Une étude OpinionWay réalisée pour l’Association des Entreprises Éducatives pour l’Emploi (3E), publiée le 11 juin 2026, documente le vécu des jeunes face à la procédure d’orientation. Parcoursup demeure la voie de référence vers l’enseignement supérieur, et l’enquête ne remet pas ce rôle en cause. Elle fait néanmoins apparaître des attentes en matière de souplesse, d’accompagnement et de pluralité des parcours. Son président, Antoine Prodo, a commenté ces résultats pour Thotis et détaillé les propositions de l’association, alors que le Parlement examine le projet de loi sur la régulation de l’enseignement supérieur privé.
Par Valentine Dunyach
Menée auprès de 1 094 jeunes de 17 à 22 ans, en cours d’orientation ou récemment passés par la procédure, l’étude documente les limites que les répondants perçoivent face à la diversité de leurs profils et de leurs projets. 77 % d’entre eux estiment que le calendrier des vœux, de mi-janvier à mi-mars, restreint leur liberté de choix. 75 % jugent que la procédure favorise certains profils au détriment d’autres, et 70 % considèrent qu’elle conduit parfois les élèves à s’engager dans des parcours qui ne leur correspondent pas entièrement. Au total, 91 % déclarent avoir rencontré au moins une difficulté au cours de la procédure. Ces résultats s’inscrivent dans un contexte documenté : en 2025, selon le ministère de l’Enseignement supérieur, 6 % des néo-bacheliers inscrits sur la plateforme ont achevé la procédure sans recevoir aucune proposition.
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Derrière le chiffre global de 91 %, les difficultés se déclinent concrètement. 77 % des jeunes disent avoir ressenti un stress important lié à la concurrence pour certaines filières, et 60 % ont renoncé à des vœux par crainte de ne pas être acceptés. Autrement dit, plus d’un répondant sur deux s’est autocensuré avant même d’avoir candidaté.
L’étude met en lumière une situation plus délicate encore pour les lycéens des voies professionnelle et technologique, moins bien dotés en conseillers d’orientation dans leurs établissements. Les profils atypiques, qu’il s’agisse d’étudiants en réorientation, de parcours non linéaires ou de projets artistiques et professionnels, figurent selon l’Association 3E parmi les plus exposés au risque d’autocensure dès lors que leur trajectoire s’écarte des critères académiques classiques.
Avant d’aborder les pistes d’évolution, un rappel s’impose. Avec près de 800 000 étudiants inscrits dans des établissements privés en France, l’offre de formation n’a jamais été aussi large, mais toutes les formations ne se valent pas et n’offrent pas les mêmes garanties. La présence sur Parcoursup tend d’ailleurs à devenir un repère de qualité à part entière : le projet de loi en discussion conditionne précisément le référencement sur la plateforme à l’obtention d’un agrément de l’État, après évaluation par le Hcéres.
Le premier risque associé aux voies hors plateforme concerne la poursuite d’études. Un diplôme sans grade, ni grade de licence ni grade de master, ne garantit pas l’accès aux formations supérieures. Un étudiant titulaire d’un titre RNCP de niveau 7, même sérieux, ne dispose d’aucun droit automatique d’intégrer un doctorat, à la différence d’un diplômé de master national. De même, l’absence de crédits ECTS, la monnaie d’échange académique européenne, bloque toute mobilité internationale et complique fortement les passerelles vers d’autres formations. Or certains établissements ne délivrent pas ces crédits, sans toujours le mentionner clairement.
Sur le plan qualitatif, les formations hors Parcoursup échappent aux obligations qui encadrent les établissements référencés sur la plateforme : pas de publication obligatoire des taux de réussite ou d’insertion, pas d’obligation de recruter des enseignants-chercheurs, pas de contrôle sur la qualité des enseignements ni sur les infrastructures. Comme le rappelle le ministère de l’Enseignement supérieur, la qualité de ces formations n’est pas validée par l’État. Certaines facturent entre 8 000 et 15 000 euros par an sans offrir le socle académique, l’encadrement pédagogique ou les équipements correspondant à ce niveau d’investissement.
Le flou entretenu autour de certaines appellations aggrave ce risque, lorsqu’un « mastère » est présenté comme un « master », ou qu’un « diplôme reconnu » désigne en réalité un simple titre d’établissement, sans grade ni visa. Sans accès aux bourses du CROUS, sans reconnaissance européenne automatique et sans données d’insertion vérifiables, ces formations peuvent constituer une impasse coûteuse. À ce titre, l’outil public InserSup, qui mesure l’insertion professionnelle des diplômés du supérieur, ne couvre aujourd’hui que les formations reconnues et publiques : les établissements non reconnus n’y figurent pas, ce qui prive les familles de tout point de comparaison fiable les concernant. Avant tout engagement, quelques réflexes restent indispensables : vérifier le statut exact du diplôme sur France Compétences, contrôler la délivrance de crédits ECTS, et s’assurer de la présence de la formation sur Parcoursup ou de l’existence d’un visa ministériel.
La nature même de Parcoursup traverse l’ensemble des résultats. Sur ce point, Antoine Prodo se montre nuancé. « Il est devenu, dans les faits, davantage un outil d’affectation. Il remplit une fonction indispensable de répartition des candidatures, mais il ne peut pas, à lui seul, répondre aux enjeux de l’orientation. » Le propos ne vise pas la plateforme elle-même, dont il reconnaît la fonction essentielle, mais l’accompagnement à l’orientation qui devrait la précéder et l’entourer.
Les chiffres de l’étude prolongent ce constat. La procédure intervient sur un calendrier que 77 % des jeunes jugent contraignant, plus de la moitié des répondants estiment avoir été mal accompagnés dans leurs choix, et plus de quatre sur dix ont trouvé la décision elle-même difficile. Pour le président de l’Association 3E, des évolutions sont possibles sans toucher à l’architecture existante : « Un recrutement au fil de l’eau, la possibilité de se réorienter en cours d’année et des données d’insertion réellement comparables, notamment grâce à InserSup déployé sur tous les établissements, feraient de Parcoursup une vraie boussole. » Ces pistes visent à renforcer la plateforme, et non à la contourner.
La demande de souplesse traverse l’enquête. 59 % des répondants se disent intéressés par la possibilité de candidater à une formation en dehors de Parcoursup, et 93 % voient au moins un avantage à pouvoir candidater autrement : éviter l’incertitude liée aux listes d’attente (50 %), se réorienter sans perdre une année (42 %), ou accéder à des formations absentes de la plateforme (41 %). Plus largement, 89 % des jeunes interrogés se déclarent favorables à la création d’une voie de recrutement complémentaire, encadrée et transparente, et 82 % à ce que certains établissements puissent rendre des réponses d’admission définitives plus tôt dans l’année.
Antoine Prodo insiste sur la portée de ce dernier ensemble de chiffres : « Ce chiffre est d’autant plus fort qu’il montre que les jeunes ne demandent pas moins d’exigence, mais plus de possibilités. Ils ne cherchent pas à contourner la sélection, mais souhaitent qu’elle puisse s’exercer dans une voie encadrée et transparente. La nuance est essentielle. Quand 91 % d’entre eux disent avoir rencontré au moins une difficulté dans la procédure et que 93 % voient au moins un avantage à pouvoir candidater autrement, le message est limpide : malgré les progrès réalisés depuis plusieurs années, une plateforme unique ne pourra répondre à la diversité des parcours, des aspirations et des rythmes d’orientation qu’en y apportant plus d’agilité. »
Sur la question de l’égalité des chances, le président de l’Association 3E commence par reconnaître ce qui a fonctionné : « L’accès au supérieur s’est largement démocratisé et la procédure a apporté de la transparence là où il y avait de l’opacité. Ce sont des progrès réels. »
L’étude fait néanmoins apparaître des angles morts persistants. Des jeunes s’autocensurent faute d’accompagnement, des profils atypiques peinent à trouver leur place dans un dispositif d’entrée majoritairement académique, et certains publics restent davantage pénalisés. Ce sont, selon Antoine Prodo, « souvent les lycéens des voies technologique et professionnelle et les lycéens évoluant dans des territoires moins dotés en conseillers, qui sont les plus pénalisés ». Sa conviction sur ce point est la suivante : « Une promesse d’égalité ne se mesure pas à la moyenne, elle se mesure à ceux qu’on laisse au bord du chemin. »
L’Association 3E, qui fédère près de 180 écoles et plus de 400 000 étudiants, avance trois propositions, qu’elle inscrit dans la logique d’évaluation par la qualité portée par le projet de loi sur l’enseignement supérieur privé.
La première, la plus débattue, consisterait à ouvrir un recrutement hybride encadré : les établissements disposant d’un agrément pourraient conserver une voie de recrutement hors plateforme, dans des proportions que l’association qualifie de raisonnables. Sur ce point, la prudence reste de mise du côté des familles, pour les raisons rappelées plus haut : une formation absente de Parcoursup ne bénéficie pas de la reconnaissance que la présence sur la plateforme tend désormais à signaler. La deuxième proposition porte sur le déploiement d’InserSup à l’ensemble des établissements, afin de permettre de véritables comparaisons sur les taux d’insertion, les salaires de sortie ou les taux de rupture. Conçu par le ministère comme un producteur neutre d’indicateurs, l’outil n’est aujourd’hui pleinement disponible que pour une partie des formations, ce qui limite la comparabilité que l’association appelle de ses vœux. La troisième vise à enrichir Parcoursup en outil d’orientation, par un recrutement au fil de l’eau, la possibilité de se désister jusqu’à un mois avant la rentrée, et l’ouverture de la réorientation en cours d’année.
Deux de ces trois propositions tendent ainsi à renforcer Parcoursup lui-même, la troisième relevant d’un débat plus ouvert sur la place d’une voie complémentaire.
Le président de l’Association 3E adresse enfin un message aux lycéens qui se sentiraient à l’étroit dans la procédure : « D’abord ceci : si vous vous sentez à l’étroit dans la procédure de Parcoursup, ce n’est pas un échec. Les parcours les plus solides sont rarement les plus linéaires : ils se construisent souvent par étapes, avec des détours, des réajustements ou des choix qui n’étaient pas ceux envisagés au départ. Ne vous censurez pas parce qu’un calendrier ou un algorithme vous a dit non une fois. Il existe d’autres voies, d’autres rythmes, et se réorienter, c’est aussi progresser. »
En conclusion, Antoine Prodo formule un appel en direction du débat législatif en cours : « Cette étude est un appel à écouter les attentes des jeunes. Les jeunes nous disent, très majoritairement, qu’ils veulent plus de pluralité, plus de souplesse et plus de transparence dans les parcours d’accès à l’enseignement supérieur. Le débat parlementaire en cours est l’occasion de les entendre : en étendant la logique de qualité aux établissements, en rendant les données d’insertion réellement comparables, et en ouvrant, pour les établissements évalués, une voie de recrutement complémentaire dans des proportions raisonnables. Donnons aux jeunes le droit à plusieurs chemins : c’est la meilleure façon de tenir, enfin pleinement, la promesse d’égalité des chances. »
La discussion se poursuivra au Parlement, où la place d’une éventuelle voie complémentaire fait partie des points encore ouverts. Quels qu’en soient les arbitrages, Parcoursup demeure aujourd’hui la voie de référence pour accéder à l’enseignement supérieur, et la présence d’une formation sur la plateforme reste, pour les familles, l’un des repères les plus fiables. Avant tout engagement, et particulièrement en dehors de la procédure, les mêmes vérifications s’imposent : le statut exact du diplôme, la délivrance de crédits ECTS, et la reconnaissance de la formation par l’État.
Donnons aux jeunes le droit à plusieurs chemins » Antoine Prodo, président de l’Association Les 3E, réagit aux résultats de l’étude des 3E sur Parcoursup et l’orientation
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