SIGEM Anne Rivière

En juillet, des milliers de préparationnaires vont vivre quelques jours suspendus à leur écran. Le SIGEM (Système d’Intégration aux Grandes Écoles de Management) s’apprête à ouvrir sa session 2026. Inscriptions, classement des vœux, algorithme d’affectation : Anne Rivière, présidente de l’association et directrice de la formation initiale à TBS Education, décrypte pour Thotis les rouages d’une procédure qui a fêté ses 25 ans cette année. 

Par Valentine Dunyach

À l’approche du SIGEM 2026, plusieurs enjeux liés aux classes préparatoires refont surface, à commencer par le cubage, qui demeure un sujet de débat récurrent. Alain Joyeux, président de l’APHEC, défend une position nuancée : s’il reconnaît que cette troisième année de prépa peut être bénéfique dans certaines situations, il rappelle qu’« il n’existe pas de solution miracle » et qu’« il ne s’agit pas de rejeter le cubage par principe ». Il met toutefois en garde contre certaines dérives liées à la recherche d’un meilleur classement au SIGEM : « Il y a des abus, et il faut lutter contre. Le cubage coûte cher à la collectivité, il faut le rappeler. Et cuber pour gagner deux rangs d’école par rapport à celle obtenue au premier concours est tout simplement ridicule. » À ses yeux, les barres d’admissibilité jouent en revanche un rôle limité dans cette décision, puisque « la plupart des étudiants ne connaissent pas les barres d’admissibilité » avant la phase d’admission et d’affectation.

Le président de l’APHEC observe également l’émergence de nouvelles stratégies chez certains préparationnaires au moment des choix d’intégration. Face à la hausse des frais de scolarité, certains préfèrent renoncer à une école obtenue par concours, voire se tourner vers l’université. Dans ce contexte, il souligne que certaines universités « ont bien compris que ces étudiants de classes prépa étaient de bons étudiants ». Quant à la question du retour sur investissement des grandes écoles, Alain Joyeux invite à relativiser le poids du classement dans une trajectoire professionnelle : « Une très bonne école peut être un tremplin en début de carrière, mais rapidement, à BAC diplôme +10, les différences de niveau de salaire dépendent beaucoup plus de la réussite des missions professionnelles menées que du rang de l’école dont est issu le diplômé. »

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Le SIGEM, de quoi s’agit-il exactement ?

Avant l’an 2000, l’entrée en grande école de management relevait d’un véritable parcours du combattant administratif. Chaque établissement gérait ses propres listes de classés et contactait les candidats un par un pour connaître leur choix d’affectation. Faute de pouvoir répondre avant d’avoir tous ses résultats en main, il n’était pas rare qu’un étudiant réserve plusieurs places simultanément en versant des acomptes ; une situation floue, coûteuse et épuisante, tant pour les candidats que pour les écoles, contraintes de gonfler artificiellement leurs listes pour anticiper les désistements.

Procédure d’affectation commune créée par les établissements eux-mêmes, il réunit aujourd’hui 26 grandes écoles, dont 23 grandes écoles de management issues des concours BCE et ECRICOME. Il constitue désormais l’unique porte d’entrée pour les élèves de classes préparatoires ECG, ECT et littéraires souhaitant intégrer l’une de ces formations. Juridiquement, le SIGEM est une association dont les décisions stratégiques sont soumises au vote des écoles membres. Son bureau élu réunit Anne Rivière (TBS Education) à la présidence, Hugues Contant (EDHEC) comme vice-président, Imen Mejri (NEOMA) au poste de trésorier et Stéphanie Hiaumet (Rennes School of Business) en qualité de secrétaire générale.

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Le calendrier du SIGEM en 2026 : les étapes à ne pas manquer

La session 2026 s’articule autour de trois fenêtres temporelles courtes et impératives. Les inscriptions ouvrent le mardi 30 juin à 9h00 et ferment le mardi 7 juillet à 18h00. Vient ensuite la saisie des vœux, du lundi 13 juillet à 14h00 au mercredi 15 juillet à 17h00. Les résultats d’affectation seront publiés le vendredi 17 juillet à partir de 14h00.

Aucun délai supplémentaire ne sera accordé : ces dates sont, selon Anne Rivière, « impératives ».

Sur le plan financier, les candidats non boursiers doivent s’acquitter d’un acompte de 800 euros au moment de l’inscription ; somme reversée aux écoles dès la publication des résultats. Les boursiers en sont exemptés, mais leur inscription au SIGEM reste tout aussi obligatoire.

 

Trois étapes, un algorithme

La mission du candidat se résume à trois gestes successifs : s’inscrire et accepter la procédure, classer ses vœux par ordre de préférence, puis consulter son résultat d’affectation, qui est unique. L’algorithme ne produit en effet qu’une seule affectation par candidat.

Son fonctionnement est limpide, comme l’illustre Anne Rivière avec l’exemple de Manon. Après ses oraux, cette candidate a classé l’école X en premier choix, l’école Y en second, l’école Z en troisième. L’algorithme examine d’abord sa possibilité d’intégrer l’école X : celle-ci a ouvert 300 places, mais le dernier admis est classé 724e, et Manon est 946e : elle n’y entre pas. L’algorithme se tourne alors vers l’école Y, qui propose 350 places et remonte jusqu’au rang 1 072 pour les pourvoir. Manon, classée 984e, obtient sa place. Elle sera affectée uniquement à l’école Y.

En 2025, 7 127 candidats ont été affectés via cette procédure, soit environ 95 % de ceux ayant exprimé au moins un vœu. Un taux de succès élevé, même si Anne Rivière partage son inquiétude d’un nombre « croissant » de candidats qui n’arrivent pas au bout de la démarche, alors que le système est pourtant conçu pour les servir.

Comment bien classer ses écoles ?

C’est lors de cette étape que la plupart des erreurs peuvent se produire. La tentation est forte de reproduire les rangs d’admission de l’année précédente pour établir sa liste ; une logique que la présidente du SIGEM invite à mettre de côté. 

« Chaque session est différente », rappelle-t-elle. L’algorithme est précisément conçu pour affecter chaque candidat à la meilleure école possible en fonction de son rang et des vœux de l’ensemble des autres candidats. Raisonner sur des données de l’an passé revient donc à jouer avec des paramètres qui ne seront plus valables en juillet 2026.

Le vrai critère ? Ses propres préférences. Anne Rivière est directe sur ce point : choisir une école, c’est choisir trois ou quatre années de vie ; des campus, des parcours, une communauté. Elle conseille ainsi aux préparationnaires de profiter des entretiens oraux pour poser des questions aux équipes pédagogiques, tester l’atmosphère des établissements et vérifier que les spécialisations proposées correspondent réellement à leurs ambitions. « Mettez en choix n°1 votre école préférée », conseille-t-elle sans détour.

Les vœux peuvent être modifiés jusqu’à la clôture de la période de saisie, le 15 juillet à 17h00. Passé ce délai, plus aucune modification n’est possible. Pour s’assurer que les choix ont bien été enregistrés, deux dispositifs existent : la génération d’un document récapitulatif directement sur le site du SIGEM (sigem.org), et l’e-mail de confirmation automatiquement envoyé après la validation finale. Il est fortement conseillé de surveiller sa boîte mail durant toute cette période.

Les deux erreurs à ne surtout pas commettre

Anne Rivière identifie deux pièges récurrents. Le premier : croire que les écoles se chargeront elles-mêmes des démarches d’affectation après les oraux. Ce n’est pas le cas : l’inscription au SIGEM est une étape que le candidat doit accomplir personnellement, dans le délai imparti. Le second : classer les écoles en fonction d’une logique externe (classements médias, réputation supposée) plutôt que selon ses véritables préférences. L’algorithme est conçu pour maximiser les chances de chacun ; encore faut-il lui fournir une liste sincère.

Se renseigner, se faire accompagner

Pour toute question, la première ressource est le site officiel : sigem.org, qui centralise les informations pratiques et propose une FAQ. À partir du 30 juin, une hotline sera également disponible jusqu’à la publication des résultats : 0800 800 441 (numéro vert, appel gratuit).

Anne Rivière conclut avec un message adressé directement aux candidats, leur souhaitant un excellent « tour de France » des oraux, les invitant à la curiosité et à l’écoute de leurs envies, tout en « en laissant aussi parler leur cœur ». Dans un calendrier aussi serré, c’est peut-être le meilleur conseil à suivre.

SIGEM Anne Rivière