Présidentielle 2027 : avec ses 20 propositions, la CDEFM veut sortir l’enseignement supérieur de l’angle mort du débat public
Pouvoir d’achat, retraites, sécurité, immigration : à chaque élection présidentielle, les mêmes thèmes saturent l’espace médiatique et structurent les débats. L’enseignement supérieur, la recherche, l’orientation des jeunes et leur insertion professionnelle, eux, restent le plus souvent relégués à quelques lignes de programme. Un paradoxe, alors que près de trois millions d’étudiants, leurs familles et des centaines de milliers de lycéens en pleine construction de leur avenir sont directement concernés par les choix qui seront faits lors du prochain quinquennat. C’est précisément ce déséquilibre que la Conférence des Directeurs des Écoles Françaises de Management (CDEFM) entend corriger.
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Le 17 septembre 2026, à un peu plus de sept mois du premier tour, la conférence qui regroupe 36 grandes écoles de management a dévoilé ses « 20 propositions pour la présidentielle », réparties en six axes. « Nous voulons porter une conviction simple dans les débats pour la présidentielle : la politique de l’ESR est une politique d’investissement dans les talents, donc dans la compétitivité et la souveraineté de la France », résume Vincenzo Vinzi, président de la CDEFM et directeur général de l’ESSEC.
Le message est assumé : dans un pays traversé par la diffusion de l’intelligence artificielle, les transitions environnementales et les recompositions géopolitiques, l’enseignement supérieur ne peut plus être traité comme un sujet périphérique. « Les établissements d’ESR sont directement confrontés aux transformations qui sont en train de redessiner les compétences dont notre pays aura besoin », insiste Vincenzo Vinzi. « Dans ce contexte de transformations, la France doit être capable, et elle a toutes les raisons d’avoir confiance en son avenir, de former, d’attirer et de retenir les talents, et de produire des connaissances qui permettent aux entreprises et aux décideurs d’accompagner ces transformations. »
Fil rouge de l’ensemble du document : la conditionnalité des financements publics. Dans un contexte budgétaire que personne ne conteste, la CDEFM refuse de voir l’enseignement supérieur devenir une variable d’ajustement, mais elle assume une exigence de contrepartie. « Les finances publiques sont contraintes et nous portons la conviction que chaque euro public consacré à l’ESR doit financer une qualité démontrée et évaluée », déclare son président, avant d’ajouter : « il faut mieux dépenser, cesser de financer les formations non évaluées. »
Cette règle irrigue plusieurs propositions phares : évaluation systématique de la qualité pédagogique par des instances nationales comme le Hcéres avant tout versement de fonds publics (proposition 1), conditionnement strict des financements à l’obtention d’un label qualité reconnu par l’État, intégrant aussi l’environnement de formation, la vie étudiante ou la sobriété énergétique (proposition 7). En creux, la conférence vise les « officines privées » qui, selon elle, captent une partie de l’argent public sans garanties réelles sur la valeur des diplômes ni sur l’insertion des jeunes, fragilisant au passage la confiance des familles et les acteurs vertueux du secteur.
Premier des six axes, l’apprentissage est présenté comme un levier à la fois d’ouverture sociale, d’insertion et de compétitivité. Les écoles de la CDEFM accueillent aujourd’hui 45 000 apprentis, sur 180 000 étudiants au total. Mais la baisse des financements publics du dispositif inquiète les directions d’écoles, notamment pour ses répercussions sur les TPE et PME, dont le reste à charge augmente.
« Premièrement, faire de l’employabilité durable et de l’apprentissage une priorité. Chaque mot compte. C’est une durabilité dans le temps, pas seulement le premier emploi : il faut que les talents soient équipés de compétences qui les accompagnent, techniques, sociales et émotionnelles, et de la manière d’apprendre à apprendre », détaille Vincenzo Vinzi. « Il faut donc le préserver, mais aussi mieux cibler les financements sur la qualité des formations et l’insertion durable, et non sur la seule logique du volume des apprentis. »
Concrètement, la CDEFM propose de sécuriser les parcours en permettant à ceux qui le peuvent de contribuer au financement de leur formation, les étudiants boursiers étant explicitement exclus du dispositif (proposition 2), et de soutenir les petites entreprises via une exonération totale de charges pour tout recrutement d’un apprenti en Master au sein d’une PME (proposition 3).
Deuxième message clé du président de la CDEFM : « Faire de l’attractivité des talents une priorité de souveraineté. La compétition internationale est une compétition pour les talents, pour les étudiants et les professeurs. Il faut mieux attirer les étudiants et enseignants-chercheurs internationaux et faire de ces talents des relais d’influence pour notre pays. Il y a aussi des valeurs et une histoire qui passent par les formations. »
Les écoles membres accueillent 59 000 étudiants internationaux. Pour renforcer cette attractivité, la conférence défend la création d’un « Visa Prioritaire » destiné aux étudiants internationaux et aux enseignants-chercheurs : traitement consulaire accéléré, titre de séjour pluriannuel garanti dès l’admission ou le recrutement, passerelle facilitée vers le statut « Talent » après la diplomation (proposition 4). Elle plaide également pour accélérer la construction d’un diplôme européen lisible et reconnu mondialement, pensé comme un outil de « souveraineté académique européenne » face aux standards nord-américains et asiatiques (proposition 5), et pour faire des diplômés internationaux formés en France des relais d’influence durables (proposition 6).
C’est peut-être l’axe qui parlera le plus directement aux lycéens et à leurs familles. Pour la CDEFM, l’orientation est devenue une source majeure d’anxiété, dans un système perçu comme complexe et peu lisible. « L’orientation doit être plus lisible pour les étudiants et les familles, afin de bien comprendre les différences entre les différents programmes, en termes de qualité et de promesse de valeur », plaide Vincenzo Vinzi, qui appelle à « restaurer la confiance par la qualité, la transparence et une orientation plus lucide ».
La conférence demande notamment une évolution du calendrier de Parcoursup, avec des réponses définitives avancées au printemps (proposition 8). « Il faut que la France puisse garantir son attractivité internationale tout en permettant aux familles de sécuriser la logistique liée aux études. En France, les résultats arrivent plus tard que dans d’autres pays, ce qui est un frein à la fois pour les étudiants internationaux, mais aussi pour des étudiants français eux-mêmes. Il faudrait donc avancer ce calendrier », argumente le président de la CDEFM. Le document appelle aussi à poursuivre le « nettoyage » de la plateforme en supprimant les formations peu qualitatives ou non évaluées, et à lancer une grande campagne nationale d’orientation pour lever l’autocensure et rendre visibles les parcours d’excellence (proposition 9).
Face au coût des études, régulièrement pointé comme un frein à l’entrée en grande école, la CDEFM avance plusieurs mécanismes financiers. D’abord un prêt garanti par l’État dont le remboursement ne commencerait qu’à partir d’un revenu annuel de 35 000 euros brut, afin d’aligner l’effort de remboursement sur la capacité réelle à payer (proposition 10). Ensuite une refonte du système de bourses avec des bourses « au premier euro » : un calcul continu, indexé sur le revenu fiscal de référence, qui remplacerait les échelons actuels du CROUS et leurs effets de seuil jugés pénalisants, complété par une défiscalisation progressive des frais de scolarité pour les familles non boursières mais sous contrainte financière (proposition 11).
S’y ajoutent un fonds national pour généraliser les dispositifs d’ouverture sociale de type cordées et tutorats (proposition 12), un accès renforcé au logement étudiant sur l’ensemble du territoire (proposition 13) et le passage de 66 % à 75 % de la réduction d’impôt pour les dons fléchés vers les programmes de bourses sociales des écoles de management (proposition 14).
Deux axes complètent l’édifice. Sur les territoires, la CDEFM rappelle que ses écoles constituent des « poumons économiques et académiques » pour les villes moyennes, face à la métropolisation de l’enseignement supérieur. Elle propose un label et un fonds de soutien « Campus de Territoire » pour cofinancer les investissements immobiliers, écologiques et numériques des campus décentralisés (proposition 15), l’intégration systématique des écoles de management aux Contrats de plan État-Région (proposition 16) et une incitation fiscale pour les PME et ETI régionales qui recrutent un diplômé formé dans leur propre bassin économique (proposition 17).
Sur la recherche enfin, la conférence demande un accès ouvert et équitable des écoles aux appels à projets de la recherche publique (proposition 18), le fléchage d’une part du Crédit d’Impôt Recherche vers les sciences de gestion (proposition 19) et la défiscalisation du financement des chaires et des thèses CIFRE en école de management (proposition 20).
Au-delà du détail des mesures, c’est une question de principe que la conférence entend poser aux candidats. « Nous souhaitons savoir du ou de la futur(e) président(e) de la République quelle place la France veut donner aux talents dans son projet pour les prochaines années », déclare Vincenzo Vinzi. « Il s’agit donc de faire des talents une priorité nationale. On doit se donner les moyens de former les compétences et d’attirer les talents internationaux pour des raisons d’influence et de rayonnement. Nous pensons qu’investir dans les talents, c’est investir dans la compétitivité, la capacité d’innover et la souveraineté. »
La conférence réclame aussi de la prévisibilité : « Les écoles, les étudiants et les entreprises ont besoin d’un cadre stable pour investir, recruter et construire des parcours à long terme. Nous demandons une politique stable avec une vision de long terme. » Interrogé sur le projet de loi de régulation de l’enseignement supérieur privé, adopté au Sénat et attendu à l’Assemblée nationale, le président de la CDEFM reste prudent : « À ce stade, nous n’avons pas d’informations sur l’inscription du PJL à l’ordre du jour. »
Dès que le paysage des candidatures se précisera, la CDEFM prévoit d’échanger avec les équipes de campagne « pour partager nos convictions, afin qu’ils se transforment en engagements pris par les différents candidats ». La démarche s’inscrit dans un mouvement plus large : les écoles de la CDEFM, également membres de la CGE, ont contribué aux propositions que cette dernière présentera le 1er octobre 2026. « La CDEFM porte des spécificités propres aux écoles de management. Il faut donc à la fois porter les éléments spécifiques aux différents secteurs et disciplines, et défendre des positions communes autour de l’ESR et de la jeunesse », précise Vincenzo Vinzi.
Reste la question de fond, celle qui donne son sens à toute la démarche : la campagne de 2027 fera-t-elle enfin une vraie place à l’enseignement supérieur, à l’orientation et à l’insertion des jeunes, ou ces sujets resteront-ils, une fois encore, les grands absents du débat ? Le président de la CDEFM, lui, a déjà sa réponse : « Quand on parle de talents, la jeunesse est au cœur du sujet : il faut réaffirmer son rôle. Investir dans la jeunesse, c’est aussi investir dans le pays. »
