« Nos secteurs nourrissent nos concitoyens » : agriculture, pêche, agroalimentaire - focus sur des métiers essentiels et porteurs

Et si les filières de l’agriculture, de la pêche maritime et de l’industrie agroalimentaire représentaient une véritable opportunité pour les jeunes ? Encore trop peu connues, elles offrent pourtant chaque année plus de 165 000 recrutements en France. Pour mieux comprendre leurs atouts et les perspectives qu’elles ouvrent, Thotis a rencontré Jérôme Volle, président d’OCAPIAT depuis avril 2025, qui décrypte les enjeux et les formations de ces secteurs essentiels.

Par Valentine Dunyach

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Un OPCO, à quoi cela sert ?

Pour comprendre le rôle d’OCAPIAT, il faut d’abord saisir ce qu’est un OPCO ou “opérateur de compétences”. Mis en place par l’État en 2019, ce type de structure accompagne les branches professionnelles d’un secteur donné dans leurs plans de développement des compétences liés à la formation tout au long de la vie. Il en existe onze en France, couvrant l’ensemble du tissu économique national, des entreprises d’un seul salarié jusqu’aux groupes de plusieurs milliers de collaborateurs. Il accompagne également les entreprises de son champ qui n’ont pas encore de statut employeur mais souhaiteraient embaucher, par exemple un alternant.

Concrètement, un OPCO joue un rôle de pivot entre les entreprises, les salariés et les organismes de formation et CFA. Il finance et pilote les dispositifs qui permettent aux salariés de monter en compétences, gère et finance les contrats d’apprentissage et d’alternance, et anime des observatoires prospectifs chargés d’anticiper les besoins en métiers et en qualification. Ce dernier volet est particulièrement stratégique : pour concevoir des formations adaptées à demain, encore faut-il savoir ce dont les secteurs auront besoin aujourd’hui.

OCAPIAT : 48 branches, un territoire, une mission

“OCAPIAT” pour Opérateur de Compétences de la Coopération Agricole, de l’Industrie Agroalimentaire, de l’Agriculture et de la Pêche maritime est l’un de ces onze OPCO. Il en est l’un des plus vastes : il fédère quarante-huit branches professionnelles et se distingue par une dimension supplémentaire, celle des territoires, les entreprises adhérentes d’OCAPIAT étant quasiment dans chaque commune de France. Présent en France métropolitaine comme dans les quatre territoires ultramarins, OCAPIAT adapte ses actions aux spécificités locales de chaque territoire ; une particularité que son président considère comme stratégique, compte tenu de l’implantation nationale des filières.

À cette dimension géographique s’ajoute un travail de pilotage de fond : OCAPIAT supervise huit observatoires de branches professionnelles, qui produisent des études prospectives sur les métiers d’avenir et les besoins en compétences. Un travail de veille indispensable dans des secteurs soumis à des mutations rapides ; climatiques, technologiques, réglementaires.

Les grandes familles de métiers dans ces secteurs : bien plus qu'on ne l'imagine

L’une des premières idées reçues à déconstruire est celle d’un secteur homogène, rural, peu qualifié. La réalité est tout autre. OCAPIAT couvre cinq grands ensembles.

L’agriculture constitue le premier pilier. Longtemps perçue comme une affaire de transmission familiale, elle attire désormais un nombre croissant de profils extérieurs au monde rural, séduits par le travail avec le vivant et les perspectives qu’offre le secteur. Conducteurs d’engins agricoles et forestiers, chefs de culture, maîtres de chai en vinification : les métiers sont techniques, qualifiants, et porteurs d’enjeux de souveraineté alimentaire directement liés au quotidien des Français.

L’industrie agroalimentaire est le deuxième grand domaine d’action d’OCAPIAT. Elle regroupe aussi bien des entreprises privées que des coopératives agricoles, couvre la transformation des produits issus de l’agriculture, et inclut de grandes marques connues de tous les consommateurs. Les conducteurs de lignes et chefs de ligne figurent parmi les profils les plus recherchés, aux côtés de fonctions logistiques, qualité, ou de direction de sites.

Les services à l’agriculture forment un troisième ensemble moins visible mais tout aussi structurant : le Crédit Agricole via ses caisses régionales, Groupama, la MSA, les Maisons familiales et rurales, ainsi qu’une partie de l’enseignement agricole. Ces acteurs constituent l’écosystème économique et humain qui soutient le développement des exploitations et des filières dans leur ensemble.

La pêche maritime est un secteur en pleine transformation. Confrontée aux enjeux climatiques et à l’évolution des compétences requises, la filière est aussi en voie de modernisation technologique. Elle s’organise autour de trois grands piliers : la mécanique embarquée, les fonctions de matelot et le commandement.

Les territoires, enfin, constituent la cinquième dimension d’OCAPIAT – et l’une des plus singulières. En inscrivant explicitement cette composante dans son périmètre d’action, l’organisme assume une vision ancrée dans les réalités locales, loin d’une approche sectorielle purement centralisée.

Souveraineté alimentaire, défi climatique, transition écologique : des enjeux qui donnent du sens

Au-delà des chiffres du recrutement, ce qui confère à ces secteurs une profondeur singulière, c’est la nature même des enjeux qu’ils portent. Trois d’entre eux structurent la vision d’OCAPIAT.

La souveraineté alimentaire est le premier. Dans un contexte géopolitique tendu, où les ressources agricoles et alimentaires peuvent être instrumentalisées comme outils d’influence entre États, la capacité à produire localement redevient un enjeu stratégique de premier rang. Agriculture, agroalimentaire et pêche sont au cœur de cette équation : ils nourrissent les concitoyens, participent à leur qualité de vie et contribuent à la résilience nationale.

Le défi climatique est le deuxième axe. L’intelligence artificielle y joue déjà un rôle opérationnel : dans l’agriculture, des systèmes d’alerte météorologique permettent d’anticiper des événements comme la grêle et de déclencher des dispositifs de protection en temps réel ; des outils GPS pilotent les cultures avec précision et optimisent les rendements. Ces évolutions sont tout aussi présentes dans la pêche maritime et la sylviculture — des filières pleinement concernées par l’évolution climatique, tant pour leur survie que pour la réduction de leur empreinte environnementale.

La transition écologique, troisième enjeu, pousse les filières à ajuster précisément les intrants aux besoins réels des plantes et des animaux, évitant ainsi tout excès. Dans l’agroalimentaire, des systèmes assistent les chaînes de production pour détecter anomalies et alerter les opérateurs ; sans pour autant dessaisir l’humain du contrôle. Ces transformations dessinent une philosophie commune : technologie et savoir-faire ne s’opposent pas, ils se combinent. L’automatisation transforme les métiers plutôt qu’elle ne les supprime.

Se former via OCAPIAT : du CAP à l'école d'ingénieurs

L’un des atouts les moins connus de ces secteurs est l’amplitude de leurs parcours de formation. S’orienter vers l’agriculture ou l’agroalimentaire est accessible à tous les niveaux de qualification. Les trajectoires couvrent l’ensemble du spectre, du CAP jusqu’au master ou à l’école d’ingénieurs en passant par le BTS, le bachelor ou la licence professionnelle.

L’apprentissage et l’alternance jouent ici un rôle central. Ces dispositifs fonctionnent particulièrement bien dans des secteurs où la pratique quotidienne est au cœur des métiers. Combiner des apports théoriques en centre de formation avec une mise en pratique directe en entreprise forme des profils immédiatement opérationnels à la sortie. Les taux d’insertion en témoignent : selon les données publiées par Thotis, 70 à 75 % des alternants en agriculture et en agroalimentaire sont en poste un an après la fin de leur contrat ; un indicateur fort de l’adéquation entre cette voie et les attentes des employeurs.

L’alternance remplit aussi une fonction d’orientation active. Pour les jeunes éloignés du monde rural, qui ne connaissent pas ces secteurs de l’intérieur, elle offre la possibilité de découvrir concrètement des métiers et de valider leur projet professionnel avant de s’y engager durablement. Contrats de professionnalisation, apprentissage sont tous les deux des dispositifs en alternance : pleinement mobilisés par OCAPIAT pour accompagner l’évolution des compétences dans ses quarante-huit branches.

La promotion interne y est par ailleurs une culture installée, pas une exception. Dans l’agroalimentaire, un opérateur de production peut progresser vers des postes de technicien de maintenance, de responsable qualité ou de chef d’équipe. Dans la pêche, un matelot peut, au fil des années, accéder aux fonctions de commandement. Les parcours sont réels, les évolutions documentées.

Des secteurs ouverts à tous les publics, y compris aux reconversions

Le message d’OCAPIAT s’adresse à un public plus large qu’il n’y paraît. Aux lycéens et étudiants en quête d’orientation -bien sûr-, mais aussi aux actifs en reconversion professionnelle, nombreux à se tourner vers ces filières pour redonner du sens à leur parcours. Le regard neuf que ces profils apportent contribue d’ailleurs à faire évoluer les métiers : une richesse que les secteurs revendiquent pleinement.

Pour les parents qui hésitent à encourager leurs enfants vers ces voies, Jérôme Volle formule une mise en perspective directe : « Beaucoup d’autres secteurs, parfois plus attractifs en apparence, ont un avenir bien moins assuré que le nôtre. » Une assertion que les volumes de recrutement semblent confirmer, et que les enjeux de souveraineté alimentaire, de transition écologique et d’innovation technologique renforcent chaque année davantage.

Agriculture, pêche, agroalimentaire : ces filières ne nourrissent pas seulement les Français. Elles offrent aussi de vraies perspectives à ceux qui choisissent de s’y engager, à tous les niveaux de qualification, sur l’ensemble du territoire, et pour tous les profils.

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