Le 4 février, la business school bordelaise a transformé son campus en tribunal pour une simulation de procès à destination des étudiants de classes préparatoires ; un dispositif baptisé « Grand Oral des Humanités ». Pendant une journée, ils ont endossé le rôle de jurés pour apprendre à décider dans l’incertitude. Une manière originale de traiter le thème de culture générale « Juger » au concours.

Comment aborder concrètement la notion de « Juger », thème de culture générale des concours 2026 des grandes écoles de commerce ? KEDGE Business School a choisi une approche singulière : transformer ses amphithéâtres en cour d’assises. Le 4 février dernier, sur son campus bordelais, l’établissement a réuni des dizaines d’étudiants de deuxième année de classes préparatoires de la zone Sud-Ouest pour une simulation de procès inspirée d’une affaire judiciaire réelle anonymisée.

Baptisé « Grand Oral des Humanités », ce dispositif pédagogique inédit ne se contente pas d’un exercice rhétorique classique. Pendant toute une journée, les participants se sont glissés dans la peau de jurés citoyens, confrontés à l’analyse de faits, à des témoignages contradictoires et à la nécessité de « trancher » ou « juger » collectivement. Une expérience éloignée des révisions habituelles en bibliothèque.

Des révisions à l'expérience immersive

Dans les classes préparatoires, la culture générale se travaille traditionnellement par la dissertation, l’étude de textes philosophiques et la mémorisation de références. Avec ce Grand Oral, KEDGE propose un format différent, à savoir : placer les étudiants en situation réelle de jugement, sans filet et sans bonne réponse préétablie. Répartis en groupes de jurés et encadrés par des enseignants et des professionnels du droit, ils ont dû analyser un dossier, débattre, écouter des plaidoiries et finalement assumer une décision.

L’objectif n’est pas juridique, puisqu’il ne s’agit pas de former de futurs magistrats, mais philosophique et civique. Les étudiants sont invités à formuler un jugement moral, fondé sur leur intime conviction, en mobilisant leur esprit critique et leur capacité de raisonnement éthique. « On leur demande de dépasser la théorie pour en faire un outil d’action et de discernement », précise l’école dans son communiqué.

La présence d’avocats du barreau de Bordeaux a renforcé la dimension professionnelle de l’exercice. Intervenant tout au long de la journée, ils ont apporté une exigence juridique réelle, transformant la simulation académique en un véritable espace d’apprentissage au contact des pratiques du raisonnement judiciaire et de la plaidoirie.

Utilise Thotis IA Prépa pour estimer tes chances d’entrer dans l’école de commerce de ton choix

Une finale oratoire pour défendre son verdict

Après l’audience fictive, les groupes de jurés ont disposé d’un temps de délibération collective avant de présenter oralement leur verdict lors d’une finale oratoire. Contrairement à un oral de concours classique, aucune réponse n’était attendue. Ce qui comptait : la qualité du raisonnement, la solidité de l’argumentation et la capacité à dialoguer avec des positions opposées.

Cette approche par l’expérience croise plusieurs disciplines rarement associées dans le cadre des prépas : philosophie, droit, justice, culture générale et art oratoire. Elle mise sur des compétences transversales que les écoles de commerce valorisent désormais autant que les savoirs académiques : capacité à décider dans la complexité, expression orale convaincante, écoute active, coopération.

Un pont entre prépa et grande école

Pour KEDGE, cet événement répond à une double ambition. D’abord, offrir aux étudiants de classes préparatoires une expérience qui donne du sens au thème de culture générale, souvent perçu comme abstrait. Ensuite, leur faire découvrir la pédagogie de l’école avant même les concours.

« Le Grand Oral des Humanités illustre concrètement la continuité entre les classes préparatoires et le Programme Grande École de KEDGE », explique Céline Hay, directrice du Programme Grande École. Selon elle, l’initiative offre aux participants « un avant-goût de la pédagogie portée par la signature Grow by Doing®, fondée sur l’apprentissage par l’action, l’expérimentation et l’engagement. »

Un message marketing, certes, mais qui s’inscrit dans une tendance plus large des écoles de commerce : se positionner sur les soft skills et la responsabilité sociétale, au-delà de la seule performance académique. Les compétences mobilisées lors du Grand Oral -analyser des situations complexes, prendre position de manière responsable, convaincre, dialoguer, coopérer- figurent désormais parmi les priorités affichées par les établissements du secteur.

Former des « citoyens responsables »

En faisant passer les participants du statut d’étudiant à celui de citoyen responsable, KEDGE cherche à démontrer que la culture générale, le droit et la philosophie ne sont pas des disciplines déconnectées du réel, mais des outils pour agir et décider. Une ambition qui fait écho aux attentes d’une génération d’étudiants en quête de sens, désireuse de comprendre les enjeux de société avant de les affronter dans leur vie professionnelle.

L’avenir nous dira si cette première édition du Grand Oral des Humanités sera reconduite les prochaines années et si d’autres écoles s’empareront du format. Dans un contexte où les concours évoluent pour intégrer davantage d’oral et de mise en situation, l’initiative pourrait inspirer. Et offrir aux étudiants de prépa une pause bienvenue dans un parcours parfois vécu comme une course de fond solitaire.

Alexandre De Navailles, KEDGE - DG sur Écoute

Rédige une lettre de motivation pour la prépa grâce à Thotis LM