NEOMA Alexandre Pourchet

Dernière grande école du top 8 à maintenir un entretien de motivation et de personnalité “classique”, NEOMA Business School joue une carte singulière dans le paysage des concours. Alors que ses concurrentes multiplient les formats innovants, l’école mise sur l’authenticité et le dialogue. Mais ce classicisme apparent ne laisse aucune place à l’improvisation.

Par Valentine Dunyach

L’entretien de personnalité : le format de NEOMA

Le Programme Grande École de NEOMA Business School est notamment accessible après une classe préparatoire via le concours ECRICOME. À l’oral, les candidats sont évalués sur trois épreuves : l’entretien de personnalité (coefficient 12 sur 25), la LV1 (coefficient 7) et la LV2 (coefficient 6). L’entretien de personnalité représente à lui seul près de la moitié de la note des oraux, mais les deux langues cumulées pèsent davantage : ne négliger aucune des deux représente donc une stratégie gagnante.

L’entretien de personnalité dure 30 minutes, face à un jury composé de trois membres ; un enseignant ou collaborateur de l’école et un professionnel, souvent ancien étudiant ou partenaire de NEOMA. Il s’appuie sur un questionnaire de personnalité rempli par le candidat en amont, qui sert de fil conducteur à l’échange. Ce format est un échange libre et bienveillant, visant à évaluer la personnalité, la motivation et la capacité du candidat à s’intégrer à l’école.

Alexandre Pourchet, Directeur Général Adjoint de NEOMA, précise l’objectif de l’entretien de motivation : il s’agit d’évaluer « la personnalité du candidat, sa motivation à intégrer l’école et la cohérence de son projet ; professionnel ou académique. Au-delà de ces éléments, une partie de l’entretien est consacrée à l’évaluation de l’ouverture d’esprit du candidat, de sa capacité d’analyse, de sa capacité à se projeter dans un environnement professionnel ; et si possible international. »

Toutes les grandes écoles proposent des formats d’oraux différents, qui ont, pour certains, évolué ces dernières années. HEC Paris propose l’exercice du triptyque, l’ESSEC Business School et l’EDHEC ont leurs modèles particuliers, emlyon son système de cartes, SKEMA le CV projectif ou encore Audencia une épreuve de débat en groupe. En conservant un modèle plus traditionnel, NEOMA se retrouve dans une position singulière, et assumée. Selon Alexandre Pourchet, NEOMA est probablement la dernière école du top 7 à maintenir ce format : « Une évolution n’est pas à exclure pour l’avenir, mais il s’agit d’un choix assumé à ce stade. »

« Une spontanéité bien maîtrisée » : ce que recherche le jury

La distinction entre un bon candidat et un candidat exceptionnel tient, selon Alexandre Pourchet, à un seul mot : l’authenticité. Un bon candidat répond clairement aux questions, se présente correctement et s’est renseigné sur l’école.

Ce qui fait réellement la différence, à ses yeux, relève d’une implication plus poussée dans la connaissance de l’établissement. Le candidat qui sort du lot « ne se contente pas de citer trois campus et une triple accréditation. Il s’est réellement renseigné sur le plan stratégique, a suivi la dernière conférence de presse, et parvient à en restituer les éléments principaux, en faisant le lien et en expliquant en quoi les ambitions de l’école l’intéressent personnellement. »

Même exigence sur le projet professionnel ; il ne s’agit pas, au cours de l’entretien, de produire une réponse convenue, mais de présenter un parcours construit étape par étape. Pour un candidat issu d’une classe préparatoire, les attentes sont toutefois proportionnées. Après deux ans de khâgne, il est normal de ne pas avoir un projet parfaitement structuré. Ce qui compte, explique Alexandre Pourchet, est de s’être documenté sur les opportunités offertes par l’école, de connaître sa maquette pédagogique et de comprendre que NEOMA n’est « pas juste une école de commerce ».

Sur la vie associative à NEOMA, une mise en garde s’impose. Depuis deux ans, l’accent est porté sur l’excellence académique. La vie associative est toujours présente, mais ne constitue pas le principal facteur de différenciation en entreprise. Alexandre Pourchet précise : « Une famille qui investit 17 000 € par an le fait avant tout pour l’excellence académique, et non pour la vie associative seule. Cette époque est en partie révolue. »

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Ce qui pénalise : le discours trop rodé, les incohérences, le monologue

La consigne donnée aux membres du jury est explicite : dès qu’un monologue appris par cœur est détecté, le candidat est interrompu. L’objectif n’est pas d’entendre une récitation, mais d’observer la réflexion en train de se construire. Alexandre Pourchet le formule ainsi : « Être préparé, oui ; il faut avoir réfléchi à son parcours, à ses expériences, à la manière de les valoriser. Mais il faut pouvoir rendre tout cela vivant et naturel le jour J. Montrer que l’on a réfléchi, et pas que l’on a appris par cœur. C’est tout le défi. »

Les incohérences entre le questionnaire écrit et les propos tenus à l’oral sont également fortement sanctionnées. Alexandre Pourchet prend l’exemple d’un candidat se disant sensible aux enjeux de transition écologique : il sera nécessairement interrogé sur ses pratiques concrètes. Si ses habitudes quotidiennes contredisent ses déclarations, la dissonance apparaît immédiatement. Il en va de même pour les passions revendiquées, qu’il s’agisse de géopolitique ou de mangas : « il faut pouvoir en parler avec sincérité et profondeur. Si cela est inscrit là pour “faire bien”, le jury le voit. »

Concernant la motivation à rejoindre l’école, la règle est simple : « si le discours pourrait s’appliquer à n’importe quelle autre école en changeant simplement le nom, cela pose problème. »

Du bon usage des questions déstabilisantes et des questions posées au jury

Face à une question déstabilisante, « le réflexe typiquement français est de meubler immédiatement », explique Alexandre Pourchet. Et d’ajouter : « C’est la mauvaise approche ; mieux vaut prendre un temps de respiration, bien saisir la question et réfléchir à la raison pour laquelle elle a été posée. »

Plus surprenant, il est non seulement possible, mais perçu positivement de retourner certaines questions au jury, voire d’en poser spontanément. Alexandre Pourchet l’affirme : « Un candidat qui interroge l’école sur ses choix stratégiques montre qu’il a réfléchi, qu’il s’est documenté, qu’il perçoit les différences entre les modèles. C’est un signe de confiance et d’intérêt. »

L’idéal reste que l’entretien devienne un véritable échange : « Quand l’entretien se passe vraiment bien, nous ne sommes plus dans un simple registre question-réponse : nous sommes dans un véritable dialogue. Les membres du jury rebondissent, le candidat relance. C’est souvent le signe que l’entretien s’est très bien passé. »

Le conseil final : avoir confiance en soi

Au-delà des techniques et des contenus, Alexandre Pourchet insiste sur un point essentiel : les candidats arrivant à ce stade ont tous des parcours solides. L’enjeu consiste donc avant tout à savoir les valoriser. Sa recommandation est claire : « Être le plus naturel possible. Faire abstraction des enjeux du moment ; il n’est pas toujours simple, quand c’est l’aboutissement de deux ou trois ans de travail intense, de bien gérer son stress et d’arriver serein dans sa préparation. Il faut surtout avoir confiance en soi. »

Un conseil d’autant plus important que NEOMA évolue en profondeur. La grande école de management articule aujourd’hui management, humanités, technologie et réseaux internationaux. Ne pas maîtriser ces éléments au moment des oraux constituerait, selon lui, un manque de préparation.

La stratégie de NEOMA : une école ouverte sur le monde

NEOMA, en 2026, c’est une école en pleine transformation stratégique. Son plan Engage for the Future fixe trois axes : développer des partenariats avec des universités de premier rang, rapprocher management et humanités, et intégrer l’intelligence artificielle dans ses outils pédagogiques.

Sur le volet international, NEOMA a récemment annoncé proposer de nouveaux partenariats d’excellence, aux États Unis : Caltech, Columbia, Cornell, Stanford, UCLA et University of San Diego rejoignent le réseau de l’école, qui compte désormais parmi ses partenaires 100 % des établissements du top 5 et 75 % du top 50 du classement Financial Times Master in Management 2025, hors établissements français. Ces nouveaux accords représentent au total 64 doubles diplômes supplémentaires et 156 places de plus à l’international.

La logique de ces choix stratégiques, Alexandre Pourchet la décrit ainsi : « Nous n’avons pas cherché à multiplier les accords, mais à nous associer aux leaders de leur domaine. Les grands défis d’aujourd’hui ne se résolvent plus à l’intérieur d’une seule discipline : c’est en croisant le management avec les humanités, la finance avec la technologie, ou la gestion avec les sciences que nous préparons le mieux nos étudiants. »