Tensions géopolitiques, hausse du coût de la vie, inquiétudes des familles : la mobilité internationale étudiante évolue dans un contexte plus incertain qu’auparavant. Pourtant, chez les étudiants en business school, en Bachelor comme en Programme Grande École, l’envie de partir à l’étranger, de voyager et de s’immerger dans une autre culture demeure forte.
Quelles destinations attirent aujourd’hui le plus les étudiants des grandes écoles de management ? Quels formats de mobilité privilégient-ils ? Quel niveau d’anglais est attendu pour partir à l’international ? Valérie Pasturel, directrice des programmes Bachelor à l’EM Normandie, revient sur les choix des étudiants, les préoccupations des familles et les adaptations mises en place par l’école pour répondre au contexte international mouvant.
Par Valentine Dunyach
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Fondée en 1871, l’EM Normandie est l’une des plus anciennes écoles de commerce françaises et l’une des 38 écoles de management membres de la Conférence des Grandes Écoles (CGE). Elle compte aujourd’hui plus de 6 000 apprenants répartis sur six campus : Caen, Le Havre, Paris, Dubaï, Dublin et Oxford. L’école est triplement accréditée EQUIS, AACSB et AMBA ; une distinction détenue par moins de 1 % des business schools mondiales.
Son réseau international s’appuie sur 230 universités partenaires dans 56 pays, dont 80 % accréditées, et accueille plus de 1 000 étudiants internationaux. Avec 75 % de professeurs permanents internationaux sur un corps professoral de 134 enseignants-chercheurs, l’ouverture au monde est moins un argument de communication qu’une réalité structurelle de l’établissement. C’est dans ce contexte que Valérie Pasturel a pris la direction des programmes Bachelor en novembre 2025, avec pour mission notamment de clarifier et renforcer l’offre de mobilité internationale.
Vous supervisez deux programmes : le Bachelor en management et l’International BBA. En quoi se distinguent-ils ?
Le Bachelor en management est très ancré sur les territoires, au service de l’économie locale. Il permet d’acquérir des fondamentaux (gestion, management…) ainsi que des compétences complémentaires (IA, Data), des options d’hybridation avec des écoles d’ingénieurs, et une troisième année en alternance qui favorise l’insertion sur le marché de l’emploi. Il permet également une expatriation de 6 mois en 2ème et 3ème année.
Notre IBBA, résolument international, offre de multiples occasions d’expatriation : un programme pour les globe-trotters !
Dans un contexte géopolitique tendu et avec la hausse du coût de la vie, constatez-vous un recul de la demande pour certaines régions du monde ?
La demande d’expatriation reste très présente, que ce soit en Bachelor en trois ans, où les étudiants ont toujours une option de mobilité, ou en IBBA, où l’international est au cœur de la formation. Nos campus à l’international ; Oxford, Dublin et même Dubaï, constituent une alternative rassurante pour les parents et les étudiants.
Quelles sont les destinations européennes les plus demandées par les étudiants ?
L’Angleterre est très plébiscitée. La demande avait légèrement baissé avec le Brexit et sa sortie d’Erasmus+, mais le Royaume-Uni vient de réintégrer le programme, donc son attrait continue de s’accentuer. L’Irlande avec Dublin est également une destination très attractive grâce aux entreprises de la Tech installées sur le territoire. L’Espagne, l’Italie et l’Allemagne attirent également les étudiants.
Les bourses Erasmus+ jouent un rôle important dans ces choix. Elles représentent entre deux cents et trois cent cinquante euros par mois, une aide que les partenariats bilatéraux hors Europe ne proposent pas. Le choix de l’Europe est à la fois un choix de proximité pour certains, et un choix financièrement rationnel pour d’autres.
Et pour les destinations hors Europe ?
En Asie, la Corée du Sud connaît une demande très forte, tout comme le Japon. La Chine, après une période de recul, remonte progressivement. Singapour suscite un intérêt croissant. Pour beaucoup d’étudiants, Singapour représente une forme d’Asie accessible : la population est bilingue en anglais, les parents sont rassurés par le niveau de sécurité, et c’est une plaque tournante en Asie du Sud-Est qui permet de se déplacer facilement dans toute la région.
L’Australie attire de plus en plus, avec Melbourne et Sydney comme destinations phares. Nous orientons volontiers les étudiants vers Perth, où nous avons un très bon partenariat avec Curtin University et où le coût de la vie est bien inférieur à celui de Sydney. Le Canada suscite également une forte demande.
Le contexte politique américain a-t-il affecté la demande pour les États-Unis ?
La demande pour cette destination reste très présente ; les étudiants dissocient très clairement le contexte politique et le système universitaire américain. Ce qui les attire, c’est l’expérience des campus, des professeurs réputés et très investis, une vie étudiante qu’ils ont idéalisée à travers les films et les séries.
C’est la raison pour laquelle nous avons mis en place le Disney International Programme : deux semaines de cours intensifs à Montclair State University dans le New Jersey, suivies d’un contrat de travail de près de 6 mois à Disney World, en Floride, avec des séminaires et des cours en ligne. Nous sommes également en train de finaliser un partenariat avec Boston University pour le IBBA.
Quelles sont les principales craintes des étudiants et de leurs familles avant le départ ?
Les familles appréhendent essentiellement la distance pour les destinations lointaines. Les étudiants, quant à eux, ne sont généralement pas inquiets ; ils ont envie de partir. Sortir de leur zone de confort est un excellent moyen pour développer sa capacité d’ouverture et d’adaptation, compétences clés que nous souhaitons développer chez nos étudiants.
L’École reste en contact avec tous ses étudiants en mobilité, et très vite, les parents sont rassurés ! Bien souvent, ils s’étonnent d’avoir moins de nouvelles de leur enfant, c’est plutôt bon signe car ils vivent pleinement leur expatriation. Les résultats obtenus à l’international sont généralement meilleurs qu’en France, car les étudiants sont extrêmement attentifs, travaillent plus, écoutent mieux, et reviennent avec une grande maturité.
En quoi vos campus à l’étranger se distinguent-ils des partenariats universitaires classiques ?
La distinction première reste le niveau de langue des étudiants. Les départs en université partenaires sont soumis à des tests de niveau de langue. L’EM Normandie garantit pour tous les étudiants une expatriation quel que soit leur niveau d’anglais.
Nos campus permettent d’offrir une expérience internationale à des étudiants qui n’auraient pas le niveau d’anglais requis pour intégrer une université partenaire. Cela représente aussi un tremplin, tant pour la langue que pour la découverte d’un autre pays. Chaque campus a également une coloration spécifique : Dublin est orienté tech et développement durable, avec notamment un partenariat récemment signé avec ServiceNow ; Oxford est focalisé sur la finance, les fintech et la finance d’entreprise, avec des cours dispensés exclusivement par des professeurs britanniques.
Grâce à nos campus à l’international, les étudiants peuvent vivre une expérience d’expatriation tout au long de leur cursus en changeant de campus et de pays chaque année.
Quels nouveaux partenariats sont en cours de développement ?
Nous sommes en train de finaliser un partenariat avec Boston University pour le IBBA. Nous avons également signé récemment avec San Diego State University, avec un premier étudiant envoyé dès septembre. Nous travaillons par ailleurs sur des accords avec UCLA et Berkeley, et davantage de doubles diplômes, notamment vers l’Espagne, l’Angleterre, les États-Unis au niveau master, l’Australie et l’Asie.
Quelles certifications souhaitez-vous intégrer aux cursus ?
Proposer des certifications apporte une vraie valeur ajoutée au diplôme, à condition qu’elles soient délivrées par des établissements qui ont une réelle notoriété.
Nous avons déjà le Civitest et des certifications en anglais. Nous allons déployer Google Analytics, une certification en gestion de projet de type Scrum ou Prince2, et une certification en cybersécurité. Pour les étudiants en IBBA, j’envisage des certifications anglo-saxonnes dans des domaines où les universités américaines et australiennes sont reconnues : business analytics, technologie, intelligence artificielle.
Ce que décrit Valérie Pasturel dessine une mobilité étudiante en pleine recomposition, tiraillée entre des envies intactes et des contraintes nouvelles : financières, linguistiques, familiales. La demande ne recule pas. Elle se diversifie et se segmente : d’un côté les étudiants qui partent seuls en université partenaire, de l’autre ceux qui accèdent à l’international via un campus de leur école, avec un filet de sécurité académique et linguistique.
Ce double modèle est une réponse à la réalité d’une génération qui souhaite partir, mais pas à n’importe quel prix ni dans n’importe quelles conditions. Et qui revient systématiquement avec de meilleurs résultats et une maturité qu’ils ne trouvent pas forcément dans les salles de cours.
