Épreuve redoutée mais décisive des concours des prépas ECG, l’HGGMC exige bien davantage qu’une maîtrise encyclopédique du programme. Analyse fine des sujets, rigueur méthodologique, précision conceptuelle et qualité de l’écriture sont aujourd’hui les véritables leviers de la performance. Pour comprendre ce que le jury attend réellement et identifier les stratégies qui permettent de viser l’excellence, Thotis Prépa a échangé avec Bénédicte Ourbak, professeure de géopolitique en classe préparatoire au sein de WeiD Prépa, agrégée d’histoire, diplômée d’HEC et avocate au barreau de Paris. À l’approche de la parution de son manuel de méthode de la dissertation de géopolitique aux Presses Universitaires de France (PUF) en 2026, elle livre une lecture exigeante de l’épreuve et des clés concrètes pour transformer la dissertation d’HGGMC en véritable atout aux concours.
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Qu’attend concrètement un correcteur d’une très bonne copie ?
Une copie claire, structurée et hiérarchisée, compréhensible rapidement, avec une analyse précise des termes, un cadrage rigoureux, des transitions efficaces et un raisonnement fluide.
Quels chapitres sont prioritaires en première année de prépa ECG en HGGMC ?
Les chapitres allant de 1913 à la fin de la guerre froide, l’économie mondiale et la France, qui fournissent des grilles de lecture fondamentales et sont directement mobilisables en deuxième année.
Pourquoi le plan « Comment ? Pourquoi ? Jusqu’où ? » est-il fréquent ?
Parce qu’il permet de traiter un phénomène géopolitique comme un mécanisme : constat, explication, puis évaluation critique. Il s’agit d’une structure intellectuelle, pas d’une recette automatique.
Comment organiser efficacement ses révisions en seconde année ?
Il faut penser par espaces cohérents, distinguer les trajectoires régionales, et retravailler les chapitres transversaux de première année (guerre froide, décolonisation, gouvernance mondiale), mobilisables dans de nombreux sujets.
Comment se distinguer intelligemment en HGGMC sans tomber dans l’excès d’originalité ?
En s’appuyant sur ses atouts linguistiques et culturels, en variant les exemples géographiques, tout en conservant un équilibre entre références communes et éléments différenciants, sans jugements de valeur ni prises de position politiques.
À quoi sert réellement l’accroche en dissertation en HGGMC ?
L’accroche sert à montrer immédiatement que l’étudiant a compris l’intérêt du sujet et les intentions de son concepteur. Elle n’est pas un ornement, mais un signal intellectuel adressé au correcteur.
Quand et comment constituer son lexique de géopolitique ?
Dès le début de l’année. Il doit être progressivement enrichi, structuré par champs sémantiques récurrents et travaillé à l’écrit comme à l’oral (colles, devoirs, autres matières à dissertation).
Pourquoi la maîtrise du lexique est-elle centrale en HGGMC ?
Parce qu’un vocabulaire imprécis produit une pensée imprécise. Des distinctions comme domination/hégémonie, partenariat/rivalité ou leviers/freins sont indispensables pour produire une analyse fine et nuancée.
Faut-il appliquer la méthode de dissertation de manière mécanique ?
Non. La méthode n’a de sens que si l’étudiant comprend le “pourquoi” de chaque exigence (plan, bornes, cadre géographique). Le formalisme sert avant tout à rendre la réflexion lisible pour le correcteur
Pourquoi l’épreuve d’HGGMC est-elle décisive aux concours ECG ?
Parce qu’elle ne sanctionne pas seulement les connaissances, mais surtout la capacité à analyser finement un sujet, à raisonner avec rigueur, à mobiliser les bons concepts et à rédiger avec clarté, ce qui en fait un puissant facteur de différenciation entre les copies.
« Pour citer Victor Hugo : la forme, c’est le fond qui remonte à la surface », insiste Bénédicte Ourbak. Le formalisme de la dissertation en trois parties ne doit pas être suivi parce qu’il s’agit d’une convention académique mais parce que : « c’est ce qui permet au correcteur de suivre la réflexion de l’étudiant. »
La professeure insiste sur la nécessité de comprendre la logique du sujet, et pas seulement d’appliquer mécaniquement les règles méthodologiques. « Mon approche, surtout en seconde année, consiste à expliquer le ‘pourquoi’ de chaque élément. Pourquoi le sujet est formulé ainsi et pas autrement ? Pourquoi cette borne chronologique ? Pourquoi ce cadre géographique précis ? »
Bénédicte Ourbak rappelle que la borne historique n’est jamais arbitraire : « elle signale toujours une rupture, un basculement ou une phase structurante dans les rapports de puissance. Commencer en 1945, en 1971 ou en 1991 n’oriente pas la réflexion de la même manière : comprendre la borne, c’est comprendre ce que le sujet considère comme décisif dans la dynamique étudiée. »
La borne géographique fonctionne de la même façon : étudier « l’Europe », « l’Union européenne » ou « l’espace euro-méditerranéen » ne renvoie ni aux mêmes acteurs, ni aux mêmes logiques de puissance.
La constitution d’un lexique dès le début d’année est essentielle pour progresser. « Je distribue aux étudiants un lexique fondé sur des distinctions sémantiques (NDLR : sémantique, qui renvoie au sens précis des mots), que je leur conseille de travailler et d’étoffer », explique Bénédicte Ourbak, qui illustre : « Domination et hégémonie ne sont pas des synonymes. L’hégémon, au sens grec du terme (hêgemôn), est celui qui ‘conduit’ et dont l’autorité est, au moins partiellement, acceptée. Dès que cette adhésion disparaît, on sort de l’hégémonie pour entrer dans une logique de contrainte, voire de domination. »
Ces nuances, « rarement maîtrisées en première année, et parfois même en fin de seconde année », sont pourtant cruciales pour l’analyse. Ce lexique doit couvrir plusieurs champs sémantiques, récurrents dans les formulations de sujet au concours : les termes liés au contrôle (maîtrise, gestion…) ; les termes relationnels (du partenariat à la rivalité) et les termes systémiques (leviers, moteurs, freins, catalyseurs).
« La maîtrise de ce lexique est décisive car un vocabulaire imprécis produit une pensée imprécise, donc, une copie vague et qui manque de subtilité. Comme le disait Hegel : c’est dans les mots que nous pensons », souligne la professeure.
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L’accroche n’est pas un « fun fact » : « La question à se poser n’est pas : ‘Quelle citation brillante vais-je placer ?’ mais ‘Pourquoi ce sujet est-il tombé cette année ?’, et surtout ‘Comment montrer immédiatement au correcteur que j’ai compris l’intérêt de ce sujet ?’». Un sujet n’est jamais choisi au hasard, et trouver la bonne accroche, c’est identifier l’intention du concepteur. « C’est comme au poker : les bons joueurs jouent les cartes, les très bons joueurs jouent le joueur d’en face. »
Le correcteur « a une pile gigantesque de copies à corriger » : un formalisme impeccable lui permet de comprendre rapidement le raisonnement de l’étudiant, d’où l’importance d’une analyse chirurgicale des termes du sujet, d’un cadrage géographique et historique précis, des chapeaux clairs après l’annonce du plan, et des transitions entre les parties.
« Une super copie, c’est une copie qu’on pourrait lire en trois minutes sans avoir l’impression d’avoir bâclé la correction. En trois minutes, on sait déjà que l’étudiant a compris la question et sait y répondre en hiérarchisant les informations importantes. »
Un point fondamental selon Bénédicte Ourbak : « Il n’y a pas toujours de paradoxe dans un sujet. C’est un vaste mensonge ! » Elle précise ensuite : « certains sujets sont simplement très complexes et entremêlent de multiples facteurs, mais sans dimension paradoxale : dans ce cas, le travail consiste à trouver un plan pour expliquer ce phénomène complexe, puis seulement après de chercher une problématique englobant l’ensemble de ce plan ».
Les sujets n’appellent pas un « type de plan » automatique, mais une logique de raisonnement adaptée au type de question posée. On retrouve alors, selon la professeure, trois grandes catégories de sujets : les deux premiers sont l’évolution d’un phénomène dans le temps (appelle un plan chronologique qui doit rester analytique), ou un problème posé sous trois angles différents (plan thématique pour éclairer chaque angle du sujet).
Le cas le plus fréquent correspond aux sujets qui interrogent un phénomène géopolitique comme s’il était un mécanisme : comment il fonctionne, pourquoi il s’impose, jusqu’où il va et quelles sont ses limites. Le plan dit « Comment ? Pourquoi ? Jusqu’où ? » est ainsi le plus souvent utilisé. Pour autant, « ce n’est pas un plan type : c’est une structure intellectuelle qui permet de passer d’un constat à une explication, puis à une évaluation critique », rappelle Bénédicte Ourbak.
La professeure met au contraire en garde contre les plans préfabriqués : « C’est certainement ce qu’il y a de pire. Un plan ‘parfait’ qui circule et que l’on plaque sur n’importe quel sujet est la pire des solutions. Le plan préfabriqué empêche l’étudiant de s’exprimer par lui-même. » Au contraire, elle défend que : « Les étudiants sont souvent beaucoup plus intelligents qu’ils ne le pensent : ils s’en sortent beaucoup mieux quand ils font confiance à leur propre réflexion. »
En première année
La première année construit l’ossature intellectuelle de tout le programme : les chapitres de 1913 à la fin de la guerre froide donnent des clés de lecture indispensables pour mettre en perspective historique n’importe quel sujet, exigence renforcée à l’ESCP suite à la disparition de l’exercice de la carte.
Cette perspective historique, inspirée des travaux de Fernand Braudel et de l’école des Annales, consiste à replacer les phénomènes contemporains dans « la longue durée » : une bonne copie montre comment l’actualité s’enracine dans des structures, héritages et cycles économiques ou politiques plus longs.
Le chapitre sur l’économie mondiale mérite une attention particulière : « Souvent mal maîtrisé, alors qu’il est essentiel pour comprendre les logiques de l’émergence et les recompositions actuelles des puissances. » Il permet de relier croissance, développement économique et rapports de force.
La France doit être maîtrisée en profondeur : « C’est l’un des rares thèmes qui peut tomber tel quel en fin de deuxième année. Or c’est un chapitre qui passe régulièrement entre les mailles du filet en fin de première année. »
En seconde année
Au-delà du programme, il faut penser par espaces cohérents. Malgré des cadres communs, l’Afrique et le Proche/Moyen-Orient doivent être distingués, car leurs trajectoires historiques et dynamiques géopolitiques sont différentes. De même, Chine et Inde ne se révisent pas forcément ensemble, les sujets portent presque toujours sur l’un ou sur l’autre, et leurs problématiques sont spécifiques.
Au moment des révisions, il est recommandé de reprendre les chapitres transversaux de première année (tableaux du monde en 1913/1939/1945, guerre froide, décolonisation, années 1990, gouvernance mondiale), mobilisables dans une très grande variété de sujets.
Lire abondamment
« Lisez, lisez, lisez », insiste Bénédicte Ourbak. « Pas forcément de la géopolitique. L’objectif : amplifier votre vocabulaire. Commencez le plus tôt possible. »
S’entraîner sur les plans
Il faut s’entraîner à faire beaucoup de plans pour comprendre la nature des problèmes posés, distinguer les sujets paradoxaux des sujets complexes, et identifier les types de plans adaptés.
Maîtriser le lexique
Le lexique doit être travaillé avec le professeur, lors des colles et devoirs, dans les autres matières à dissertation comme la philosophie, et par un travail personnel sur les champs sémantiques.
Bénédicte Ourbak déconseille les prises de position politique, ainsi que de manière générale le terme « volonté », le conditionnel – souvent hasardeux – et les jugements de valeur.
Distinguer sa copie en étant original peut provenir d’une bonne utilisant d’atouts linguistiques et culturels : « J’avais une étudiante sinisante qui utilisait sa meilleure maîtrise de l’espace chinois. Elle l’avait développé comme son atout différenciant. De même : les germanophones devraient utiliser plus d’exemples sur l’Allemagne ; les hispanophones devraient approfondir leurs cours de civilisation pour être plus calés sur l’Amérique latine. »
Il s’agit également de chercher des exemples dans des espaces moins attendus : « Pour l’Amérique latine : alternez la Bolivie (État enclavé) ou le Chili des années 80 (économie ouverte) plutôt que de ne parler que du Mexique. Pour évoquer le sujet du trafic de drogue : parlez du contexte péruvien plutôt que des cartels mexicains, que tout le monde cite. »
Il ne faut pas être trop original, et maintenir un équilibre : « Il faut équilibrer entre le savoir commun (qui permet au correcteur de voir que vous parlez son langage) et le savoir qui distingue (qui intéresse le correcteur et évite la copie ‘Ukraine-Trump-Chine‘). »
« Je donne pas toujours de corrigé type », explique la professeure. « Notamment à WeiD Prépa, pendant les TD, je passe dans les rangs et je corrige le plan de chaque personne individuellement. » Cette approche personnalisée permet de à l’étudiant de comprendre « ce qui était juste dans sa pensée et comment l’améliorer. »
Cela permet aussi aux étudiants de développer la confiance, ce qui joue selon Bénédicte Ourbak un rôle central dans leur progression, à trois niveaux : se faire confiance à soi-même (« Les étudiants sont plus intelligents qu’ils ne l’imaginent »), faire confiance au professeur, et savoir demander de l’aide en cas de difficultés.
L’humilité reste essentielle. Bénédicte Ourbak relate l’exemple d’un étudiant qui « avait un tel ego qu’il pensait qu’il ne pouvait plus progresser. Il a régressé pendant l’année. » Le message est clair : « Rester humble. C’est une valeur extrêmement importante dans tous les métiers et quelle que soit la position. »
L’excellence en HGGMC repose sur une combinaison de méthode rigoureuse, de maîtrise des connaissances et de capacité à penser par soi-même. Les évolutions de l’épreuve pour 2026 accentuent l’importance de la perspective historique et de la réflexion multiscalaire. La réussite passe par un travail régulier sur le lexique, une compréhension fine des mécanismes de la dissertation, et un accompagnement de qualité dans un climat de confiance. Comme le rappelle Bénédicte Ourbak : « La géopolitique n’est pas une science exacte. Il n’y a pas de plan parfait, pas de façon unique de répondre à un sujet. C’est ce qui donne aux étudiants une grande liberté – à condition qu’ils s’approprient vraiment l’exercice de la dissertation. »
