Mines Saint-Étienne accélère sa transformation au service de la souveraineté française.

Budget en croissance malgré la baisse des subventions pour charges de service public, nouvelles formations bac+6, premières micro-certifications, partenariats de pointe : lors de sa conférence de presse de rentrée, ce jeudi 27 août, Jacques Fayolle, directeur de Mines Saint-Étienne, a détaillé l’accélération du virage public-privé de l’école bicentenaire, mise au service de la souveraineté française sur des sujets stratégiques comme l’IA, le nucléaire ou l’écologie.

Par Valentine Dunyach

Comme à l’accoutumée, Jacques Fayolle tenait ce jeudi 27 août la conférence de presse de rentrée de Mines Saint-Étienne, école d’ingénieurs dont il est à la tête. Le directeur général de Mines Saint-Étienne, en poste depuis 2022 et dont le mandat court jusqu’en 2027, y a confirmé le cap fixé l’an dernier : un pivot vers un modèle hybride public-privé, incarné par la création d’une direction du développement créée en septembre 2025. 

« Depuis un an, nous avons mieux valorisé nos activités de formation et de recherche, développé de nouvelles ressources propres et renforcé nos liens avec les entreprises. Nous voulons maintenant accélérer », résume-t-il. Une évolution qui, insiste-t-il, ne remet pas en cause l’identité de l’établissement : « Mines Saint-Étienne reste une école publique, pleinement attachée à sa mission de service public. »

Le contexte général dicte cette stratégie : IA, réindustrialisation, tensions géopolitiques et besoin de souveraineté poussent les entreprises à réclamer de la science et des hommes et des femmes pour développer leurs projets. L’ambition affichée : « disposer de moyens supplémentaires pour investir dans les technologies, les compétences et les équipements dont la France a besoin pour renforcer sa souveraineté ».

Un budget en croissance malgré la baisse des subventions publiques

Premier signal de cette dynamique, le budget de l’école atteint 52,3 millions d’euros, contre 49 millions l’an dernier. Une progression d’autant plus notable qu’elle intervient alors que la subvention pour charge de service public recule de 5 à 6 %. Le directeur met en avant « une croissance soutenue de nos ressources propres, qui pallient la baisse des subventions pour charge de service public », et revendique une volonté de développer cette école bicentenaire en volume et en excellence, « dans un contexte budgétaire extrêmement tendu pour une institution publique ». 

Recrutement : « des signaux au vert, en volume et en qualité »

Côté recrutement, l’attractivité se maintient sur l’ensemble des voies d’accès : CPGE (cycles ICM et ISMIN), filières en apprentissage et PDIS affichent « des signaux au vert, en volume et en qualité ». Le recrutement mené avec l’ISTP, sur les quatre diplômes en apprentissage de Mines Saint-Étienne, donne également satisfaction. 

À rebours de la tendance générale, le directeur se félicite : « Nous n’avons pas à date de signaux de difficulté de signature de contrats d’apprentissage sur nos spécialisations. » L’école, qui compte 2 500 élèves dont 27 % d’étudiants internationaux sur trois campus (Saint-Étienne, Lyon, Aix-Marseille-Provence), propose aujourd’hui 6 diplômes d’ingénieurs et 42 doubles diplômes, à l’image des cursus ingénieur-pharmacien ou ingénieur-médecin. 

Sur le front immobilier, les travaux inscrits au contrat de plan État-Région avancent. Le projet Campus du Futur, financé à hauteur de 35,6 millions d’euros dans le cadre du CPER 2021-2027 Auvergne-Rhône-Alpes, entre en phase de conception en septembre 2026, avant un début des travaux en 2028. Il vise à moderniser 25 000 m² du site historique pour accueillir plus d’étudiants, avec un GrandLab’ dédié à l’expérimentation, de nouveaux espaces de vie étudiante et un objectif de réduction de la consommation d’énergie de 60 % à horizon 2050. 

Le bâtiment TWIN, dédié à l’industrie du futur, sera livré fin 2026 à Saint-Étienne ; il offrira aux entreprises un environnement pour expérimenter la fabrication additive, l’automatisation et le numérique, avec l’objectif de raccourcir les délais de production, relocaliser certaines étapes de fabrication et réduire la dépendance à des fournisseurs étrangers. Le bâtiment SPOT complétera le dispositif en Provence.

Chaires, Accès Campus : l'école resserre ses liens avec les entreprises

Lancé en juillet 2026 au Campus Région du numérique de Charbonnières-les-Bains, en appui sur DIWII, la plateforme d’innovation de l’école dédiée à l’industrie du futur, un vaste programme de partenariats académique-industriel a déjà mobilisé grands groupes, PME et start-up, avec un engagement de 700 000 euros sur trois ans au service d’innovations à impact sociétal. Parmi les sujets sur la table figurent notamment un travail avec le groupe ORANGE axé autour de l’IA. Ceci correspond à 7 chaires et 2 programmes d’accompagnement de start-up.

Autre nouveauté, le programme Accès Campus : une offre pluriannuelle conçue pour rapprocher les entreprises des étudiants et co-développer avec elles des profils pertinents, en leur permettant de valoriser leurs métiers et de rencontrer leurs futurs diplômés. Airbus est le premier partenaire à rejoindre le dispositif, d’autres accords sont en gestation. L’école poursuit parallèlement le développement de l’apprentissage, notamment en génie nucléaire où le besoin de diplômés s’accroît, tout en restant vigilante sur l’évolution des aides à l’apprentissage.

Recherche : équipements de pointe et nouveau laboratoire dédié à l'IA

En recherche, Mines Saint-Étienne s’appuie sur des connaissances scientifiques fondamentales et des chaires qui alimentent son patrimoine scientifique au service des entreprises : microscope Auger pour l’analyse d’aciers dans le domaine nucléaire, moyens de caractérisation biologique pour étudier l’influence du sommeil sur la santé du cerveau, nouveaux équipements en microélectronique de la salle blanche, chaire CIRA avec EDF ou encore partenariat avec Framatome sur le nucléaire. « Cela permet de faire de la recherche de haut niveau », explique Jacques Fayolle, et de « se doter de matériel technologique de pointe, un investissement sur dix ou quinze ans ».

L’établissement créera cet automne le Laboratoire Informatique et Mathématiques de Mines Saint-Étienne (LIMMSE), une unité regroupant 80 personnels de recherche pour consolider l’expertise française en IA, modélisation mathématique et sciences de la décision. « S’organiser pour mettre nos forces de recherche à profit », résume la direction, qui affiche un autre motif de satisfaction : 11 projets ANR remportés cet été : « Nous en sommes très satisfaits. »

International : des partenariats ciblés, de l'Inde au Vietnam

La stratégie internationale privilégie des axes ciblés, équilibrés dans les flux et compatibles avec les actions de souveraineté, en direction des régions Est et de l’Asie du Sud-Est. Dans la lignée du voyage présidentiel entre l’Inde et la France, un accord de partenariat a été signé cet été avec l’Indian Institute of Technology de Madras (180e université mondiale au classement QS 2026), afin de favoriser l’accueil d’étudiants indiens en France et les échanges académiques. Des discussions actives sont également en cours avec l’école des Mines de Hanoï (HUMG) sur l’interaction entre IA et génie des procédés pour accélérer la décarbonation.

L’école expérimente en parallèle des écoles d’été (ou “summer schools”) sur ses campus, montées notamment avec Centrale Lyon, Insa Lyon et l’ENTPE, autour des ressources durables, de l’ingénierie de la santé (dont le programme SHIFT), et de la microélectronique : près de 130 étudiants, américains et européens principalement, s’y sont formés cet été à la cybersécurité, à l’ingénierie de la santé et à l’usage des ressources critiques pour le développement durable.

Formations : micro-certifications et diplômes bac+6, les nouveautés de la rentrée

L’école lance en septembre ses premières micro-certifications, des formations courtes de montée en compétences destinées à accompagner les professionnels tout au long de leur parcours. « Les structures publiques telles que les nôtres ont la capacité de délivrer des diplômes », rappelle Jacques Fayolle. Huit programmes sont prévus au total, les premiers étant consacrés à la santé, avec des remises à niveau sur l’IA ou les mathématiques à destination des médecins, pharmaciens et chirurgiens-dentistes. Les inscrits suivront ces programmes dès cette rentrée 2026.

Deux formations d’ingénieur de spécialisation en un an et en alternance, accréditées par la CTI au niveau bac+6, complètent l’offre dès septembre 2026 : TECTO, dédiée à la transition écologique et climatique des territoires et des organisations, et 3i, consacrée à l’intégration des innovations dans l’industrie. 

Face à la concurrence des mastères spécialisés de la Conférence des grandes écoles, Mines Saint-Étienne fait le choix d’un diplôme national, reconnu par nature à l’international, pensé pour des ingénieurs en France ou à l’étranger et inscrit dans la continuité des compétences d’ingénieurs. Un format « plus pérenne » qu’un mastère spécialisé, précise le directeur. Chaque spécialisation accueillera une dizaine d’inscrits, pour un coût de 12 500 euros par apprenant. 

Lancé en 2025 avec la Faculté de médecine de l’Université Jean Monnet, le parcours diplômant en ingénierie et santé (PDIS), toujours proposé sur Parcoursup, poursuit son essor pour sa deuxième rentrée. Le volume de places ouvertes est légèrement plus faible que l’an passé en raison des redoublants, mais la sélectivité reste très forte : moins d’un candidat sur dix admis, soit 50 admis. « Un programme extrêmement ambitieux concernant l’excellence et la charge de travail », rappelle Jacques Fayolle. La féminisation, l’un des arguments du lancement, donne satisfaction. Pour preuve, 63 % de femmes composent la première promotion et environ 60 % cette année. « Nous en sommes particulièrement satisfaits. » 

Pour rappel, à l’issue de ce cursus, les diplômés intègrent ensuite la faculté de médecine ou les cycles ingénieur des écoles de l’Institut Mines-Télécom.

Budget 2027 : « Il progressera moins en 2027 qu'en 2026 »

Dans un paysage où la baisse des subventions pour charges publiques contraint chaque école publique à retrouver des ressources, Mines Saint-Étienne stabilise ses flux de recrutement. « Le sujet, c’est comment travailler avec les entreprises pour stabiliser les modèles économiques et diplômer autant d’élèves que par le passé. La réputation de l’école et sa posture de pointe sur des sujets donnés sont porteuses. Nous ne rencontrons pas de problème de recrutement. », assure le directeur. Lucide néanmoins, Jacques Fayolle prévient : « Le budget progressera moins en 2027 qu’en 2026. » Et formule un dernier souhait, celui d’un environnement géopolitique plus stable.