Retour sur le Mines Paris Research Day 2026, qui place la recherche partenariale au cœur des grandes transitions

Le 23 juin 2026, plus de 450 chercheurs, industriels, entrepreneurs, étudiants et partenaires se sont réunis sur le campus historique de Mines Paris – PSL à l’occasion de la 8e édition du Mines Paris Research Day, une journée dédiée à la recherche partenariale, à l’innovation et aux grandes transitions qui reconfigurent l’économie mondiale. En présence du ministre du Travail et des Solidarités, Jean-Pierre Farandou, du président de l’Université PSL, El Mouhoub Mouhoud, et du directeur général de l’école, Godefroy Beauvallet, l’événement a mis en lumière le rôle essentiel de la recherche dans la compétitivité et la souveraineté du pays. 

Par Valentine Dunyach

Mines Paris PSL : un écosystème de recherche au service des grandes transformations

Depuis sa première édition, le Mines Paris Research Day s’est imposé comme un rendez-vous annuel structurant pour l’écosystème de recherche et d’innovation de l’école. Cette 8e édition, organisée pour la deuxième année consécutive en lien avec l’événement « Objectif Décarbonation » du Pôle universitaire d’innovation de PSL, reflète l’ambition d’élargir les synergies de recherche entre les établissements de l’Université PSL et accélérer le passage des résultats scientifiques vers des applications concrètes.

Cette édition s’est structurée autour de quatre grands défis scientifiques et industriels : la transition énergétique, la souveraineté des ressources, les données et l’intelligence artificielle, et l’innovation durable. Quatre axes correspondant précisément aux domaines dans lesquels Mines Paris PSL entend jouer un rôle de référence pour les transitions écologiques et numériques.

Plus de cinquante stands jalonnaient le campus tout au long de la journée, permettant aux doctorants et aux équipes de recherche de présenter démonstrations, prototypes et résultats. Ces projets sont portés par les dix-huit centres de recherche de l’école et ses trois instituts stratégiques : l’Institut des Transformations Numériques (ITN), dédié à la révolution numérique et à ses applications industrielles ; The Transition Institute 1.5, focalisé sur les transitions environnementales et climatiques ; et l’Institut des Hautes Études pour l’Innovation et l’Entrepreneuriat (IHEIE), qui accompagne le développement des start-up et de l’entrepreneuriat deep tech.

La journée a été rythmée par plusieurs tables rondes, portant sur trois grandes thématiques : la gestion des risques, les leviers de la décarbonation, et les applications de l’intelligence artificielle dans les projets de recherche ; des industries culturelles et créatives à l’imagerie et aux systèmes de contrôle avancés. Ces discussions ont illustré le rôle de la recherche dans l’accompagnement des grandes transformations à l’œuvre au sein de nos sociétés.

La devise de Mines Paris PSL “théorie et pratique” prenait ce jour-là tout son sens, dans la dynamique d’une école fondée en 1783 et qui accompagne depuis plus de deux siècles les grandes transformations économiques, technologiques et industrielles.

La recherche partenariale : un pilier du modèle de l’École

En ouvrant la journée, Godefroy Beauvallet a posé ainsi le cadre. L’augmentation de plus de trente pour cent de la recherche partenariale en trois ans à Mines Paris PSL n’est pas qu’un indicateur de performance ; c’est le signe d’une appétence réelle, dans un monde où les enjeux dépassent largement la sphère économique. « Nous entrons dans un siècle marqué par des mutations majeures, qui interrogent directement le rôle des ingénieurs et de la recherche. Notre responsabilité est de produire des connaissances de haut niveau, mais aussi de les transformer en solutions concrètes au service de la société. Le Mines Paris Research Day illustre cette ambition en réunissant chercheurs, entreprises et institutions autour des défis qui façonneront notre avenir », a-t-il déclaré.

Pour illustrer cette conviction, il a placé la journée sous l’égide de Marc Bloch, entré au Panthéon le soir même à quelques centaines de mètres de là, en reprenant sa célèbre interrogation : « Qu’avons-nous fait pour fournir le minimum de renseignements nets et sûrs sans lesquels aucune conduite rationnelle n’est possible ? » Une citation qui résume, selon lui, l’enjeu de l’enseignement supérieur et de la recherche : produire des compétences, des projets et des entreprises capables d’éclairer et d’agir.

Dans cette même logique d’engagement, Godefroy Beauvallet met en avant une spécificité plus méconnue de l’école : les enseignants-chercheurs de Mines Paris PSL sont intéressés financièrement aux résultats de leurs recherches partenariales, un levier d’implication singulier dans le paysage des grandes écoles françaises.

La transdisciplinarité, au coeur du modèle de l’Université PSL

El Mouhoub Mouhoud, président de l’Université PSL, a prolongé ce cadrage en insistant sur ce qui fait, selon lui, la singularité de l’université PSL : la complémentarité des disciplines. PSL réunit en effet des écoles d’ingénieurs, une école généraliste avec l’Université Paris-Dauphine, Chimie ParisTech, l’Observatoire de Paris, des écoles d’art, et bien d’autres établissements aux spécialisations diverses ; un écosystème au sein duquel la frontière entre recherche fondamentale et recherche appliquée se fond progressivement.

En termes d’innovation, les chiffres parlent d’eux-mêmes : cent quarante-six familles de brevets gérées, environ quatre-vingt-dix brevets déposés par an, quatre-vingt start-up accompagnées. Depuis 2020, plus de quarante spin-off ont émergé de l’écosystème PSL et ont levé, à elles seules, près de deux cent quarante millions d’euros en 2025. Des entreprises comme Alice & Bob sont issues de ses laboratoires.

Pour le président de Paris Sciences et Lettres, défendre la recherche fondamentale, c’est avant tout défendre la souveraineté : économique, technologique, sanitaire. « Quand on défend l’université et la recherche fondamentale, on ne le fait pas pour défendre la recherche en tant que telle. On défend simplement la souveraineté », a-t-il résumé. 

Il a également décrit un monde qu’il qualifie de « techno-impérialisme », dans lequel il est impératif de prendre toute sa place, et dans lequel l’École des Mines dispose d’atouts réels, notamment grâce à ses liens étroits avec l’industrie civile et militaire. Il cite notamment la création d’une chaire commune à PSL, l’Institut Polytechnique de Paris et l’ESCP, développée avec la Direction générale de l’armement autour des enjeux de souveraineté.

Mines Paris - PSL - DG sur Écoute

Jean-Pierre Farandou : une vision industrielle entre souveraineté et transformation du travail

Le ministre du Travail et des Solidarités, Jean-Pierre Farandou, a apporté une dimension à la fois personnelle et politique à la journée. Lui-même ancien élève-ingénieur de Mines Paris – PSL, entré à l’école il y a cinquante ans, a décrit la modernité de l’établissement, dont les sujets fondateurs sont aujourd’hui au cœur de tous les grands débats actuels : ressources naturelles, terres rares, énergie, transitions économiques. 

Sa présentation s’est articulée autour de trois axes (compétence, compétitivité, travail) et d’une conviction : l’industrie est essentielle à la prospérité d’un pays de soixante millions d’habitants. La formation, selon lui, est « la GPEC du pays ». Il a défendu avec vigueur le nucléaire comme pilier de la souveraineté énergétique, appelé à une vision profondément européenne ; « notre destin est européen » et évoqué les secteurs qui recrutent : énergie, défense, sécurité, aéronautique.

Il a également abordé les transformations profondes du rapport au travail chez les nouvelles générations : un plus grand équilibre entre vie privée et vie professionnelle, de nouvelles attentes en matière de flexibilité, une aspiration à ne pas dédier entièrement sa vie à sa carrière. Face à cela, il a évoqué la piste des « salariés plus » : des modèles d’entreprises où les salariés sont actionnaires ou entrepreneurs au sein de leur propre structure.

Sur l’intelligence artificielle, il a reconnu l’incertitude fondamentale : « Il se passe quelque chose. Que se passera-t-il dans dix ans ? Personne ne peut le dire. » Il a également abordé la question de la dette française de trois mille cinq cents milliards d’euros ; une charge d’intérêts qui pourrait devenir le premier poste du budget de l’État devant l’Éducation nationale. Un constat qu’il livre avec regret, car amputant les moyens disponibles pour la recherche, la transition écologique et l’adaptation du pays à la canicule ; dont la semaine du 23 juin 2026 donnait, par une ironie du calendrier, un avant-goût saisissant.

Étudiants ingénieurs, enseignants - chercheurs, directeur général et ministre du Travail réunis autour des grands enjeux

Avant les prises de parole officielles, étudiants, doctorants, enseignants-chercheurs, ainsi que le directeur général de l’école, le président de PSL et le ministre du Travail, se sont retrouvés à la Forge, un espace récemment réhabilité du campus qui fait également office de laboratoire, pour un temps d’échange consacré aux grands enjeux de la recherche et de l’enseignement supérieur. Les échanges ont porté sur les besoins de l’industrie, la nécessité de féminiser les filières ingénieurs, la réforme des retraites et la question démographique européenne, les nouvelles attentes des étudiants en matière de formation et de professionnalisation, ou encore l’éco-anxiété ; particulièrement prégnante lors d’une semaine de canicule record.

Sur l’égalité femmes-hommes, Jean-Pierre Farandou s’est appuyé sur son expérience à la tête de la SNCF, évoquant notamment les travaux menés sur les écarts de rémunération et la représentation des femmes parmi les cheffes de bord. Il a également pointé le biais de certains enseignants qui, n’ayant ni été formés à l’orientation et à l’insertion professionnelle, ni exercé en entreprise, peuvent transmettre une vision partielle des métiers et entretenir certaines représentations genrées.

Deux partenariats stratégiques signés

La journée a été marquée par la signature de deux partenariats. Le premier associe Mines Paris – PSL à la start-up Flying Whales, autour de la décarbonation du transport logistique par dirigeable ; une piste innovante qui complète les travaux déjà menés sur le jet fuel et la décarbonation maritime.

Le second partenariat associe le Centre de Recherche sur les Risques et les Crises (CRC) de Mines Paris – PSL et l’ADIT, acteur majeur de l’intelligence stratégique, autour du développement conjoint d’un module de formation consacré à la gestion des risques. Ce partenariat fait écho à la table ronde organisée dans la journée sur ce même sujet, illustrant la cohérence entre les axes de recherche de l’école et ses collaborations industrielles.

L’événement a également permis de présenter des projets hybrides entre disciplines très différentes, à l’image des collaborations entre Paris Malaquais PSL, le CNRS et d’autres laboratoires membres ; illustrant une interdisciplinarité qui constitue, selon les organisateurs, l’ADN même de PSL. Parmi les exemples observés : un projet de repenser l’efficience des organisations par les sciences humaines, ou encore le développement d’un isolant plus flexible pour le secteur du bâtiment.