Logement, transports, alimentation : selon l’enquête annuelle publiée le 17 août par l’UNEF, le coût de la vie étudiante franchit en 2026 un nouveau seuil symbolique. Pour la première fois depuis la création du baromètre, le reste à charge mensuel dépasse le seuil de pauvreté en France.
Par Valentine Dunyach
Selon l’enquête annuelle de l’UNEF, le coût de la vie étudiante augmente cette année de 1,66 %, portant le reste à charge mensuel moyen à 1 300 euros, soit 74 euros de plus qu’en 2025.
Fait inédit depuis le lancement de ces enquêtes annuelles : le reste à charge par étudiant dépasse désormais le seuil de pauvreté en France. Le syndicat y voit la conséquence d’une « précarisation organisée et assumée » et rattache cette trajectoire à un « désengagement de l’État ».
Sans surprise, le loyer demeure la charge la plus lourde du budget étudiant. Il s’élève en moyenne à 627,11 euros par mois dans le parc privé, soit une hausse de 2,87 % en un an, et grimpe à 857 euros en Île-de-France. Les résidences CROUS, censées offrir une alternative à tarification sociale, ne sont pas épargnées ; leur loyer moyen progresse de 1,04 % pour atteindre 426,36 euros. Seuls 5,82 % des étudiants ont aujourd’hui accès à un logement CROUS.
L’UNEF rappelle également qu’en 2017, le gouvernement s’était engagé à faire construire 60 000 logements étudiants supplémentaires avant la fin de son premier mandat. Près de dix ans plus tard, seuls 15,58 % de cet objectif ont été atteints, selon les chiffres du CNOUS cités dans l’enquête. Le syndicat revendique la généralisation par la loi de l’encadrement des loyers dans l’ensemble des villes universitaires.
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Deuxième poste de dépense, les transports coûtent en moyenne 254,14 euros par an aux étudiants boursiers (+3,07 % par rapport à 2025) et 278,59 euros aux non-boursiers (+2,29 %), soit un écart de 9,92 % entre les deux catégories. L’UNEF souligne que ces moyennes nationales masquent d’importantes disparités territoriales, certaines agglomérations universitaires imposant des tarifs annuels qui dépassent largement les 200 euros, quand d’autres collectivités ont opté pour la gratuité totale. Le syndicat en tire argument pour réclamer une tarification sociale généralisée, avec pour horizon la gratuité des transports pour l’ensemble des jeunes en formation.
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L’inflation alimentaire s’établit à 0,87 % sur un an, et atteint 30,4 % sur dix ans selon les calculs de l’UNEF. Les écarts sont marqués selon les produits : +1,04 % pour les fruits, +0,59 % pour les légumes, mais +6,08 % pour la viande et +5,34 % pour le poisson. Conséquence directe, selon l’enquête : plus de 50 % des étudiants déclarent sauter régulièrement des repas pour des raisons financières.
Le syndicat consacre un encart critique à la généralisation du repas à 1 euro, entrée en vigueur le 4 mai 2026. Le principe d’un accès universel a bien été acté, mais l’enveloppe budgétaire, fixée à 50 millions d’euros, reste très inférieure aux 120 millions que le CNOUS estime nécessaires. Pour l’UNEF, cette mesure répond avant tout à « une revendication historique du mouvement étudiant », sans les moyens financiers correspondants.
L’enquête consacre une large partie aux publics les plus exposés à la précarité. Les étudiants étrangers extracommunautaires arrivent en tête : le coût de la vie pour un primo-arrivant est supérieur de 95,31 % à celui d’un étudiant français non boursier, et l’écart atteint 145,21 % face à un étudiant boursier.
Cela représente 1 058,48 euros de reste à charge supplémentaire par mois, soit une différence de 96,08 %. L’UNEF évoque une « triple précarité » : administrative, avec un montant minimal de ressources fixé à 877,50 euros par mois pour obtenir un visa étudiant depuis le 1er août 2026 ; pédagogique, du fait de cours dispensés exclusivement en français ; et financière, avec des frais d’inscription multipliés par 16 et la suppression des APL pour les non-boursiers étrangers depuis cet été, une mesure qui concerne, selon le syndicat, la quasi-totalité des plus de 300 000 étudiants étrangers non boursiers. Ces derniers ne peuvent par ailleurs travailler qu’à hauteur de 60 % du temps de travail d’un étudiant français.
Les étudiants ultramarins sont eux aussi identifiés comme un public particulièrement fragilisé. L’écart de coût de la vie entre un étudiant de l’Hexagone et un étudiant des DROM s’établit à 2,54 % pour les non-boursiers (314,36 euros de plus par an) et à 6,94 % pour les boursiers (408,53 euros de plus par an). Le complément de bourse de 30 euros obtenu par le syndicat en 2023 est jugé « largement dérisoire » au regard de l’ampleur de la précarité constatée ; l’UNEF réclame une hausse de 200 euros de ce complément.
Enfin, l’enquête met en évidence un surcoût annuel de 862,05 euros pour les femmes et les personnes assignées femmes par rapport aux hommes, soit un écart de 182,58 %. Ce différentiel s’explique notamment par la « taxe rose » sur les produits d’hygiène et de soin. Le surcoût lié aux menstruations s’élève à lui seul à 284,31 euros par an en 2026.
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Au-delà des postes de dépense, l’UNEF construit son enquête 2026 autour d’un bilan des dix années de mandat d’Emmanuel Macron. Le syndicat pointe une baisse de 3,47 % de l’investissement par étudiant en euros constants depuis 2017 dans le programme 231, qui finance l’ensemble des politiques de vie étudiante. Il relève également que le pic budgétaire de 2023, consécutif à la mobilisation contre la réforme des retraites, avait donné lieu à une promesse de 500 millions d’euros supplémentaires : seuls 220,9 millions ont finalement été inscrits en loi de finances 2024, soit 279 millions de moins qu’annoncé.
Les frais d’inscription ont, de leur côté, augmenté de 37,79 % depuis 2017, notamment du fait du dégel décidé en 2024. La CVEC, créée en 2018 à 90 euros, atteint désormais 105 euros pour la rentrée 2026-2027, soit une hausse de 16,67 %. L’UNEF la qualifie de « taxe injuste mise en place pour faire payer son propre désinvestissement » et en réclame la suppression pure et simple.
Le syndicat s’inquiète par ailleurs de deux rapports publiés en 2026, celui de l’IGESR en février et celui des Assises du financement des universités, qui préconisent de multiplier par cinq les frais d’inscription actuels. Selon les calculs de l’UNEF, une telle mesure ferait grimper le coût de la vie étudiante de 5,34 %. Le second volet de la réforme des bourses annoncée en 2022, annoncé pour 2026, a été reporté. Quant au réseau des œuvres, l’UNEF dénonce un « budget pansement » pour les CROUS, dont la hausse ne couvrirait que la compensation mécanique des dépenses de fluides et du point d’indice.
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Face à ce constat, l’UNEF porte plusieurs revendications structurelles : la création d’un statut social étudiant assorti d’une allocation d’autonomie calculée au niveau du seuil de pauvreté, soit 1 288 euros par mois en 2026, la gratuité des transports pour les jeunes, l’encadrement généralisé des loyers, la suppression de la CVEC compensée par un investissement massif de l’État, la fin de la sélection à l’entrée de l’université via Parcoursup et Mon Master, ainsi qu’un financement des universités par l’impôt, à hauteur des 8 milliards d’euros que le syndicat estime manquants dans l’enseignement supérieur.
Avec cette enquête, l’UNEF entend faire de la précarité étudiante un enjeu central, à sept mois des élections présidentielles 2027. Reste à savoir si les prochains arbitrages budgétaires iront dans le sens inverse de ces revendications.
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