Questionnaire sur les violences sexuelles dès novembre, interdiction du téléphone au lycée, enseignement obligatoire à l’intelligence artificielle en seconde à la rentrée 2027, barèmes du bac et du brevet publiés avant le 10 septembre : le ministre de l’Éducation nationale a détaillé, mardi 25 août, les chantiers de sa première rentrée à ce poste. Une prise de parole placée sous le signe de la continuité plutôt que de la réforme, à neuf mois de la présidentielle.
Par La Rédaction
Ce qu’il faut retenir pour les élèves et leurs familles tient en cinq mesures. Dès novembre, les dix millions d’élèves scolarisés de la grande section à la terminale rempliront un questionnaire sur les violences sexuelles dont ils auraient pu être victimes. La loi interdisant le téléphone portable au lycée entre en vigueur. Les attendus et barèmes du brevet et du baccalauréat seront rendus publics d’ici le 10 septembre. Les élèves de seconde suivront, à partir de la rentrée 2027, un enseignement obligatoire à l’intelligence artificielle. Enfin, toutes les épreuves des examens 2027 se dérouleront le matin, à partir de 8h.
Pour sa première conférence de presse de rentrée en tant que ministre, tenue depuis le Lycée Arago à Paris aux côtés de Sabrina Roubache, ministre déléguée chargée de l’Enseignement professionnel, l’ancien directeur général de l’enseignement scolaire (Dgesco) a d’emblée fixé le cadre : « Il n’y aura pas de réformes. Il y aura une méthode. »
Son diagnostic, tiré de ses déplacements parcourus en neuf mois, à la rencontre du milieu éducatif et des parents d’élèves : de l’espoir, mais aussi « la peur du déclassement », un affaissement du niveau d’expression à partir du collège ou encore « une invasion plus récente de leur vie par les écrans ». Sa stratégie tient en quatre verbes : instruire, protéger, unir, prévoir.
Son constat est le suivant : « Nous n’avons jamais eu, au sortir du collège, autant d’élèves en grande difficulté et aussi peu d’élèves excellents. ». La première priorité ciblera la maîtrise du langage, afin de réduire les inégalités scolaires liées aux inégalités sociales. Un enfant issu d’un milieu défavorisé peut en effet accuser, à six ans, deux ans de retard en diversification du lexique. Les nouveaux programmes du premier degré fixent une cible de 2 500 mots en fin de maternelle. « Ceux qui auront une maîtrise complète du langage et un vocabulaire diversifié auront la maîtrise de l’IA. Ceux qui auront une maîtrise faible du langage seront le jouet de l’IA. », prévient-il.
Concrètement, cela se traduit par davantage de lecture et d’écriture, sur des textes longs. En mathématiques, l’accent est mis sur les automatismes et la résolution de problèmes, indissociables selon lui. Seconde priorité, le raisonnement scientifique, à promouvoir « aussi bien pour les filles que pour les garçons ».
Autre inflexion assumée, l’encouragement des meilleurs élèves, « singulièrement au collège, où un bon élève est souvent amené à faire profil bas vis-à-vis de ses camarades. Non seulement il a le droit d’être bon, mais il faut également l’encourager », plaide le ministre. Un premier concours général des collèges est donc créé, avec deux règles inédites : les établissements devront inscrire autant de filles que de garçons, créant « une aspiration paritaire », et chaque territoire aura ses premiers prix. 300 nouvelles classes à horaires aménagés en mathématiques et sciences (CHAMS) ouvrent également à cette rentrée.
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C’est l’engagement sur lequel Édouard Geffray s’est le plus longuement arrêté. Selon les données de la Ciivise qu’il cite, un peu moins de 10 % des enfants sont victimes de violences sexuelles. Dès novembre, tous les élèves de la grande section à la terminale rempliront un questionnaire sur les violences sexuelles adapté à leur âge. Comme pour le questionnaire sur le harcèlement déjà mis en place, ils pourront choisir de l’anonymiser ou non.
Le contenu sera construit dans les prochaines semaines avec des pédopsychiatres, des représentants du personnel, des associations de parents et des chefs d’établissement. « Les résultats risquent d’être sismiques », annonce-t-il. Sur la prévention, le ministre acte que les trois séances annuelles d’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle (EVARS) seront bien assurées dans l’ensemble des établissements cette année, en particulier au lycée.
Annonce opérationnelle pour les candidats d’ici le 10 septembre, des éléments de correction et les attendus du brevet et du baccalauréat seront rendus publics, notamment un barème précis sur le niveau de langue par discipline et sur le nombre de points qu’une absence manifeste de maîtrise suffisante de la langue induira en termes de perte sur la note finale, afin de donner aux élèves comme aux professeurs, une base commune.
Côté enseignants, le concours à bac + 3 affiche un premier bilan revendiqué : 50 % d’admis en plus pour 40 % de postes ouverts supplémentaires, et des concours pourvus « pour la première fois en France depuis près de quinze ans ». La nouvelle licence de professorat des écoles attire, elle, sept candidats par place en moyenne sur Parcoursup.
Deuxième champ de protection, l’emprise des écrans, qualifiée de « véritable urgence sanitaire ». « À l’échelle d’une année, les adolescents passent plus de temps sur leur téléphone qu’en cours », souligne le ministre, qui évoque « un processus de destruction cognitive massif » et pointe des contenus « souvent vecteurs de représentations dégradantes pour les femmes ». Sa formule résume sa position : « L’école émancipe, certains réseaux sociaux conditionnent. »
D’où son soutien appuyé à l’interdiction du téléphone au lycée, promulguée et applicable dès cette rentrée : « Pour la première fois, les élèves français vont avoir une scolarité complète sans téléphone. ». Sur l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de quinze ans, le ministre, juriste de formation, s’en remet au chemin juridique à trouver après la décision du Conseil constitutionnel.
Volet santé mentale et climat scolaire, trois cents infirmiers, assistants sociaux et psychologues de l’Éducation nationale supplémentaires arrivent à cette rentrée, une dynamique que le ministre souhaite poursuivre « pour les cinq ou dix prochaines années ». Un travail de fond mené avec les représentants du personnel doit aboutir d’ici la fin de l’année.
La protection vaut aussi pour les personnels. Le ministre a rappelé le décret pris cet été permettant de changer d’affectation un élève dont les parents feraient peser une menace grave sur les personnels. « On ne touche pas à un professeur, pas même un cheveu », martèle-t-il, assumant un texte qui a suscité des réticences et été modifié après échanges. Deux outils viennent compléter le dispositif : une charte des relations entre les parents et l’école, publiée le jour même, et des supports vidéo destinés aux réunions parents-professeurs de début d’année.
Sur la cyberattaque des 25 et 26 juillet, notifiée à la CNIL le 31 juillet, un audit complet est mené avec l’ANSSI et la double authentification sera généralisée d’ici début 2027 sur les quatre cents applicatifs du ministère.
Troisième axe, unir pour « faire nation ». Le ministre dénonce « une forme de fragmentation de notre récit commun » et « de racialisation des termes » : « Qu’il soit arrivé hier ou que ses ancêtres aient fait la guerre de Cent Ans, quelle que soit sa couleur de peau, quelle que soit sa religion, un enfant qui s’assied sur les bancs d’une école est un enfant de la République. »
Autre nouveauté de cette rentrée 2026, le 11 novembre sera désormais commémoré dans toutes les écoles et tous les établissements à partir du CM1. Deux autres plans seront par ailleurs mis en œuvre cette année, contre le racisme et l’antisémitisme d’une part, contre les haines et les LGBTphobies d’autre part, et le plan de formation à la laïcité atteindra 100 % des personnels formés. Sur l’inclusion, le ministre rappelle que plus de 500 000 élèves en situation de handicap sont scolarisés, mais reconnaît des limites dans l’équilibre entre accessibilité et accompagnement humain, et renvoie aux conclusions à venir de la Conférence nationale du handicap.
Le ministre identifie trois bouleversements pour l’éducation : la démographie, l’intelligence artificielle et le climat.
Le choc démographique est immédiat : 161 000 élèves de moins font leur rentrée cette année, dont 110 000 dans le premier degré, et une baisse de 20 % des effectifs est attendue d’ici 2035 par rapport à 2018. Si le ministre souligne que la France dispose du maillage scolaire le plus fin d’Europe, avec plus de 8 % d’écoles à classe unique, une expérimentation est menée depuis mars dans 18 départements pilotes pour construire, avec les élus locaux, une carte de l’offre scolaire à cinq ans. Cette méthode, fondée sur une contractualisation avec les collectivités, doit être généralisée à l’ensemble des départements en janvier. Une direction de la politique territoriale de l’école et de l’anticipation sera créée d’ici l’automne. L’ambition, en creux, est l’égalité d’accès aux options et aux opportunités.
Sur l’IA, la position est celle de l’équilibre : ni « naïveté béate », ni « rejet dogmatique ». Le ministre reconnaît par ailleurs que la quasi-totalité des lycéens et collégiens utilisent déjà ces outils à la maison pour leurs devoirs ou leurs révisions.
Annonce à la clé : à la rentrée 2027, un enseignement obligatoire à l’IA sera dispensé à tous les élèves de seconde, avec un programme préparé par le Conseil supérieur des programmes et prêt en décembre. « L’IA ne remplacera jamais l’intelligence humaine », rappelle le ministre, qui assigne à l’école un rôle simple : que « les élèves en restent les maîtres ».
Sur le climat, le ministre dresse ce constat : « Ce que les modèles les plus fréquents anticipaient plutôt pour 2040 arrive en 2026. ». Il rappelle que 6 300 établissements ont été soutenus par ÉduRénov et plus de 3 500 par le Fonds vert et annonce que plus de 3 000 écoles et établissements ont sollicité des équipements cet été, dans le cadre d’un plan lancé avec la Banque des territoires et EDF, et que le plan de gestion des vagues de chaleur sera enrichi d’ici mars prochain. Ainsi, pour les examens 2027, 99,9 % des épreuves auront lieu le matin. Seules quelques épreuves professionnelles s’étalant sur la journée font exception.
La ministre déléguée Sabrina Roubache a présenté ses chantiers pour la voie professionnelle (667 600 lycéens, 2 070 lycées, 99 500 poursuites en BTS). Elle relance la concertation via un « CNR (Conseil national de la refondation) de l’attractivité de la voie pro », ouvert à toute la communauté éducative et au monde économique, avec des financements pour les territoires volontaires.
La transformation de la carte des formations atteint 19,5 % (colorations incluses), en deçà de l’objectif d’un quart d’ici 2027. Priorité affichée : la mobilité. Alors que 20 % des places d’internat sont fermées, elle veut les rouvrir avec les régions pour héberger les élèves, et évoque des solutions de transport en ruralité, comme les voitures sans permis pour les apprentis. Sur les certificats de spécialisation (année post-bac pro), elle annonce 4 000 places pour 2027, loin des 20 000 initialement prévues, et plaide pour un adossement au supérieur et un accès aux bourses.
Interrogé sur son rôle dans la campagne présidentielle à venir, Édouard Geffray répond ainsi : « Tout le monde regarde en ce moment vers mai 2027. Permettez-moi de regarder vers septembre 2026. L’école doit être un enjeu de la campagne électorale. ».
Rentrée 2026 : lutte contre les violences sexuelles, téléphone portable, IA… les annonces d’Édouard Geffray pour les collégiens et lycéens
