyse reconnus », confirme Jean-Christophe Hauguel.

 

« C’est aussi un marqueur historique de ce qu’est une grande école de management », ajoute Richard Soparnot, directeur général de Clermont School of Business, « Même si nous n’attirons aujourd’hui pas un nombre significatif de ces étudiants, je considère qu’ils demeurent des candidats naturels de notre PGE ». « Nous y tenons aussi, parce que cela apporte une mixité des profils dans nos promotions, à laquelle nous restons très attachés. Séduire les étudiants de prépa dans un environnement de plus en plus concurrentiel est un défi que nous relevons avec détermination », complète Myriam Merat, de l’Inseec.

 

Une position qu’Alain Joyeux, de l’APHEC, remarque chez de nombreux établissements. « Même ceux qui recrutent peu d’élèves de prépa tiennent à le faire. Peu importe s’il s’agit de petits flux, ce sont de très bons étudiants, qui viennent alimenter leurs meilleurs doubles diplômes et partenariats ».

À lire également, en lien avec cet article : Tout savoir sur le SIGEM – entretien avec Anne Rivière (TBS Education)

« Délétère pour toute la filière »

Au-delà des questions d’attractivité des tops 10 et 15, une autre alternative commence à apparaître. « Certains préfèrent, quand ils le peuvent, cuber, pour retenter les concours et viser une meilleure école. D’autres, et de plus en plus, sortent du système et s’inscrivent en troisième année de licence dans une université », relève Alain Joyeux, « J’en ai personnellement vu privilégier Paris-Dauphine ou une autre licence sélective, plutôt que de refaire une troisième année. Surtout lorsque les professeurs de prépa leur expliquaient qu’ils gagneraient difficilement des rangs en cubant… » Le président de l’APHEC voit des dangers à ces évolutions : « Nous n’avons absolument pas intérêt à ce que les prépas deviennent une formation pour alimenter seulement cinq ou six écoles, ce serait délétère pour l’ensemble de la filière ! »

 

Face à tout cela, les business schools concernées font leur maximum pour séduire les futurs candidats. « Nous restons actifs, en allant à la rencontre des étudiants auprès de nos établissements partenaires, en participant aux forums, aux différents salons, en communiquant dans les médias… En essayant aussi de montrer les spécificités de l’école, le fait d’être à dimension humaine par exemple », explique Richard Soparnot, de Clermont School of Business. Jean-Christophe Hauguel conclut avec ce conseil : « Il y a aussi une pédagogie à faire en prépa sur le choix de l’école. L’objectif principal est d’en trouver une dans laquelle on se sent bien. Et ce même si elle est un peu moins bien classée… »