Alors qu’emlyon business school finançait déjà intégralement la scolarité de ses étudiants boursiers CROUS de l’échelon 7 depuis 2022, l’école lyonnaise vient d’annoncer une extension significative de cette politique : la gratuité totale s’applique désormais à l’ensemble des boursiers CROUS des échelons 4 à 7 au sein de son Programme Grande École (PGE). Une décision qui pourrait concerner environ 250 étudiants dès la rentrée 2026, et qui envoie un signal fort à l’ensemble de la filière des grandes écoles de management. Isabelle Huault, directrice générale d’emlyon, revient en exclusivité pour Thotis sur cette mesure.
Par Valentine Dunyach
Concrètement, la mesure vise à exonérer environ cinq fois plus d’étudiants qu’aujourd’hui. Là où la gratuité ne s’appliquait jusqu’ici qu’aux boursiers du seul échelon 7 -le niveau le plus élevé d’aide accordé par le CROUS, elle s’étend désormais aux échelons 4, 5 et 6, élargissant ainsi considérablement le spectre des familles concernées. La classe moyenne inférieure, trop souvent au-delà des seuils d’aide maximale mais insuffisamment à l’aise pour assumer sereinement les frais d’une grande école, entre cette fois pleinement dans le périmètre du dispositif. En intégrant davantage d’étudiants aux profils sociaux diversifiés, l’école affirme que la mixité sociale constitue une condition de l’excellence académique, et non un frein à celle-ci.
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Comme le rappelle Isabelle Huault, les obstacles à la réussite dans une grande école de management vont bien au-delà de la question financière directe : logement en grande ville, frais de vie courante, sentiment d’illégitimité face à des pairs issus de milieux plus favorisés. Autant de réalités que la seule exonération des droits d’inscription ne saurait effacer.
C’est pourquoi emlyon inscrit cette mesure dans un dispositif plus large : soutien via la Fondation emlyon pour les frais de vie, mentorat, ateliers de développement des compétences transversales, accompagnement individualisé tout au long de la scolarité, et actions sur l’accès à la santé, au logement et à l’insertion professionnelle. L’ambition affichée est de traiter l’ensemble du parcours étudiant, de l’entrée à l’école jusqu’à la première embauche.
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Le Programme Grande École est, dans le paysage de l’enseignement supérieur français, la formation de référence des grandes écoles de management : sélectif, exigeant, il constitue le sésame vers les carrières les plus prisées du monde économique et académique. Mais cette excellence a un coût des frais de scolarité qui peuvent atteindre plusieurs dizaines de milliers d’euros sur l’ensemble du cursus, et c’est précisément ce coût qui, pour beaucoup de jeunes issus de milieux modestes, transforme l’ambition en renoncement avant même d’avoir tenté sa chance.
emlyon entend agir contre cet effet d’autocensure. Depuis près de vingt ans, l’école s’est engagée dans une politique d’ouverture sociale structurée, notamment via les Cordées de la réussite, qui accompagnent chaque année environ 1 000 lycéens et préparationnaires issus de réseaux d’éducation prioritaire ou de zones rurales ; tutorat, aide à l’orientation, ouverture culturelle. L’annonce de cette semaine marque l’étape suivante, et sans doute la plus symbolique, de cette trajectoire.
La question qui se pose naturellement est celle de l’effet d’entraînement. emlyon est-elle pionnière, ou révèle-t-elle une tendance de fond qui s’impose progressivement à l’ensemble des grandes écoles ? La directrice générale y voit une prise de conscience croissante dans la filière : l’excellence académique ne peut être durable sans accessibilité sociale. Dans un contexte où les grandes écoles sont régulièrement questionnées sur leur capacité à refléter la diversité de la société française et où certaines études pointent leur relative homogénéité sociale, la démarche d’emlyon prend une résonance particulière.
Thotis : emlyon annonce aujourd’hui la gratuité totale pour les boursiers CROUS échelons 4 à 7. Qu’est-ce qui a motivé ce passage à la vitesse supérieure, alors qu’emlyon finançait déjà jusqu’à 100 % pour l’échelon 7 depuis 2022 ?
Isabelle Huault : Nous avons pris cette décision avec une ambition claire : qu’aucun talent ne renonce à un parcours d’excellence dans l’enseignement supérieur pour des raisons financières.
Depuis plusieurs années, emlyon a fait le choix d’une politique volontariste d’ouverture sociale, avec un financement progressif des droits de scolarité pouvant aller jusqu’à 100 % pour les étudiants les plus modestes. Étendre aujourd’hui la gratuité totale aux boursiers CROUS des échelons 4 à 7 est à la fois l’aboutissement naturel de cette trajectoire et l’expression renforcée de la responsabilité que nous assumons en tant qu’École de management et Société à mission.
En renforçant notre politique de bourses, nous affirmons pleinement la responsabilité que nous assumons en tant qu’École de management et Société à mission, convaincue que la diversité sociale est une condition essentielle de l’excellence académique et collective.
Cette mesure doit permettre d’exonérer environ cinq fois plus d’étudiants qu’aujourd’hui. Concrètement, combien de nouveaux étudiants cela représente-t-il dès la rentrée 2026, et quel objectif de part de boursiers visez-vous à terme au sein du Programme Grande École ?
Isabelle Huault : Le nombre exact de nouveaux étudiants concernés chaque année dépendra des profils des candidats admis et ne peut donc pas être anticipé. Nous estimons qu’environ 250 étudiants bénéficieront de cette gratuité à la rentrée et nous espérons poursuivre une progression durable de la part d’étudiants boursiers, dans une logique de mixité sociale renforcée et pérenne.
La gratuité des frais lève un frein majeur, mais il en reste d’autres ; logement, vie quotidienne, sentiment de légitimité. Comment emlyon s’assure-t-elle que ces étudiants peuvent non seulement entrer dans l’école, mais aussi y réussir et s’y épanouir pleinement ?
Isabelle Huault : La gratuité des droits de scolarité constitue un levier essentiel, mais emlyon ne la considère pas comme une réponse isolée. Elle s’inscrit dans un continuum d’actions visant à rendre l’enseignement supérieur plus accessible aux publics en situation de fragilité ou éloignés des études longues.
Ces dispositifs ont pour objectif de lutter contre l’autocensure en aidant les élèves et étudiants à se projeter, à élargir leur champ des possibles et à construire un parcours dans l’enseignement supérieur ou vers une insertion professionnelle durable.
L’enjeu est d’agir sur l’ensemble du parcours : soutien aux frais de vie notamment via la Fondation emlyon, accompagnement individualisé tout au long de la scolarité (mentorat, ateliers de développement des compétences transversales), mais aussi actions en faveur de la vie étudiante, de l’accès à la santé, au logement et à l’insertion professionnelle.
Cette annonce constitue un signal fort pour la filière des grandes écoles : emlyon est-elle, selon vous, pionnière ou est-ce une tendance de fond qui s’impose à l’ensemble des grandes écoles de management ?
Isabelle Huault : La décision de prendre en charge à 100 % les droits de scolarité des étudiants boursiers CROUS des échelons 4 à 7 s’inscrit dans une ambition renforcée d’ouverture sociale portée de longue date par emlyon, et tout particulièrement par son Programme Grande École. Elle vise à élargir durablement l’accès au PGE et à renforcer la mixité sociale, en cohérence avec les engagements de l’École et son statut de Société à mission.
Cet engagement s’inscrit dans une trajectoire de long terme. Depuis près de vingt ans, emlyon déploie des programmes structurants d’ouverture sociale, notamment à travers les Cordées de la réussite. Ces dispositifs accompagnent chaque année environ 1 000 lycéens et préparationnaires issus de réseaux d’éducation prioritaire ou de zones rurales, grâce à un suivi assuré par nos étudiants : tutorat, aide à l’orientation, ouverture culturelle. L’objectif est clair : lutter contre l’autocensure, accroître l’ambition scolaire et permettre à ces jeunes d’envisager sereinement la poursuite d’études longues et exigeantes.
Plus largement, cette évolution s’inscrit aussi dans une prise de conscience croissante au sein de la filière des grandes écoles. L’excellence académique ne peut être durable sans accessibilité sociale. La mixité sociale n’est pas une contrainte : c’est une richesse pour les étudiants, pour les écoles elles-mêmes et, plus largement, pour la société.
emlyon x Thotis – entretien : exonération des frais de scolarité pour les boursiers CROUS échelons 4 à 7
