France Universités et Résosup tirent la sonnette d’alarme sur les limites du dispositif Insersup, le nouvel outil national de mesure de l’insertion professionnelle des diplômés de l’enseignement supérieur. Dans un communiqué publié le 17 juin 2026, les deux organisations alertent sur les biais de cet outil et appellent au maintien des enquêtes internes conduites par les universités.

Par Félix Guillaume

Insersup, un outil conçu pour le pilotage national

Insersup a été conçu par l’État pour mesurer l’insertion professionnelle des diplômés de l’enseignement supérieur et enrichir les informations mises à disposition des étudiants et de leurs familles sur des plateformes comme Parcoursup et MonMaster. Pour France Universités et Résosup, son utilité pour le pilotage national n’est pas contestée. Ce qui l’est en revanche, c’est la décision de substituer ce dispositif aux enquêtes internes conduites jusqu’ici par les universités elles-mêmes.

Ce recentrage des moyens vers Insersup entraîne selon les deux organisations une triple perte : une perte de qualité dans la mesure de l’insertion, une perte de finesse dans l’analyse des parcours des diplômés, et une perte d’efficacité pour le pilotage local des établissements.

Des mesures trop précoces pour refléter une insertion réelle

Les critiques portent d’abord sur la temporalité des mesures. Les données produites par Insersup à 12 mois après l’obtention du diplôme ne permettent pas, selon France Universités et Résosup, de rendre compte d’une insertion professionnelle stabilisée. À ce stade, les résultats reflètent avant tout les conditions d’entrée sur le marché du travail, fortement dépendantes de la conjoncture économique immédiate.

Les données à 18 et 30 mois sont jugées plus appropriées, mais elles présentent elles aussi des limites importantes : elles excluent notamment les diplômés en emploi à l’étranger, conduisant à une représentation partielle des trajectoires réelles.

L’exemple de l’Université de Lorraine illustre concrètement ces écarts. Pour les diplômés du master en Droit fiscal, l’enquête interne de l’établissement mesure un taux d’insertion à 30 mois de 93 %. Insersup, lui, affiche un taux d’emploi en France à 12 mois de 22 % pour la même formation. Un écart qui, selon les deux organisations, risque de nuire à l’image des universités sans refléter la réalité des parcours.

Des questions sur ta poursuite d’études ? Viens discuter avec Thotis.IA, le conseiller d’orientation 2.0 généré par une intelligence artificielle

Une même mention, des dizaines de réalités invisibles

Au-delà de la temporalité, France Universités et Résosup pointent un autre problème : les données publiées par Insersup le sont au niveau des mentions de formation, sans distinguer la diversité des parcours qui les composent. Une même mention peut en effet regrouper des parcours aux objectifs très différents, certains orientés vers l’insertion professionnelle immédiate, d’autres vers la poursuite en doctorat.

Les différences liées aux profils des étudiants, aux territoires, aux débouchés sectoriels ou à l’ouverture internationale des formations sont également invisibilisées. L’information produite devient ainsi, selon les deux organisations, plus complexe et moins lisible pour ceux qui en ont le plus besoin.

Les observatoires universitaires, un outil de terrain que les établissements ne peuvent pas délaisser

Dans ce contexte, France Universités et Résosup rappellent que les universités sont tenues, dans le cadre de la loi ORE, de publier des indicateurs sur l’insertion professionnelle de leurs diplômés. Les enquêtes internes menées par les observatoires universitaires restent donc indispensables pour produire des données fiables à l’échelle des parcours, comprendre les trajectoires individuelles et ajuster l’offre de formation aux réalités locales.

Les deux organisations appellent à maintenir et à soutenir financièrement ces enquêtes internes, afin de préserver les capacités d’analyse locales qu’elles jugent indispensables à un pilotage éclairé et à une information transparente pour les étudiants.

Fais notre Test de l’Orientation en Master et trouve le master fait pour toi !