Sciences Po : admissions, Bachelor, nouveaux programmes, IA, international… Tout ce qui change en 2026 - 2027

Deux ans après son arrivée à la tête de Sciences Po, Luis Vassy a dressé, mardi 2 septembre, un point d’étape lors de la conférence de presse de rentrée de l’institution. Admissions réformées, refonte du Bachelor, nouveaux doubles diplômes avec l’ESCP, Columbia et la Fondation Getulio Vargas, doctrine sur l’intelligence artificielle, autonomie financière : le directeur a détaillé une feuille de route articulée autour de l’exigence, du mérite, de la vérité et de la liberté. 

Par Valentine Dunyach

Une rentrée sous le signe de l’excellence académique

Luis Vassy, directeur général de Sciences Po, revendique une population étudiante « d’excellence », et introduit : « J’estime que l’émancipation par le savoir est le meilleur moyen d’émancipation, en particulier pour les jeunes de milieux plus populaires, qui n’ont souvent ni réseau ni capital financier. »

Les chiffres de cette rentrée confirment l’attractivité de l’institution : près de 15 339 candidatures pour 1 741 admis en première année, issus de près de 100 nationalités. Dans la voie générale de Parcoursup, 95,2 % des admis ont obtenu une mention Très Bien au baccalauréat et 43,3 % les Félicitations du jury. 

Ouverture sociale et excellence académique

Le directeur se félicite surtout de la progression de la voie CEP (Conventions éducation prioritaire), où le taux de mentions Très Bien bondit de 75,6 % en 2025 à 82,7 % cette année. Avec 26 % de boursiers du secondaire parmi les admis CEP, au-dessus de la moyenne nationale des lycées généraux, il assure ne connaître « aucune institution française qui soit à la fois aussi sélective et aussi ouverte socialement ». Vingt-cinq nouvelles conventions ont par ailleurs été signées avec des lycées pour élargir ce dispositif, jugé « essentiel à l’ouverture sociale de Sciences Po ». Autre motif de satisfaction, près de 80 % des lycées généraux et technologiques français comptaient au moins un candidat à la voie générale.

L’excellence passe aussi par le recrutement : 14 chercheurs rejoignent la faculté permanente au 1er septembre, parmi lesquels Roland Bénabou, spécialiste mondial de l’économie comportementale venu de Princeton, Bruno Karsenti, arrivé de l’EHESS, Sabine Saurugger, directrice de l’IEP de Grenoble, ou encore Jack Willis, économiste du développement, premier dossier « Choose France for Science » abouti à Sciences Po.

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Admissions à Sciences Po : le contrôle continu disparaît de l'évaluation quantitative

À compter de la prochaine campagne d’admissions, la procédure poursuit sa mue vers plus d’objectivité. Le contrôle continu ne sera ainsi plus pris en compte dans l’examen quantitatif du dossier ; seules les trois épreuves anticipées du baccalauréat seront évaluées, « constituant une référence commune et standardisée pour l’ensemble des candidats », selon Sciences Po. Luis Vassy explique la raison de ce choix : « La disparité des politiques de notation entre lycées met en difficulté l’examen des dossiers reposant sur le contrôle continu. » Avec 11 400 dossiers de très bons élèves, « distinguer des candidats qui ont tous entre 16 et 20 de moyenne dans toutes les matières est assez difficile ».

La pondération retenue pour les voies générale et CEP accorde 60 % à l’épreuve écrite de français, 30 % aux mathématiques et 10 % à l’oral de français. La dimension qualitative demeure, avec l’examen des bulletins de première et de terminale et de la fiche Avenir, avant un entretien oral noté sur 40 points pour les candidats retenus.

« Il sera difficile d'entrer (à Sciences Po) en étant analphabète en mathématiques »

Le poids donné aux mathématiques est assumé comme un signal : « Il sera difficile d’entrer à Sciences Po en étant totalement analphabète en mathématiques. Dans un monde où l’IA et les développements numériques prennent de la place, c’est un acte que nous posons », explique le directeur. Pour les doubles diplômes, les coefficients seront adaptés selon les spécialisations, les mathématiques pesant davantage pour les cursus scientifiques.

 

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Un Bachelor refondu, entre grands textes et intelligence artificielle

La rentrée 2026 marque l’entrée en vigueur de la réforme du Bachelor. Les semestres passent de douze à quatorze semaines, avec une pré-rentrée de deux semaines organisée en « bootcamps » de mathématiques, d’anglais ou de français pour les étudiants étrangers. Le premier semestre s’ouvre désormais sur la lecture des grands textes de théorie politique, tandis que de nouveaux enseignements obligatoires font leur apparition : un cours sur l’Europe, des modules sur l’intelligence artificielle (LLM, modèles probabilistes, images génératives) et les relations internationales, dont le cours historique « Espace mondial » sera rebaptisé « Relations internationales » l’an prochain. « C’est le cours de la mondialisation heureuse, la signature de la fin des années quatre-vingt-dix. L’état du monde fait que le vocable relations internationales correspond sans doute mieux à ce dont les étudiants ont besoin », justifie Luis Vassy. La formation vise en outre l’atteinte du niveau C1 en anglais dès la fin du Bachelor.

ESCP, Columbia, FGV, journalisme : quatre nouveaux programmes pour la rentrée 2027

L’année 2027 sera marquée par le lancement de nouveaux diplômes. Le premier, le double Bachelor en Politique, Économie et Management créé avec ESCP, d’une durée de quatre ans et entièrement en anglais, débutera par deux années sur le campus de Sciences Po à Reims, avant une troisième année à Londres, spécialisée en finance, puis une quatrième sur l’un des campus européens d’ESCP (Berlin, Madrid, Turin ou Paris). 

« À l’heure de l’IA, les écoles de commerce essaient de devenir un peu plus comme Sciences Po. Il existe, en même temps, une forte demande de formations en finance, business, management », analyse Luis Vassy, qui mise aussi sur un contexte où « l’appétence pour les classes préparatoires semble se réduire ». 

Une soixantaine d’étudiants, moitié Français, moitié internationaux, formeront la première promotion d’une formation qui « a vocation à être une formation d’élite ». Sur les trente places ouvertes via Parcoursup, au moins six boursiers seront entièrement exonérés de frais à l’ESCP, une condition posée par Sciences Po pour signer le partenariat.

S’y ajoutent trois autres formations : un double diplôme de niveau master avec Columbia University, consacré à la transition écologique et aux risques climatiques ; un double Bachelor trilingue avec la Fundação Getulio Vargas de São Paulo, le premier en Amérique latine et le onzième double diplôme de Bachelor de l’institution, né du déplacement du directeur au Brésil en octobre dernier et un Master « Investigations, Analyse et Intégrité de l’Information » créé par l’École de journalisme, pour former des spécialistes face aux campagnes de désinformation.

La Paris Climate School, nouvelle école de niveau master, a quant à elle fait sa toute première rentrée avec une cohorte de 65 étudiants particulièrement cosmopolite : 28 % de Français et 72 % d’internationaux, dont 25 % d’Européens et 47 % issus de pays hors Union européenne. Les États-Unis constituent, après la France, la nationalité la plus représentée avec 25 % des effectifs, tandis que les pays du Sud représentent 15 % de la promotion. Sa leçon inaugurale s’est tenue en présence de Mia Mottley, Première ministre de la Barbade. Côté recherche, un nouveau centre voit le jour aux côtés du CERI : le Center for Global Security and Governance, dirigé par intérim et porté par Thierry Balzacq, consacré à la sécurité, à la gouvernance et à la diplomatie.

Une internationalisation qui s'accélère, portée par le classement QS

Les candidatures internationales en première année progressent de 34 % en un an, et le nombre d’étudiants étrangers admis augmente de 15 %. Les États-Unis deviennent la première nationalité étrangère au Bachelor, devant l’Allemagne (hors France). Sur le campus de Poitiers, la part d’étudiants internationaux est passée d’environ 11 % en 2024 à 39 % cette année, notamment grâce à la fermeture de la voie internationale à Paris.

Cette attractivité doit notamment au retour de Sciences Po à la troisième place mondiale du classement QS (QS World University Rankings 2026) en sciences politiques et relations internationales, une nouvelle rappelée par son directeur, Luis Vassy : « Nous avons fait un sondage auprès des étudiants étrangers et la première raison de choisir Sciences Po, pour un étudiant étranger, c’est le classement QS. » 

Cap également sur l’Europe ; le comité réuni par Luis Vassy, co-présidé par Laurence Boone et Marc Lazar, avec un rapport préfacé par Mario Draghi, recommande de renforcer la place de l’Europe dans les enseignements et de développer un pôle européen à Bruxelles. « Nous avons un bureau à Singapour, un bureau à Pékin, mais pas de bureau à Bruxelles », relève le directeur, qui analyse : « Sommes-nous une université en Europe ou une université européenne ? On ne peut pas tourner le dos à cet ancrage. »

IA, liberté d'expression et présidentielle 2027 : la méthode Luis Vassy

Sur l’intelligence artificielle, l’institution s’est dotée dès 2025 d’une doctrine fondée sur une approche suivante : “ni interdire l’IA, ni l’ignorer, mais l’encadrer”. Elle est complétée en cette rentrée par un comité IA co-présidé par Éric Hazan et Julie Klein, et par un cours dédié au sein du Bachelor. La première Grande Conférence de l’année sera donnée par Yann Le Cun, lauréat du prix Turing. 

Concrètement, le travail réalisé en classe sous supervision pèse désormais au moins 70 % de la note finale, contre 30 % au maximum pour le travail à la maison, où l’usage de l’IA est admis. La dissertation et les oraux sont maintenus. 

À l’approche de l’élection présidentielle de 2027, Sciences Po affiche une ligne claire en matière de liberté d’expression : « L’idée est de se protéger des tentatives d’instrumentalisation. » Sciences Po, où plus de 1 000 événements sont organisés chaque année, continuera ainsi d’accueillir toutes les voix, comme le souligne son directeur. 

Interrogé sur un éventuel débat avec Marine Le Pen, Luis Vassy répond : « Tout le monde va pouvoir s’exprimer », à condition d’accepter des modalités des meetings. « Une fois qu’une règle est établie, elle s’applique de la même manière à tout le monde. » Et d’ajouter : « Ces étudiants, il faut les traiter en bonne intelligence. On ne perd jamais rien à élever le débat au plus haut niveau », conclut le directeur.

Sur le volet financier, l’État représente aujourd’hui 29 % du budget de Sciences Po, une part appelée à se réduire. Luis Vassy annonce que cette part va continuer à se réduire dans les mois et années qui viennent, afin d’assurer l’autonomie de Sciences Po : “qu’aucun acteur extérieur ne puisse peser sur nous, y compris par le biais budgétaire”, affirme-t-il. Pas question pour autant d’augmenter les frais de scolarité (qui représentent déjà près de 40 % du budget) au-delà de 1,25 % par an, soit au niveau de l’inflation. Le levier privilégié sera donc le volume d’étudiants extra-européens, qui paient le tarif maximum, complété par la levée de fonds et les partenariats. 

Mot du Directeur de Sciences Po 🗣️