Invitée de notre émission Parole d’Université sur Thotis, Virginie Laval, présidente de l’Université de Poitiers, revient sur ce qui constitue la singularité de son établissement face aux grandes métropoles universitaires. Ancrage territorial, ouverture internationale, accompagnement de la réussite étudiante : la présidente dessine le portrait d’une université dynamique, même face à une situation budgétaire jugée préoccupante.
Par Valentine Dunyach
Si elle ne cherche pas à rivaliser avec les géants parisiens ou lyonnais, l’Université de Poitiers revendique une autre forme d’excellence ; celle de la proximité. « Nous pouvons avoir moins de visibilité par rapport aux universités situées dans des métropoles, reconnaît Virginie Laval.» Mais l’Université de Poitiers a des atouts ; « L’Université de Poitiers est un établissement à taille humaine, qui prend soin de ses étudiantes, de ses étudiants et de ses personnels. »
Cette singularité ne se traduit pas pour autant par un effacement sur la scène nationale ou internationale. Pour preuve, l’université se positionne au 26e rang des universités françaises dans le classement de Shanghai et figure parmi les meilleures en génie mécanique, mathématiques et médecine clinique à l’échelle mondiale. Dans le palmarès de L’Étudiant, elle se classe 5e sur 68 universités pour la réussite en licence, et 1re de sa catégorie parmi les grandes villes, rivalisant avec des métropoles comme Toulouse, Lyon ou Bordeaux sur les critères de vie étudiante et de cadre de vie.
La feuille de route stratégique de l’Université de Poitiers repose sur trois piliers. L’interdisciplinarité, d’abord : croiser les savoirs autour des grands enjeux de société, une dynamique engagée lors du premier mandat et qui doit désormais irriguer l’offre de formation. Le lien entre formation et recherche, ensuite, notamment entre les masters et le doctorat, avec la création d’une composante dédiée. Enfin, l’attachement à des valeurs fondamentales : « Être une université durable et responsable. Cela se traduit dans toutes les décisions que nous prenons. », explique sa présidente.
L’ancrage territorial se décline concrètement. À Poitiers, l’université développe une stratégie autour du jeu, avec des masters et des recherches associées. À Niort, elle oriente par exemple ses formations vers la banque et l’assurance, en lien avec le tissu économique local : « Travailler avec son écosystème fait partie de l’ADN des universités », résume Virginie Laval. Pour séduire les lycéens, l’établissement mise aussi sur des immersions, parfois sur deux jours, et développe le dispositif DU Rebond, un dispositif permettant aux étudiants en réorientation d’explorer d’autres voies : « Un étudiant a le droit de se tromper. », souligne Virginie Laval.
Avec 17 % d’étudiants internationaux dans ses rangs -contre 12 à 13 % en moyenne nationale-, l’Université de Poitiers affiche une attractivité dépassant largement sa taille. Environ 4 500 étudiants venus du monde entier y sont accueillis chaque année, un chiffre que la présidente considère comme une « vitesse de croisière » plutôt qu’un objectif à maximiser à tout prix. Et de préciser : « Le nombre n’est pas un objectif en soi. Ce qui compte, c’est la qualité de l’accueil. »
Pour y parvenir, l’université a notamment mis en place un guichet unique rassemblant préfecture, CPAM, CROUS, ainsi que tous les services nécessaires à l’arrivée des étudiants étrangers. Deux partenariats structurants incarnent également cette dynamique. Le premier est celui noué avec l’Université de Moncton, autour de doubles-diplômes et de la francophonie acadienne. Le second, plus inédit : l’ouverture en 2026 d’un campus franco-ouzbek à Tachkent, en partenariat avec les universités de Rennes, Le Havre et de Lyon 2, dont la première formation sera un master de français langue étrangère.
L’apprentissage constitue un autre pilier de la stratégie de l’université, au croisement de la diversité sociale et de la professionnalisation. Virginie Laval y voit bien plus qu’une modalité de financement d’une partie des études supérieures : « L’apprentissage est un modèle très vertueux. C’est une modalité pédagogique particulièrement pertinente pour l’insertion professionnelle, la démocratisation et l’accès à l’enseignement supérieur. »
En permettant à des étudiants qui n’auraient pas nécessairement emprunté la voie classique d’accéder à des formations de niveau licence ou master, l’apprentissage joue un rôle d’ascenseur social que la présidente tient à préserver. Il crée également des liens durables entre le monde académique et les entreprises du territoire ; un atout pour l’employabilité des diplômés et pour l’ancrage local de l’université.
Dans un contexte national marqué par la hausse des coûts contrat et les interrogations sur le désengagement de l’État, la présidente se veut vigilante mais mesurée. À Poitiers, aucune baisse significative n’est observée à ce stade, ni en nombre d’apprentis ni sur la taxe d’apprentissage. Des signaux nationaux encourageants -France Compétences ne serait plus en déficit, et les niveaux 5 et 6 sembleraient préservés- laissent espérer une stabilisation du dispositif. « Il ne faut pas perturber ce système », insiste Virginie Laval, tout en concédant que la situation reste à surveiller.
La prolifération des acteurs privés dans l’enseignement supérieur constitue, selon la présidente d’université, un risque réel pour les familles et les étudiants, mal armés pour distinguer le bon grain de l’ivraie. « Le danger est de faire croire aux étudiants et aux familles qu’ils s’engagent dans une formation de qualité alors que ce n’est pas toujours le cas. Je distinguerais néanmoins les différents établissements privés. »
Virginie Laval pointe un phénomène particulièrement préoccupant ; celui de structures recrutant des étudiants avant même l’ouverture des plateformes nationales Parcoursup, et pouvant disparaître quelques mois plus tard. « Certaines écoles peuvent se créer et disparaître tout aussi rapidement. La transparence est indispensable. »
Sur le projet de loi introduisant deux statuts (agrément et partenariat) pour encadrer l’enseignement supérieur privé, la présidente prend position : « Toute action apportant davantage de transparence et de lisibilité est souhaitable, pour permettre un dialogue sincère avec les familles. »
Elle rappelle : les termes « licence » et « master » sont des diplômes protégés, délivrés par les universités. « Ces titres doivent être défendus, protégés et probablement davantage contrôlés. »
Derrière les ambitions, une réalité financière pesante. Depuis l’élection de Virginie Laval en décembre 2020, ce sont 14 millions d’euros de charges de mesures salariales décidées par l’État qui n’ont pas été compensés. Pour maintenir l’équilibre budgétaire, l’université a ainsi dû puiser dans son fonds de roulement. « Le budget est à l’équilibre, mais les années à venir suscitent de très fortes inquiétudes », explique-t-elle. Si les non-compensations persistent, l’offre de formation pourrait être amenée à être repensée ; pas nécessairement en fermant des filières, mais en réinventant les modalités pédagogiques.
Ce constat dépasse largement le seul cas de Poitiers. Comme nous le rappelions dans notre entretien avec France Universités sur la situation des établissements français, 15 universités sur 75 étaient déficitaires en 2002 ; elles sont désormais 60 en 2024.
Quant à une éventuelle hausse des frais d’inscription, la position de la présidente de l’Université de Poitiers se prononce sans ambiguïté : « Non, clairement non. L’accès à l’enseignement supérieur pour toutes et tous fait partie du modèle français. »
À sa manière, l’Université de Poitiers illustre le défi commun aux universités de territoire : démontrer que l’excellence ne se résume ni à la taille ni à la localisation d’un établissement. Virginie Laval le défend avec conviction, tout en appelant à la vigilance. Car si l’université se transforme, elle le fait dans un contexte contraint, où le financement public de l’enseignement supérieur demeure un enjeu majeur.
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