Depuis sa fondation en 1783 sous Louis XVI, Mines Paris – PSL n’a cessé de se réinventer au fil des grandes mutations technologiques pour rester pertinente. Aujourd’hui, sous la direction de Godefroy Beauvallet, l’école d’ingénieurs affronte des défis d’ampleur : préparer ses ingénieurs à piloter des transitions climatiques, numériques et énergétiques d’une complexité nouvelle. Transition environnementale, international, intelligence artificielle, culture entrepreneuriale… portrait d’une institution qui pense l’ingénieur de demain.
Par Valentine Dunyach
Le 19 mars 1783, une ordonnance de Louis XVI fondait l’École Royale des Mines, investie d’une ambition stratégique ; former des ingénieurs capables de conduire les ouvrages d’exploitation des minéraux avec sûreté et économie. Deux cent quarante ans plus tard, la matière première a changé, mais l’ambition reste intacte.
Installée depuis 1816 au cœur du Quartier Latin, dans l’ancien Hôtel de Vendôme en bordure du Jardin du Luxembourg, Mines Paris – PSL a accompagné toutes les grandes révolutions industrielles, du chemin de fer à l’informatique en passant par l’énergie nucléaire. La grande école d’ingénieurs est aujourd’hui l’un des 11 établissements composantes de l’Université PSL, dont la renommée la place parmi les 50 meilleures écoles au niveau mondial.
À sa tête depuis un peu plus d’un an, Godefroy Beauvallet incarne lui-même cette trajectoire plurielle. Ingénieur de formation et ancien élève de l’École, il a traversé l’administration centrale, les cabinets ministériels, la recherche en sciences de gestion, la direction du Fonds AXA pour la Recherche ainsi que la fonction de DRH du Corps des Mine ; autant d’expériences qui lui ont permis d’observer de près ce que le monde professionnel attend réellement des ingénieurs d’aujourd’hui.
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« Nous entrons dans un siècle marqué par des transitions majeures, climatique, numérique, énergétique, qui interrogent directement le rôle des ingénieurs », résume le directeur des Mines de Paris. Ce constat n’est pas une posture, puisqu’il structure l’ensemble du projet pédagogique et scientifique de l’école d’ingénieurs.
L’ingénieur du 21e siècle, tel que Mines Paris – PSL le conçoit, ne peut plus se contenter d’une expertise technique isolée. Il doit être en capacité d’articuler ce que le directeur nomme un « carré magique », à savoir : une profondeur scientifique solide (rigueur mathématique, capacité conceptuelle), une agentivité technologique, un recul critique assumé (pour répondre aux enjeux éthiques liés aux innovations) et enfin un leadership opérationnel (la capacité à conduire des projets collectifs, à assembler des expertises). « L’ingénieur n’est pas un technicien isolé : il est un assembleur d’expertises, capable d’aller en profondeur. », résume-t-il.
Parmi les projets les plus structurants de ces dernières années figure le lancement de l’International Bachelor of Environmentally Engaged Engineering (I.BE3), développé avec l’écosystème PSL ; Mines Paris – PSL, Chimie ParisTech – PSL et l’ESPCI – PSL, et opéré sur le campus de Sophia Antipolis. Pour le directeur de l’école d’ingénieurs, ce programme représente « le plus grand diplôme lancé par l’École en volume depuis le 21ème siècle ». Ce programme a pour objectif de donner aux étudiants désireux de devenir ingénieurs engagés dans les transitions les bases scientifiques nécessaires pour agir dans un monde aux ressources finies.
Le cycle ingénieur civil, quant à lui, accueille environ 150 élèves en première année, majoritairement issus de classes préparatoires scientifiques, MP, PC, PSI, TSI et désormais aussi de filières BCPST. Des admissions parallèles permettent d’intégrer l’École en deuxième ou troisième année.
Lors de la rentrée 2025, l’école d’ingénieurs a accueilli un nombre d’étudiants inédit, atteignant un niveau record tout en poursuivant ses objectifs en matière de diversité sociale et d’égalité femmes-hommes.
La transition environnementale constitue par ailleurs un socle commun intégré dès la première année du cycle ingénieur à Mines Paris – PSL ; une réforme engagée dès la 2018. Le cursus se conclut par un séminaire intitulé « Ingénieurs en Transition », organisé par les élèves eux-mêmes, marquant symboliquement leur passage vers la responsabilité professionnelle.
L’intelligence artificielle occupe une place croissante dans les enseignements, mais Mines Paris – PSL refuse d’en faire un simple outil pédagogique. « L’intelligence artificielle est intégrée dans nos formations non pas comme un simple outil, mais comme un objet d’analyse. Il s’agit d’en comprendre les limites et les usages pertinents », insiste Godefroy Beauvallet.
Concrètement, l’IA permet notamment de travailler sur des modélisations réelles en géosciences, en articulant équations physiques et données massives, sans jamais se substituer à la compréhension scientifique fondamentale. La recherche suit le même fil conducteur : l’Institut des transitions numériques, l’un des deux instituts stratégiques de l’École, développe une approche multi-échelle du numérique, capable d’articuler modélisation, données et compréhension physique des phénomènes. Sur le plan éthique, des enseignements en droit et en sciences sociales complètent ce dispositif ; mais le directeur va plus loin : « Seule l’innovation permet d’incarner durablement des valeurs, la régulation étant nécessaire, mais insuffisante à long terme. »
L’appartenance à l’Université PSL : un levier d’interdisciplinarité unique
Membre fondateur de l’IDEX Paris Sciences et Lettres depuis 2012, Mines Paris – PSL bénéficie pleinement des synergies qu’offre l’Université PSL, qui regroupe 13 établissements d’exception. Parmi elles : le Collège de France, l’École normale supérieure – PSL, l’Université Paris-Dauphine – PSL, l’ESPCI, l’Institut Curie, l’École des arts décoratifs, l’Observatoire de Paris… Un écosystème qui rassemble pas moins de 17 000 étudiants, 140 laboratoires de recherche et bénéficie du soutien du CNRS, d’Inria et de l’Inserm, lui conférant un potentiel scientifique comparable à celui des plus grands pôles de recherche mondiaux.
Pour les étudiants de Mines Paris, cette appartenance se traduit de manière très concrète au quotidien. À titre d’exemple, les PSL Weeks permettent aux élèves-ingénieurs de suivre des cours aux côtés d’étudiants designers, artistes, ou encore de chercheurs en sciences humaines ou en management. « Cette diversité nourrit la créativité et prépare aux réalités du travail en équipe », souligne Godefroy Beauvallet. Par ailleurs, des services mutualisés complètent ce dispositif : logement, santé, sport, activités culturelles, une infrastructure partagée qui enrichit l’expérience étudiante bien au-delà des seuls enseignements.
Sur le plan académique, Mines Paris joue un rôle moteur au sein de PSL. Elle anime notamment la Paris School of Engineering – PSL, dont la mission est de développer de nouveaux cycles de formation en commun, de mutualiser les pratiques pédagogiques entre écoles et d’accroître la mobilité étudiante à l’échelle européenne. Elle opère également le centre de langues mutualisé de PSL et anime l’École doctorale Ingénierie des Systèmes, Matériaux, Mécanique, Énergétique (ISMME). Enfin, via les Cordées de la réussite PSL, elle s’engage dans l’accompagnement des lycéens issus de milieux peu représentés dans les grandes écoles, une dimension sociale que le plan stratégique de l’École inscrit explicitement parmi ses priorités.
L’I-BE³ : un triple bachelor inédit
La pièce maîtresse de cette ouverture internationale est sans doute l’I-BE³, le PSL International Bachelor of Environmentally Engaged Engineering, diplôme conjoint de l’Université PSL porté par Mines Paris- PSL, Chimie ParisTech – PSL et l’ESPCI Paris – PSL. Entièrement enseigné en anglais, ce programme de trois ans accueillera sa première promotion de 60 étudiants en septembre 2026 sur le campus de Sophia Antipolis, au cœur du plus grand parc technologique d’Europe. Sa singularité : les étudiants peuvent, en plus du bachelor PSL (180 crédits ECTS), candidater en cours de cursus à une licence en sciences environnementales de Rice University, l’une des principales universités de recherche américaines, avec une année sur le campus parisien de Rice puis deux années à Houston. Une architecture tri-institutionnelle rare, soutenue par le programme France 2030 via l’Agence nationale de la recherche. À l’issue du programme, les diplômés bénéficient d’un accès privilégié aux cycles ingénieurs de Mines Paris – PSL, Chimie ParisTech – PSL et l’ESPCI, ainsi qu’à des masters internationaux ; une passerelle directe vers les formations d’excellence de ces Écoles.
L’entrepreneuriat, au sein des Mines de Paris, représente une culture institutionnelle. Plusieurs licornes et entreprises du Next 40 (lancé en 2019 par La Mission French Tech) comptent des diplômés parmi leurs fondateurs. Cette dynamique repose sur des enseignements dédiés, une Entrepreneurship Week, un trimestre entrepreneuriat, des césures entrepreneuriales, une option entrepreneuriat en cycle ingénieur, ainsi qu’un master spécialisé en deeptech. La pré incubation est encouragée au sein de l’École elle-même, en lien avec les territoires d’innovation de Sophia-Antipolis, Versailles-Satory et Paris.
« Fidèle à notre devise, l’approche combine toujours théorie et pratique », argue Godefroy Beauvallet. Et le plan stratégique de l’École, actualisé en 2022 dans une démarche participative ayant réuni 350 participants, l’indique également : il faut « diffuser et renforcer le développement d’une culture entrepreneuriale ouverte et engagée auprès des étudiants, des jeunes alumni et des enseignants-chercheurs ».
Alors, à quoi ressemblera l’ingénieur dans dix à quinze ans ? Pour le directeur général de Mines Paris – PSL, il sera “moins un technicien isolé, et davantage un assembleur d’expertises et de sens. Un professionnel capable d’assumer le risque, d’inspirer confiance, mais aussi de travailler en coopération dans des environnements multiculturels et incertains. Un ingénieur qui comprend les limites de l’IA autant qu’il sait l’utiliser. Qui articule rigueur scientifique et responsabilité éthique. Qui sait que construire un projet d’infrastructure ou piloter une transition énergétique suppose autant de compétences humaines que de maîtrise technique.”
« Rien n’est figé : il faut sans cesse réinventer les cursus et repenser la manière d’agir dans des projets complexes », résume Godefroy Beauvallet. À 33 % d’étudiants étrangers, 30 % de femmes dans les promotions, taux que l’École cherche activement à faire progresser, l’école d’ingénieurs construit patiemment le profil de cet ingénieur nouveau, bâtisseur de transitions.
Deux cent quarante ans après sa fondation royale, Mines Paris – PSL poursuit son ambition originelle ; former des ingénieurs à la hauteur des défis de leur temps. Aujourd’hui, ces défis sont climatiques, numériques et énergétiques. Les outils ont évolué, les méthodes aussi, mais l’exigence d’excellence demeure inchangée.
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