La Conférence des grandes écoles a publié le 11 juin les résultats de sa 34e enquête sur l’insertion professionnelle des diplômés des Grandes écoles. Réalisée entre novembre 2025 et mars 2026, elle dresse un tableau nuancé : un marché de l’emploi cadre en repli, un taux d’insertion à six mois en baisse, mais des indicateurs de qualité d’emploi qui résistent. Et pour la deuxième année consécutive, l’intelligence artificielle générative s’impose comme un marqueur fort des pratiques professionnelles des jeunes diplômés.
Par La Rédaction
Pour comprendre les résultats de cette édition, il est important de rappeler le contexte. Les recrutements de jeunes cadres ont connu, selon l’APEC, leur seconde baisse consécutive en 2025 : moins 5 %, soit 136 500 recrutements. Les tensions internationales et l’incertitude économique ont pesé sur les décisions d’embauche des entreprises, y compris pour les profils les plus qualifiés.
CGE 2026 : 76 % des diplômés en emploi à six mois, 90,7 % à dix-huit
Dans cet environnement, le taux net d’emploi des diplômés des Grandes écoles six mois après leur diplomation s’établit à 76 %, soit une baisse de 4,2 points par rapport à l’édition 2025. Au moment de l’enquête, 20,5 % des diplômés étaient encore en recherche d’emploi.
Mais les données à plus long terme nuancent ce constat. La promotion 2024, qui avait elle aussi rejoint le marché du travail dans un contexte difficile, affiche un taux net d’emploi de 90,7 % à douze-dix-huit mois. Ce rebond rapide des indicateurs d’insertion témoigne d’une capacité de rattrapage que la CGE met en avant comme signe de résilience du modèle.
Delphine Manceau, présidente de la Conférence des grandes écoles, résume la tension : « Cette enquête souligne à la fois la solidité du modèle Grande école et les défis auxquels nous faisons face sur le marché de l’emploi actuel. Les établissements membres de la CGE poursuivront leurs efforts pour préparer les étudiants à l’évolution des métiers et aux transformations économiques, technologiques et environnementales. »
Si le taux d’emploi à six mois se dégrade, les indicateurs qualitatifs restent à un niveau élevé. Parmi les diplômés en emploi, 80,1 % ont trouvé leur poste en moins de deux mois après l’obtention de leur diplôme. La part des contrats à durée indéterminée s’établit à 80,9 %, et 83,4 % des diplômés en poste en France ont le statut cadre ; un niveau nettement supérieur à la moyenne nationale.
La satisfaction professionnelle est également un indicateur fort de cette édition : 83,8 % des diplômés se déclarent satisfaits ou très satisfaits de leur emploi. Plus significatif encore, 89,8 % estiment occuper un poste correspondant à leur niveau de qualification, et 85,6 % un emploi correspondant au secteur disciplinaire de leur formation.
Thomas Jeanjean, vice-président de la Commission Formation et Carrières de la CGE, souligne cette nuance : « Dans un contexte marqué par un ralentissement des recrutements de cadres débutants, les résultats de l’enquête montrent que les jeunes diplômés des Grandes écoles demeurent particulièrement recherchés par les employeurs. Si l’accès au premier emploi est aujourd’hui plus difficile, les conditions d’emploi, le niveau de qualification des postes occupés et la satisfaction professionnelle restent à un niveau très élevé. »
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Chez les diplômés travaillant en France, le salaire brut annuel moyen hors primes s’établit à 39 679 euros, en hausse de 0,2 % sur un an. Le salaire médian de l’ensemble des diplômés est de 39 600 euros. Les managers restent en tête avec 40 825 euros hors primes en moyenne, devant les ingénieurs à 39 284 euros et les diplômés des autres spécialités à 39 084 euros. Les perspectives d’évolution sont réelles : après deux ans d’expérience, les diplômés peuvent espérer une progression de 7 à 9 % de leur salaire hors primes.
La répartition des emplois en France reste équilibrée dans l’ensemble : 50,9 % des postes sont localisés en Île-de-France, contre 49,1 % en régions. Les ingénieurs restent majoritairement en régions, à 61,7 %. À l’inverse, les managers se concentrent à 69,3 % en Île-de-France, et les diplômés des autres spécialités à 75,3 %.
La mobilité internationale concerne 10,8 % des diplômés, en légère baisse par rapport aux 11,2 % de 2025. La Suisse reste la première destination des diplômés partis à l’étranger avec 14,4 % des emplois à l’international, suivie du Luxembourg à 11,3 % et du Royaume-Uni à 8,2 %.
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L’enquête confirme la persistance des inégalités salariales entre femmes et hommes. Le salaire brut annuel moyen hors primes des hommes est supérieur de 5,8 % à celui des femmes : 40 580 euros contre 38 358 euros. La CGE note que cet écart est stable depuis plusieurs années.
Deux facteurs l’expliquent : d’un côté, les choix des diplômées vers des premiers emplois dans des fonctions et des secteurs moins rémunérateurs ; de l’autre, des écarts de salaire d’embauche femme-homme au sein d’un même secteur. Le taux net d’emploi des femmes, à 74 %, demeure par ailleurs inférieur à celui des hommes.
C’est l’un des enseignements les plus frappants de cette 34e édition. Pour la deuxième année consécutive, l’enquête mesure l’utilisation de l’IA générative par les diplômés en poste ; et les résultats montrent une adoption en forte accélération.
Les trois quarts des diplômés de la promotion 2025 utilisent désormais des outils d’IA générative dans leur emploi, contre deux tiers l’an dernier. L’utilisation régulière bondit à 34,4 %, soit une hausse de 8,8 points en un an, et l’utilisation ponctuelle atteint 43,4 %. À l’inverse, la part des non-utilisateurs tombe à 22,1 %, contre 33,7 % l’année précédente.
Les managers se déclarent les plus fréquents utilisateurs réguliers, à 45,6 %. Les usages les plus cités sont la rédaction de contenu à 58,7 %, la recherche d’information à 56,9 % et le résumé de documents à 43,9 %. Chez les ingénieurs, la génération de code est citée par près d’un diplômé sur deux, à 47,4 %.
Un indicateur est particulièrement révélateur de la montée en compétences : la part de non-utilisateurs motivés par le manque de connaissances vis-à-vis de l’IA tombe à seulement 7,4 %, soit une baisse de 9,5 points. Pour la CGE, ce recul rapide témoigne de l’efficacité des formations proposées en Grande école sur ce sujet.
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La Responsabilité Sociétale des Entreprises est présente, à titre principal ou occasionnel, dans 39,8 % des postes occupés par les diplômés de la promotion 2025. Parmi ceux qui ont cité les enjeux environnementaux dans leur poste, 77,5 % estiment que les compétences acquises durant leur cursus répondent aux attentes de leur employeur ; un indicateur en hausse, qui traduit une meilleure adéquation entre les formations et les besoins des entreprises sur ce volet.
La 34e enquête de la CGE dessine le portrait d’un modèle qui résiste, mais qui ne peut pas s’abstraire des dynamiques de marché. Le premier emploi est plus difficile à décrocher qu’il y a deux ans. Mais une fois en poste, les diplômés des Grandes écoles occupent des fonctions qualifiées, en CDI, avec un niveau de satisfaction élevé et ils s’adaptent vite aux outils qui reconfigurent les pratiques professionnelles.
Enfin, l’adoption massive de l’IA : en un an, l’écart entre utilisateurs et non-utilisateurs s’est considérablement creusé, et la barrière de la compétence s’efface rapidement. Pour les Grandes écoles, c’est à la fois une validation de leurs efforts pédagogiques sur ce sujet et une invitation à accélérer encore.
Insertion des diplômés des Grandes écoles : les principaux enseignements de la 34e enquête de la CGE
