Dans cet entretien accordé à Thotis, Alexandre de Navailles, Directeur Général de KEDGE Business School etnouveau président d’ECRICOME, détaille la stratégie de la grande école de management qui renforce et privilégie l’excellence académique à l’expansion quantitative.

Depuis le campus marseillais de KEDGE et dans le cadre d’un épisode de DG sur écoute sur Thotis, Alexandre de Navailles a dressé un bilan positif de l’année 2025 et dévoilé les orientations stratégiques de l’école pour les années à venir. A la tête de KEDGE depuis plusieurs années, le directeur général vient également de prendre la présidence d’ECRICOME, la banque d’épreuves qui regroupe cinq grandes écoles de management françaises.

Par Félix Guillaume 

Les priorités d’Alexandre de Navailles pour sa présidence d’Ecricome

« C’est une très belle banque d’épreuves, ECRICOME. Elle est souvent considérée comme un galop d’essai pour les élèves qui passent les concours de la BCE, alors que c’est une banque d’épreuves qui permet de postuler dans les meilleures écoles de commerce françaises » affirme-t-il, soulignant la qualité des cinq écoles du réseau : KEDGE Business School, NEOMA, Rennes School of Business (RSB), EM Strasbourg et MBS School of Business.

Pour ECRICOME, Alexandre de Navailles affiche trois priorités claires : défendre le continuum classe préparatoire-grande école, assurer la stabilité de la gouvernance entre les cinq écoles et renforcer la qualité et la sélectivité du concours. « La priorité est d’approfondir le travail mené en étroite collaboration avec les classes préparatoires, dans une logique de continuum de formation, et de continuer à défendre le modèle français articulant prépa et grande école, auquel nous sommes profondément attachés » souligne-t-il. Il rappelle aussi l’ouverture aux profils scientifiques par la voie du concours dédié ECRICOME Scientifiques, avec 70 places réservées dès 2026.

Un bilan positif pour le plan KEDGE 25

L’année 2025 a marqué la clôture du plan stratégique KEDGE 25, lancé en 2020. Durant cette période, l’école a connu une croissance significative avec une augmentation du volume d’affaires de 30 %, l’ouverture renforcée du campus parisien ainsi que lerenouvellement de toutes les accréditations entre 2021 et 2022. « Nous avons généré suffisamment de capacité d’autofinancement sur ces cinq dernières années pour pouvoir investir intégralement cinquante millions d’euros sur les campus, la technologie et l’innovation pédagogique », précise le directeur. Enfin, d’importants travaux sur les campus de Marseille, Bordeaux et Paris ont été réalisés durant ce plan stratégique.
L’école affiche aujourd’hui de solides résultats dans les classements : neuvième dans les classements du Le Figaro et de Challenges avec son Programme Grande École, deuxième pour l’EBP (master postbac en cinq ans) selon Challenges, et troisième pour le BBA selon Le Figaro. « L’école est aujourd’hui solide, robuste, bien classée, totalement accréditée et envisage l’avenir sereinement. » affirme le Directeur Général.

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Après une période de croissance, KEDGE Business School mise sur l’excellence et la qualité

Avec le nouveau plan stratégique KEDGE 30 (2025-2030), KEDGE opère un virage stratégique majeur en privilégiant la qualité à l’expansion quantitative. « Nous n’allons pas travailler sur un développement accéléré comme nous l’avons fait ces dernières années. Je pense que nous avons atteint une taille critique qui nous rend sereins pour l’avenir », explique Alexandre de Navailles.

Cette orientation à contre-courant de nombreuses écoles concurrentes s’explique par plusieurs facteurs. Le Directeur Général pointeles risques d’une stratégie de croissance dans le contexte actuel : démographie en baisse, instabilité politique et géopolitique,difficultés liées au financement de l’apprentissage. « Miser sur une croissance forte me semble être un scénario extrêmement risqué. Il y a des réalités auxquelles nous faisons face aujourd’hui. La démographie, c’est une réalité en France. Il y a moins de bacheliers quientreront dans les cycles de formation supérieure sur les années à venir. »

Le directeur évoque également un marché de l’enseignement supérieur français encore insuffisamment régulé, avec une prolifération d’acteurs dont certains restent agressifs malgré les contraintes budgétaires sur l’apprentissage. « De nombreuses structures annoncent aujourd’hui des diplômes qui n’en sont pas réellement, ce qui entretient une certaine confusion auprès des étudiants et deleurs familles. Dans un tel contexte, je préfère adopter une approche mesurée et prudente quant à notre développement. »

La priorité est ainsi clairement donnée à l’excellence et à la qualité, et envisagée dans toutes ses dimensions

: qualité académique adossée à la recherche, exigence des enseignements, cohérence et richesse du portefeuille de programmes. A KEDGE, elle s’étend également aux méthodes pédagogiques, à la manière dont les compétences et les connaissances sont transmisesaux étudiants, ainsi qu’à la qualité de la vie étudiante et à l’expérience globale proposée sur le campus. Une orientation stratégique qui vise à renforcer l’attractivité de l’établissement, à consolider sa position dans les classements et à installer une dynamique vertueuse.

Sur la sélectivité, KEDGE entend renforcer ses exigences. Alexandre de Navailles rappelle néanmoins que l’école est déjà sélective : « Nous ne sommes pas la neuvième école de France pour son programme Grande École si nous ne sommes pas sélectifs. Entre avril et juin, KEDGE va recevoir quinze mille candidats.. »

Le directeur défend également la diversité des profils d’étudiants. Il insiste sur l’enrichissement mutuel que cette diversité apporte : «Chaque public s’enrichit de l’autre. Et c’est ça qui fait d’ailleurs la force de nos écoles aujourd’hui, dans les programmes de grandes écoles, c’est le fait de créer une mixité. »

 

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Un ancrage territorial renforcé : les atouts de ses différentes implantations

KEDGE affirme sa mission historique d’acteur des territoires. Créée il y a 150 ans à l’initiative des chambres de commerce de Bordeaux et Marseille, l’école souhaite renforcer son impact local. Alexandre de Navailles évoque que seulement 20 % des diplômés du campus de Marseille restent travailler dans la région, un chiffre qu’il souhaite faire progresser vers 25 puis 30 %.

Cette centralisation parisienne prive les régions de talents alors qu’« il se passe énormément de choses en région. Il y a beaucoupd’opportunités à Marseille et cette ville va continuer à se développer. » Le directeur cite l’exemple de CMA CGM, dont le siège est la plus haute tour de Marseille, comme illustration des opportunités locales dans des domaines d’expertise de KEDGE comme la supply chain, la logistique et le maritime.

L’école développe par ailleurs des spécialisations adaptées aux écosystèmes locaux. À Marseille, au-delà du maritime, KEDGE mise sur la santé et la biotech, avec un master spécialisé et des parcours dédiés. À Bordeaux, l’école cultive naturellement l’expertise duvin et des spiritueux, mais également de l’aérospatial et de la défense, avec un programme conjoint avec Sciences Po en cours de transformation en double diplôme et un partenariat avec l’Etat Major deBordeaux.

« On s’adapte aux besoins et aux expertises des territoires. C’est pour ça qu’il y a une complémentarité dans notre école », explique Alexandre de Navailles. À Toulon, un master ingénieur d’affaires rencontre un franc succès auprès des étudiants. À Paris, KEDGE répond à une demande francilienne particulière, notamment sur le post-bac, et accueille de nombreux étudiants internationaux.

Enfin, KEDGE est déjà bien ancrée dans les territoires grâce au KEDGE Bachelor dispensé en partenariat avec les CCI  d’Avignon, Bastia, Bayonne et Mont-de-Marsan. « On répond à une double demande, celle des familles. La proximité géographique reste un enjeu réel : financer un logement étudiant dans une grande métropole représente un coût significatif pour de nombreuses familles. Et celle des entreprises locales, qui souhaitent des étudiants et des diplômés compétents et innovants pour l’attractivité du territoire »,  souligne le Directeur Général de KEDGE.

Les défis de l'apprentissage dans un contexte questionné

Sur l’apprentissage, qui représente encore 22 % des effectifs de KEDGE (2 800 sur les 13 000 étudiants en formation initiale ), Alexandre de Navailles se dit inquiet face aux incertitudes des financements publics : selon lui, c’est un systèmeefficace, à la fois sur le plan pédagogique et pour l’égalité des chances. Face à ces turbulences, l’école prévoit de réduire progressivement sa part d’apprentis, de 2 800 à environ 2 000 étudiants.Le directeur appelle aussi à une meilleure régulation du marché, en réservant les financements publics aux établissements réellement reconnus par le ministère (partenaires ou agréés). 

Concernant le SIGEM et ses classements, Alexandre de Navailles adopte une position claire contre les voix qui réclament leur suppression. Pour lui, comprendre pourquoi un élève choisit une école plutôt qu’une autre est fondamental. « On ne doit pas en avoirpeur. Une formation solide et une confiance dans ses capacités constituent les meilleurs leviers pour progresser et envisager les concours avec sérénité ». Actuellement dixième au SIGEM, l’école vise une progression.. Les classements constituent pour Alexandre de Navailles « un baromètre absolument primordial pour savoir où l’on se situe et où se situe l’attractivité de notre école.Fermer les yeux, à mon avis, est la pire des stratégies. » explique-t-il.

Enfin, sur la diversification, KEDGE fait le choix de rester concentrée sur les sciences du management tout en développant des instituts spécialisés : la KEDGE Wine School, la KEDGE Arts School…et bientôt un institut sur le commerce et « business development ». «Nous n’allons pas enseigner des expertises que nous ne maîtrisons pas. Ce que nous souhaitons, par exemple, c’est que nos étudiants comprennent la donnée et sachent la maîtriser, mais nous ne créérons pas une School of data. » conclut le directeur général de KEDGE Business School.

KEDGE Business School entame ainsi une nouvelle phase de son développement. Après plusieurs années de croissance et d’investissements, l’école souhaite désormais miser sur la qualité académique et la sélectivité. Dans un contexte incertain pour l’enseignement supérieur, Alexandre de Navailles défend une stratégie plus mesurée, centrée sur l’excellence et l’ancrage territorial. L’objectif : consolider la position de KEDGE dans les classements et poursuivre sa progression au SIGEM dans les prochaines années.