« Faire de la jeunesse une priorité stratégique » et « replacer l’enseignement supérieur dans le débat public » : l’appel de la CGE, à l’approche des élections présidentielles

La Conférence des grandes écoles, qui réunit quelque 236 établissements français et 500 000 apprenants, a présenté ses propositions, en amont des présidentielles de 2027. Objectif : « appeler les candidats à s’intéresser aux jeunes ».

Par Laura Makary

« Pousser un cri d’alarme », voilà le message qu’espère faire passer Delphine Manceau. « Nous sommes frappés par l’absence de sujets liés à la jeunesse, à l’enseignement supérieur et à la recherche dans le débat public », souligne la présidente de la Conférence des grandes écoles et directrice de Neoma Business School. L’enjeu de la CGE, avec cette conférence de presse et cette liste de propositions, émises en amont des élections présidentielles du printemps prochain : « appeler les candidats à s’intéresser aux jeunes, et à l’enseignement supérieur ».

Delphine Manceau estime d’ailleurs que les chantiers listés par la Conférence « vont au-delà des enjeux académiques, ils visent à construire notre avenir, les compétences et les expertises dont notre pays aura besoin ».

La conférence de presse et la diffusion de ces propositions ont eu lieu le 1er octobre. Delphine Manceau était entourée de deux vice-présidents de la CGE, Romain Soubeyran, directeur de CentraleSupélec et Laurent Champaney, directeur des Arts et Métiers. Ensemble, ils ont dressé la liste des quatre dossiers jugés « prioritaires ».

Qualité et accessibilité

Premier chantier : « garantir la qualité des formations, tout en donnant à chacun les moyens de réussir », en rendant l’enseignement supérieur « plus lisible » et « clarifié par la régulation ». Romain Soubeyran relève le manque d’informations des lycéens face aux différentes filières d’orientation.

La CGE suggère un nouveau calendrier sur l’année de Terminale. « Nous pourrions avancer le calendrier, les lycéens recevraient une acceptation, sous condition des résultats du bac, dès le mois de janvier. Cela leur permettrait de mieux se projeter et d’assurer une meilleure continuité entre enseignement secondaire et supérieur », détaille Delphine Manceau. Autre avantage de ce changement à ses yeux : « Certains élèves, s’ils sont pris par exemple en Suisse ou au Canada en janvier, ne s’inscrivent même pas sur Parcoursup. Nous pourrions ainsi tenter de retenir ces talents ».

La Conférence vise à « rendre les études accessibles à tous, sécuriser les parcours, surtout pour les étudiants en fragilité matérielle et financière », explique Romain Soubeyran. La Conférence appelle à « finaliser la réforme des bourses », « permettre aux établissements de développer des politiques sociales plus ambitieuses » et « élargir les capacités d’accueil des internats des CPGE ». « Cela passera aussi par le fait de conforter l’apprentissage dans le supérieur », souligne Romain Soubeyran. Sur l’apprentissage justement, la CDEFM suggérait en septembre que le financement dépende d’une évaluation systématique des établissements par le HCERES. Qu’en pense la CGE ? « Plutôt que de réduire indifféremment les aides à l’apprentissage, nous soutenons l’idée de renforcer les exigences, afin de maintenir les financements sur les programmes de qualité », répond Delphine Manceau.

Dernier sujet sur ce chantier : la Conférence aimerait « améliorer la qualité de l’expérience étudiante ». Concrètement, en « rénovant un parc immobilier de campus souvent vieillissants, avec une bonne qualité environnementale et une résilience sur le plan climatique », précise Romain Soubeyran. La santé mentale et le logement étudiant sont de même érigés en priorités.

Recherche, international, entreprises

Deuxième chantier : la recherche. « Nous considérons qu’il y a dans nos laboratoires des clés d’avenir, des solutions qui permettront à notre société de prospérer dans un avenir complexe. Réussir à faire venir ces solutions jusqu’aux entreprises nécessite de la stabilité et un soutien sur le long terme », précise Laurent Champaney, regrettant des « financements à la baisse », par exemple sur le dispositif Carnot. « Il faut financer la recherche à hauteur de 3% du PIB, comme le font les nations européennes à la pointe ».

Troisième chantier : l’international. La CGE met en avant l’importance « d’attirer les talents internationaux en France », face à une « démographie déclinante » et à « des besoins immenses en compétences techniques et scientifiques ». Romain Soubeyran rappelle que l’impact économique des étudiants internationaux pour la France, « représente cinq milliards d’euros par an ». Parmi les solutions identifiées : « harmoniser et simplifier les procédures d’accueil, avec une politique de visa claire et stable ».

Et enfin, le quatrième et dernier chantier porte sur « l’articulation entre l’enseignement supérieur, les entreprises et les pouvoirs publics », pointe Laurent Champaney. « Il ne s’agit pas d’opposer les modèles, mais de renforcer l’ensemble du système ».

Un appel au rassemblement

La Conférence va-t-elle assez loin, avec ces pistes ? « Pour des propositions présidentielles, il existe deux voies », tranche Delphine Manceau, « Soit nous faisons une lettre au Père Noël, soit nous visons des éléments réalistes, sur lesquelles les candidats pourront s’appuyer. Notre but est de décloisonner les enjeux de l’enseignement supérieur, nous parlons aussi de souveraineté, de maintien des compétences ». La CGE ne ferme pas la porte à un rassemblement avec d’autres portes-paroles du secteur, au contraire. « Nous sommes actuellement dans une première étape, chacun exprime ses préoccupations. Mais nous sommes convaincus que tout cela dépasse nos propres intérêts et appelons à une prise de parole commune sur les points qui nous rassemblent ».

Une dernière question s’impose. La CGE pourrait-elle appeler à faire barrage lors de l’élection ? Comment se positionne-t-elle, existe-t-il une ligne rouge ? Nous n’aurons pour le moment pas de réponse sur ce sujet. Le bureau se refuse à « un positionnement politique à ce stade ».