Interview - épreuve : le Triptyque HEC Paris

La période des entretiens oraux post-prépas des grandes écoles de management approche. Parmi les épreuves les plus redoutées par les candidats, le Triptyque d’HEC Paris occupe une place à part : collective, interactive, exigeante, elle reste l’une des plus singulières du paysage des concours. À l’approche de cette échéance, nous avons recueilli les conseils de Lisa-Marie Durand-Condé, responsable recrutement post-classes préparatoires à HEC Paris. Gestion du temps, posture des trois rôles, erreurs à éviter, intelligence relationnelle : elle détaille pour Thotis Prépa les attendus du jury et ce qui fait vraiment la différence.

Par Valentine Dunyach

Le Triptyque : une épreuve collective au cœur du dispositif des entretiens d'HEC Paris

Le Programme Grande École d’HEC Paris est notamment accessible après une classe préparatoire via le concours BCE. À l’oral, l’épreuve du Triptyque est coefficient 6 et s’adresse à tous les candidats issus des classes préparatoires aux grandes écoles, toutes voies confondues.

Son format est singulier. Encadrée par un jury de deux personnes, l’épreuve dure entre 30 minutes et une heure et met en scène quatre candidats répartis en trois rôles distincts : le convaincant, le répondant et les observateurs (deux candidats occupent ce dernier rôle). Le convaincant dispose de 15 minutes de préparation, puis présente son point de vue en 4 minutes avant de débattre pendant 5 minutes avec le répondant. Les deux observateurs restituent et analysent l’échange seuls face au jury pendant 5 minutes chacun.

L’épreuve porte sur un sujet contemporain lié à la société, au vivre-ensemble ou à l’actualité. Chaque rôle répond à des attentes précises, et c’est dans leur articulation que se joue l’essentiel de la notation.

Ce que le jury cherche à détecter : bien plus que la rhétorique

La première chose à comprendre sur le Triptyque est sa nature. Lisa-Marie Durand-Condé indique : « Le Triptyque n’est pas une pure épreuve de rhétorique, mais une épreuve d’interaction. Un candidat qui oublierait cet aspect passerait à côté de l’exercice. »

Ce que le jury observe, c’est la capacité des candidats à mobiliser l’ensemble de leurs qualités dans un cadre collectif. « Le Triptyque est spécifiquement conçu pour nous permettre d’avoir un aperçu de l’ensemble de ces qualités chez un candidat. Il n’y en a pas une que nous valorisons plus que l’autre : nous cherchons à voir comment tout cela s’incarne chez un candidat et comment il mobilise ses qualités au sein d’une interaction de groupe. »

Culture générale, capacité d’analyse, écoute, intelligence relationnelle : ces dimensions sont évaluées simultanément et dans leur combinaison. C’est ce qui distingue cette épreuve d’un simple exercice de prise de parole en public.

Quant aux qualités qui font la différence, Lisa-Marie Durand-Condé en identifie quatre : « Énergie, adaptation, réactivité et pertinence. » Elle précise : « Les candidats qui réussissent très bien le Triptyque sont également ceux capables d’intégrer les éléments apportés par l’autre candidat afin d’enrichir leur propre réflexion et ainsi de faire progresser le débat. » Elle ajoute l’importance des exemples concrets : « Il est important de donner vie à son argumentaire, mais cela n’implique pas d’intégrer Kant ou Hegel à toutes ses réflexions. »

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Rôle par rôle : ce qu'attend concrètement le jury

Le convaincant : clarté, position nette, respect du temps

Le convaincant dispose de 4 minutes pour défendre un point de vue. Ce temps est court, et sa maîtrise est un critère à part entière. Lisa-Marie Durand-Condé précise les attendus : « Le convaincant doit prendre une position nette, proposer un argumentaire clair pour la défendre, avec des exemples pertinents, tout cela en respectant précisément le temps imparti. Il doit utiliser un ton adapté, convaincu mais ouvert, tout en étant capable d’intégrer les éléments de contradiction apportés par le répondant afin d’approfondir ou de nuancer sa réflexion. » 

La prise de position est donc indispensable. Ne pas trancher clairement est l’une des erreurs les plus fréquemment observées par le jury, de même que « chercher à tout prix le consensus mou », comme le relève la responsable recrutement.

 

Le répondant : enrichir, pas attaquer

Le rôle du répondant est parfois mal compris par les candidats. Beaucoup d’entre eux pensent qu’il s’agit de contredire systématiquement ou de prendre le dessus dans l’échange. Pour la responsable du recrutement, c’est une erreur : « Le rôle du répondant est d’enrichir l’échange en proposant un point de vue différent sur le sujet ou en le nuançant fortement. Un bon répondant saura créer un dialogue avec le convaincant afin de faire progresser l’échange. Un répondant trop agressif ou qui ne se cantonne qu’à assaillir le convaincant de questions sans lui-même apporter de nouveaux éléments pertinents pour le débat n’aura pas compris la nature de l’exercice. »

Ce que le jury valorise aussi est ce que Lisa-Marie Durand-Condé appelle l’intelligence sociale : « Rebondir avec intelligence sur les propos d’un autre candidat, reconnaître que l’on a omis certains points importants dans le traitement d’un sujet, relancer l’échange quand le candidat adverse peine à rebondir : ce sont autant de points qui illustrent l’intelligence sociale des candidats. Ce sont des éléments que nous cherchons à détecter via cet exercice. », souligne-t-elle.

 

L’observateur : le rôle le plus sous-estimé

Les deux candidats dans le rôle d’observateur ont souvent tendance à considérer leur position comme secondaire ; cela est une erreur de stratégie. « Un excellent observateur saura détecter les qualités ainsi que les défauts de chaque candidat durant l’exercice. Son rôle est de se positionner le plus objectivement possible sur la qualité des prestations individuelles et des interactions. Un excellent observateur fera également preuve de recul sur la manière dont les sujets ont été traités et pourra même mettre en avant des éléments qui lui paraissent importants et qui ont pourtant été laissés de côté. »

Objectivité, recul analytique, capacité à identifier ce qui a manqué dans le débat : c’est autour de ces critères que se joue souvent une partie décisive de la note.

Les erreurs à éviter absolument

Lisa-Marie Durand-Condé dresse une liste précise des erreurs les plus fréquentes observées chaque année : « Une mauvaise gestion du temps, la non prise de position claire sur le sujet traité, chercher à tout prix le consensus mou, mobiliser des références déconnectées du sujet, ne pas s’appuyer sur les propos de l’autre candidat, ne pas être concret. »

L’idée reçue selon laquelle il faudrait absolument « briller » ou dominer l’échange revient souvent. C’est précisément le type de mauvaise compréhension que le jury sait repérer. Le Triptyque est conçu pour évaluer l’interaction, pas la performance individuelle. Un candidat qui monopolise l’espace, qui ne rebondit pas sur les propos de son interlocuteur, ou qui récite un argumentaire sans l’adapter à l’échange, passe à côté de l’exercice.

L’autre erreur fréquente est la mauvaise gestion du temps. Dans le rôle du convaincant, 4 minutes est à la fois très court et très précis. En dépasser les limites, ou ne pas les atteindre, envoie un signal négatif au jury.

Comment se préparer efficacement dans les semaines précédant les oraux

La préparation au Triptyque repose sur deux axes selon Lisa-Marie Durand-Condé. Le premier est la culture de l’actualité : « Beaucoup de sujets sont reliés à l’actualité. Il est important de s’intéresser à ce qui se passe en France et dans le monde afin d’avoir des éléments à mobiliser. » Le second est la pratique de l’épreuve en conditions réelles : s’exercer au respect des temps de parole propres à chaque rôle, et travailler la posture physique ; « c’est-à-dire regarder l’autre », précise-t-elle.

Pour les candidats craignant de perdre leurs moyens ou de manquer d’idées le jour J, la responsable recrutement apporte un ‘cadrage’ rassurant mais exigeant : « Qu’ils se rassurent, le jury note chaque candidat sur l’ensemble de sa prestation. Avoir été moyen sur l’un des rôles n’est pas forcément synonyme d’échec. L’épreuve est longue et permet à chaque candidat de montrer la pluralité de ses qualités. »

Maintenir son énergie sur la durée est d’ailleurs une compétence en soi : « Il faut pouvoir fournir la même énergie tout au long de l’épreuve, même si l’on pense avoir donné une prestation moyenne lors de sa première intervention. »

Le conseil final

À la question de l’ultime conseil à partager aux candidats HEC en 2026, Lisa-Marie Durand-Condé répond ceci : « Avoir confiance dans la préparation que leur ont donné les années qu’ils viennent de passer au sein des classes préparatoires, et surtout ne rien lâcher avant la fin ; que ce soit pour le Triptyque ou pour l’ensemble des épreuves qu’ils auront à passer sur notre campus au mois de juin. »

Si le Triptyque est une épreuve exigeante, sa logique est cohérente. Il s’agit de montrer ce que l’on est capable de faire dans un échange, pas de réciter ce que l’on a préparé seul. C’est précisément ce qui le rend difficile à simuler et c’est aussi pour cela que la pratique régulière, en conditions réelles, reste la meilleure préparation possible.