Présidentielle 2027 : à un an du scrutin, ce que révèle l’enquête Ipsos bva sur les attentes des 18-29 ans

Présidentielle 2027 : à un an du scrutin, ce que révèle l’enquête Ipsos bva sur les attentes des 18-29 ans

À moins d’un an de l’élection présidentielle 2027, quel regard les 18-29 ans portent-ils sur leur avenir ? S’ils se disent satisfaits de leur vie actuelle, ils craignent un déclassement générationnel, sont nombreux à envisager leur avenir ailleurs et doutent de la capacité des responsables politiques à préparer celui de leur génération. L’enquête Ipsos bva réalisée pour Aix-Marseille Université (amU) dans le cadre de la démarche Jeunesse 2027 révèle par ailleurs une génération qui entend bien peser dans les urnes.

Par Valentine Dunyach

 

 

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L’étude a été menée par Internet du 23 juillet au 5 août 2026 auprès de 3 030 personnes âgées de 18 à 29 ans, un échantillon national représentatif incluant 130 jeunes résidant dans les DROM (Martinique, Guadeloupe, Mayotte, Guyane, La Réunion). Publiée en septembre 2026, elle concerne autant les étudiants et leurs parents que le monde de l’enseignement supérieur.

Enquête Ipsos bva x Aix-Marseille Université (amU) : les chiffres à retenir
  • 77 % des 18-29 ans se disent satisfaits de la vie qu’ils mènent, un niveau comparable à celui de l’ensemble des Français (76 %).
  • 76 % sont inquiets pour la situation de la France et 74 % pour la situation internationale. Près de 6 sur 10 (59 %) n’éprouvent que des sentiments négatifs face à la situation du pays.
  • 89 % pensent qu’ils devront travailler plus longtemps que les générations précédentes pour bénéficier d’une retraite, 86 % qu’ils auront davantage de difficultés à accéder à la propriété et 84 % à trouver un emploi stable.
  • 79 % ont déjà envisagé de construire leur vie et leur avenir ailleurs qu’en France, dont 34 % qui y réfléchissent sérieusement.
  • 78 % estiment que les responsables politiques actuels préparent mal leur avenir et 82 % les jugent trop éloignés des réalités de la jeunesse. 64 % ne font pas confiance aux futurs candidats pour prendre en compte leurs préoccupations.
  • Malgré cette défiance, 75 % s’intéressent au scrutin de 2027 et 8 sur 10 ont l’intention d’aller voter, dont 55 % avec certitude.
Les 18-29 ans face à leur avenir, en trois chiffres
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%
satisfaits de la vie qu'ils mènent
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ont envisagé de construire leur avenir ailleurs qu'en France
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jugent que les responsables politiques préparent mal leur avenir

77 % des jeunes se disent satisfaits de leur vie, mais 79 % ont déjà envisagé un avenir hors de France et 78 % estiment que les responsables politiques préparent mal leur avenir.

Une jeunesse inquiète, mais déterminée à faire entendre sa voix

Le bonheur privé ne construit pas un optimisme collectif. La satisfaction de vie grimpe à 82 % chez les actifs et à 84 % chez les diplômés du supérieur, mais retombe à 70 % chez les inactifs et à 57 % dans les DROM. Sur le plan professionnel, la confiance reste mesurée : 65 % des jeunes actifs se disent confiants pour leur propre situation, et 52 % des inactifs pour leur avenir professionnel.

Dès que le regard se porte sur le pays, le ton change. Seuls 24 % se disent confiants pour la situation de la France et 26 % pour la situation internationale. Invités à décrire leur état d’esprit, les 18-29 ans citent d’abord l’inquiétude (55 %), loin devant l’impuissance (34 %), le découragement (28 %) et la colère (25 %). L’espoir ne recueille que 21 % des réponses, l’optimisme 10 %.

Ce pessimisme nourrit un sentiment de déclassement générationnel massif. Retraite, logement, emploi : sur chacun de ces terrains, plus de 8 jeunes sur 10 s’attendent à une vie plus difficile que celle de leurs aînés, et 78 % estiment que leur génération est moins écoutée par les responsables politiques que les autres. Dans ce contexte, l’expatriation devient une hypothèse banale : 79 % ont déjà envisagé de construire leur vie ailleurs qu’en France, une aspiration qui atteint 83 % chez les jeunes des grandes villes et 85 % dans l’agglomération parisienne.

Pouvoir d’achat, environnement, éducation : quelles sont les principales préoccupations des jeunes ?

Parmi les sujets qui préoccupent le plus les jeunes, le pouvoir d’achat et le niveau de vie arrivent en tête (34 %), devant l’insécurité (25 %), la protection de l’environnement (24 %), les discriminations, le sexisme et les violences faites aux minorités (24 %) et les inégalités sociales (23 %). La santé mentale réunit 18 % des citations, l’éducation et les conditions d’études 14 %, l’intelligence artificielle 8 %.

Sujet de préoccupationPart des 18-29 ans
Pouvoir d'achat et niveau de vie
34 %
Insécurité
25 %
Protection de l'environnement
24 %
Discriminations, sexisme et violences faites aux minorités
24 %
Inégalités sociales
23 %
Santé mentale
18 %
Éducation et conditions d'études
14 %
Intelligence artificielle
8 %

Regroupées en cinq grandes thématiques, ces préoccupations dessinent une hiérarchie claire : « Vivre dignement » (précarité, logement, discriminations, inégalités du quotidien) s’impose comme première priorité pour 32 % des jeunes, et même 45 % dans les DROM. Suivent « Prendre soin de soi et des autres » (20 %), « Se former et trouver sa place dans le monde du travail » (17 %), « Être entendu, engagé et représenté » (16 %) et « Faire face aux grandes transformations » (15 %).

Trois fractures traversent la jeune génération actuelle

L’enquête rappelle qu’il n’existe pas une jeunesse, mais des jeunesses. La fracture est d’abord sociale : 51 % des 18-29 ans se disent en difficulté financière, une proportion qui monte à 56 % chez les étudiants et 72 % dans les DROM. Entre jeunes confortables financièrement et jeunes en difficulté, la satisfaction de vie passe de 92 % à 63 % et la confiance dans la situation de la France de 32 % à 16 %.

La fracture est ensuite celle du genre : 29 % des jeunes hommes ont confiance dans la situation de la France contre 19 % des jeunes femmes. Elle est enfin territoriale : dans les DROM, 8 % des jeunes sont confiants dans la situation de la France (24 % dans l’Hexagone) et 3 % seulement estiment que les responsables politiques préparent bien leur avenir (23 %).

Une forte défiance politique, sans désengagement démocratique

Le jugement porté par les 18-29 ans sur la classe politique est sans appel. 82 % des jeunes estiment que les responsables politiques sont trop éloignés des réalités de la jeunesse par leur âge ou leur parcours, 79 % qu’ils ne s’intéressent à elle que pour leur image et pour des raisons électorales. À peine un quart pense qu’ils prennent des décisions dans l’intérêt des jeunes (26 %) ou comprennent leurs difficultés quotidiennes (25 %). Au total, 78 % considèrent que les responsables actuels préparent mal leur avenir, un scepticisme encore plus marqué chez les étudiants (17 % seulement répondent oui).

Les futurs candidats à la présidentielle n’échappent pas à cette défiance : 64 % des jeunes ne leur font pas confiance pour comprendre et prendre en compte les préoccupations de la jeunesse. La confiance tombe à 29 % chez les étudiants et à 31 % chez les jeunes femmes, quand elle atteint 57 % chez les jeunes d’extrême droite.

La crédibilité se déplace alors vers les acteurs de proximité. Le monde associatif est jugé à l’écoute de la jeunesse par 70 % des répondants. Le secteur éducatif (université, école) divise exactement la génération, avec 50 % d’avis favorables, devant les élus locaux (49 %), les syndicats (43 %) et les entreprises (37 %). L’Assemblée nationale (23 %) et le Gouvernement (22 %) ferment le classement.

ActeurJugé à l'écoute de la jeunesse
Monde associatif
70 %
Secteur éducatif (université, école)
50 %
Élus locaux
49 %
Syndicats
43 %
Entreprises
37 %
Assemblée nationale
23 %
Gouvernement
22 %

Élection présidentielle 2027 : un rendez-vous à ne pas manquer

Cette défiance ne se traduit pourtant pas par un retrait. 75 % des 18-29 ans se disent intéressés par l’élection présidentielle d’avril-mai 2027, un niveau équivalent à celui de l’ensemble des Français (74 %) et qui grimpe à 80 % chez les 18-19 ans. Surtout, 8 jeunes sur 10 déclarent avoir l’intention d’aller voter : 55 % « certainement » et 25 % « probablement ». Seuls 14 % prévoient de s’abstenir et 6 % ne savent pas encore.

Chez ceux qui n’iront pas voter, l’abstention relève davantage de la défiance que de l’indifférence. 32 % pensent que leur vote ne changera rien, 31 % n’ont pas confiance dans le système électoral, 27 % ne se sentent pas représentés par les programmes des candidats et 24 % ne s’estiment pas assez informés pour voter. Cette génération n’est pas dépolitisée : 59 % des jeunes se sentent personnellement engagés pour une cause.

Les 18-29 ans et le scrutin de 2027
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%
intéressés par l'élection présidentielle
0
%
iront « certainement » voter
0
%
prévoient de s'abstenir

75 % des jeunes s’intéressent à la présidentielle 2027, 55 % iront « certainement » voter et seuls 14 % prévoient de s’abstenir.

Vingt mesures pour faire entendre la voix des jeunes dans le débat public

À l’initiative d’Aix-Marseille Université (amU) avec le soutien du Cercle des économistes, la démarche Jeunesse 2027 vise à mieux faire entendre la voix des jeunes dans le débat public à l’approche de l’élection présidentielle. Vingt mesures construites par un collectif de jeunes, quatre par thématique, ont été soumises à l’échantillon, invité à les classer par ordre de priorité. Dix d’entre elles se détachent, citées parmi les priorités des répondants :

  1. Proposer un bilan de santé gratuit à tous les jeunes de 20 ans pour faire de la prévention une vraie politique publique : 62 %
  2. Rendre obligatoire la prise en compte des résultats des pétitions, conventions citoyennes et référendums d’initiative citoyenne dans la décision publique : 61 %
  3. Faire de la protection du vivant une priorité nationale régalienne au même titre que la défense ou la sécurité : 60 %
  4. Imposer que l’impact sur le climat et la biodiversité des entreprises soit un critère majeur dans l’attribution des marchés publics, puis étendre cette règle aux appels d’offres privés : 60 %
  5. Améliorer la garantie locative publique existante en la rendant unique, plus simple et reconnue par tous les propriétaires pour faciliter l’accès au logement des jeunes sans garant : 59 %
  6. Lancer un plan national pour adapter les formations aux besoins du marché du travail et valoriser les filières professionnelles : 56 %
  7. Instaurer une heure de cours d’orientation toutes les deux semaines pour que tous les jeunes connaissent leurs droits, les aides disponibles et les différentes filières : 54 %
  8. Mettre en place des ateliers de sensibilisation à la santé mentale à chaque étape de la scolarité, avec des professionnels spécialisés : 52 %
  9. Prendre en compte l’engagement citoyen dans le calcul de la retraite : 49 %
  10. Créer dans chaque université un référent anti-discrimination dédié à accompagner les étudiants victimes de discriminations dans leur recherche de stage ou d’alternance : 47 %

Ce que les étudiants placent en haut de la liste

Les mesures de santé séduisent particulièrement les étudiants : 66 % d’entre eux retiennent le bilan de santé gratuit à 20 ans (65 % des femmes), et les ateliers de sensibilisation à la santé mentale atteignent 66 % chez les étudiants et élèves, contre 52 % en moyenne. Le sujet n’a rien d’abstrait : si 86 % des jeunes se disent en bonne santé, 28 % estiment aller mal sur le plan de leur santé mentale, une proportion qui grimpe à 36 % chez les femmes de 18-19 ans et à 35 % chez celles de 20-24 ans.

Sur la formation, le plan national d’adaptation des formations aux besoins du marché du travail convainc 62 % des diplômés d’un Bac+5 et plus, et la plateforme nationale unique « France Avenir » pour trouver une formation, un métier, un emploi, un mentor, un stage ou une alternance réunit 51 % des jeunes. L’intégration d’une matière IA aux programmes, du primaire au lycée, ne recueille que 42 %.

MesureEnsemble des 18-29 ansÉtudiants
Bilan de santé gratuit à 20 ans
62 %66 %
Ateliers de sensibilisation à la santé mentale
52 %
66 %étudiants et élèves

Une génération en attente de réponses et non de promesses

Le portrait qui se dégage est celui d’une jeunesse lucide plutôt que résignée. Inquiète pour l’avenir de son pays, convaincue d’hériter d’une vie plus difficile que celle de ses parents, elle n’en reste pas moins prête à voter et à s’engager. Son message aux candidats de 2027 tient en quelques priorités concrètes : se loger sans garant, se soigner et prévenir, se former pour un emploi stable et voir ses consultations citoyennes réellement prises en compte. Pour les universités et les écoles, jugées à l’écoute par seulement un jeune sur deux, l’enquête constitue également une invitation à poursuivre le dialogue.

Source : enquête Ipsos bva pour Aix-Marseille Université, « Faire émerger la voix de la jeunesse », septembre 2026. Échantillon de 3 030 jeunes de 18 à 29 ans interrogés en ligne du 23 juillet au 5 août 2026.

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