Le 16 avril 2026, HEC Paris, le groupe cosmétique NAOS et l’association Heart Leadership University ont annoncé la création du NAOS Lab for Leadership. Doté de 4 millions d’euros sur trois ans, ce nouveau laboratoire ambitionne de devenir une référence européenne pour faire émerger un leadership adapté aux bouleversements de notre époque : essor de l’intelligence artificielle, dérèglement écologique ou encore montée des inégalités. Ce projet repose sur une conviction partagée : face aux crises du XXIe siècle, il est essentiel de former des leaders capables de décider avec courage, empathie et lucidité.
Par Valentine Dunyach
Le projet naît d’une convergence de valeurs. D’un côté, HEC Paris, première grande école de management européenne, engagée dans une stratégie baptisée « Nouvelles Responsabilités ». De l’autre, l’entreprise NAOS, à l’origine de Bioderma, Institut Esthederm et État Pur, dont l’intégralité du capital a été transférée à la Jean-Noël Thorel Foundation. Fondée et dirigée par Jean-Noël Thorel, elle s’inscrit dans un modèle singulier : celui d’une organisation à finalité altruiste (OFA), selon sa propre terminologie.
Entre les deux, Heart Leadership University (HLU), association d’intérêt général créée en 2021, dont la mission est d’éclairer les enjeux globaux et permettre aux dirigeants d’agir avec puissance, alignement et lucidité sous incertitude ». Elle joue le rôle de tiers catalyseur dans ce partenariat.
Le NAOS Lab for Leadership est le fruit de cet alignement. « Il y avait une étincelle et une envie d’avancer ensemble », résume Eloïc Peyrache, Doyen et Directeur Général d’HEC Paris. Le financement est à la hauteur de l’ambition : 4 millions d’euros sur trois ans, apportés par la Jean-Noël Thorel Foundation.
La présence d’un groupe initialement orienté dans le secteur cosmétique dans ce type d’initiative peut surprendre. Seulement, NAOS n’est pas un mécène ordinaire. Jean-Noël Thorel incarne une philosophie d’entreprise singulière, “à mi-chemin entre la pensée orientale et occidentale”, comme il la définit lui-même.
Pour lui, la distinction entre générosité et altruisme est fondamentale : la générosité est un élan ponctuel, l’altruisme s’inscrit dans la durée. C’est précisément ce qui a motivé le don de l’intégralité de ses parts à une fondation. « Les crises que traverse notre monde ne pourront pas être résolues par les mêmes formes de leadership qui les ont en partie produites », affirme-t-il. Et d’ajouter : « Face au développement sans limite et sans contrôle de l’intelligence artificielle, j’ai décidé de donner l’ensemble des actions de l’entreprise NAOS à Jean-Noël Thorel Foundation. »
L’engagement de NAOS dépasse l’investissement financier. Il traduit la volonté de « changer la façon de faire de la finance et du marketing », de proposer un nouveau modèle d’entreprise capable de « créer les conditions du changement ». Le NAOS Lab for Leadership est, en ce sens, une extension naturelle de cette philosophie ; non pas une vitrine, mais un terrain d’expérimentation concret.
Quant à l’exclusivité du partenariat, Eloïc Peyrache lève toute ambiguïté. L’engagement financier de NAOS lui donne la possibilité d’associer son nom au laboratoire, mais le projet reste résolument ouvert : « Nous voulons travailler avec tout un ensemble d’entreprises. L’objectif, c’est qu’on ait une capacité d’entraînement beaucoup plus large. »
Cette initiative permet aussi à la business school d’anticiper les grandes évolutions. Cela implique d’enrichir la formation d’HEC en puisant dans un ensemble de disciplines variées, et notamment de mieux appréhender les enjeux technologiques.
Pour Eloic Peyrache, « une force essentielle des écoles de commerce -et d’HEC en particulier- réside dans la capacité à rendre les choses possibles. Il ne s’agit pas seulement de penser un sujet, mais d’avoir une capacité d’entraînement et de concrétisation. En combinant ces deux dimensions, on voit émerger des enjeux d’organisation, de mobilisation des équipes, de prise de décision dans des situations difficiles, et de gestion de la tension. »
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Le cœur du projet est là : identifier et cultiver ce que les algorithmes ne peuvent pas reproduire. Pour Eloïc Peyrache, la nature de l’enjeu est posée avec clarté dans le monde des grandes écoles : « L’IA fonctionne avec une quantité importante de données et des objectifs clairs. » Mais le leadership humain, lui, se joue précisément là où les données ne suffisent plus.
« Dans le monde actuel, savoir prendre du recul, ne pas réagir à chaud, faire preuve de résilience et apprendre de ses erreurs sont des qualités fondamentales. », souligne-t-il.
HEC Paris a longtemps été orientée vers les enjeux “d’optimisation”. Le NAOS Lab marque un tournant : en amont, il s’agira d’apprendre à poser les bonnes questions, à cerner les problèmes avant de les résoudre ; en aval, de développer ce que le communiqué officiel nomme « les dimensions proprement humaines du leadership » ; courage, intuition, empathie, discernement face à la complexité.
Brad Harris, professeur en management et ressources humaines, nommé directeur académique du Lab, résume le profil recherché avec une formule qui rompt avec les représentations classiques du grand patron : « Nous voulons suivre un leader charismatique, qui entraîne avec lui ses employés, mais qui soit également un humain courageux, empathique, qui inspire confiance et sait s’excuser. » Un leader, ajoute-t-il, « qui n’est pas facilement substituable » par une machine.
Le monde dans lequel ces futurs leaders devront évoluer est décrit par le Lab sous l’acronyme BANI brutal, anxieux, non-linéaire et incompréhensible. Dans ce contexte, l’intuition n’est plus perçue comme un défaut de rigueur, mais comme une compétence stratégique à part entière. De même que la capacité à décider dans l’incertitude, à reconnaître ses erreurs et à mobiliser des collectifs dans des situations de crise.
Le NAOS Lab for Leadership structurera ses activités autour de trois piliers définis ainsi : la recherche, la formation et la diffusion.
Sur le plan académique, le Lab produira des travaux sur les nouvelles formes de leadership, explorera les dimensions de l’intuition et du courage dans la prise de décision, et interrogera les liens entre leadership, intelligence artificielle et gouvernance. L’ambition est également de faire évoluer les référentiels mobilisés par les entreprises et les recruteurs ; autrement dit, de changer les compétences et atouts valorisés chez un candidat à un poste de direction.
Sur le plan pédagogique, des formats innovants sont prévus : immersifs, expérientiels, transformatifs. Un certificat dédié sera conçu, et des contenus « Intuition & Leadership » seront intégrés dans certains programmes existants, dont l’Executive MBA. « L’enseignement doit irriguer la recherche », rappelle Eloïc Peyrache, en insistant sur la dimension de recherche-action qui caractérise l’approche du Lab.
Romain Briat, directeur exécutif du NAOS Lab for Leadership, précise l’ambition de l’écosystème : il ne s’agit pas de cantonner la réflexion au monde des affaires, mais de rassembler enseignants, chercheurs, poètes, philosophes et anthropologues. Le leadership y est traité comme un sujet fondamentalement interdisciplinaire. « Une idée clef : générer et renforcer un écosystème », résume-t-il. Les travaux ont d’ailleurs déjà commencé dès 2026, avec des projets concrets en pédagogie et en recherche.
Le Lab entend aussi s’attaquer à un angle mort persistant des grandes écoles : la question de l’autocensure. En France comme ailleurs, les profils issus de milieux moins privilégiés peinent souvent à s’affirmer dans des environnements dominés par les mêmes codes. L’enjeu, selon Brad Harris, est de « donner les armes de la confiance » à ceux que le système a historiquement écartés, et de les aider à identifier ce qui les rend irremplaçables.
Pour ce projet, HEC Paris, NAOS et Heart Leadership University vont au-delà du simple constat des limites du leadership traditionnel. Ensemble, ils proposent de le réinventer à travers un cadre ancré dans la recherche, éprouvé sur le terrain et ouvert à un écosystème bien plus large que celui des seules grandes écoles.
« Dans un monde dominé par l’IA, si on insiste sur ces éléments, on peut créer un monde nouveau et meilleur », affirme Eloïc Peyrache. C’est à la fois un pari et un manifeste. Le campus d’HEC est pensé comme un laboratoire vivant où ces nouvelles formes de leadership pourront être expérimentées, et peut-être, progressivement, généralisées.
Jean-Noël Thorel conclut avec sobriété en résumant l’esprit de cette nouvelle initiative : « Cela ne changera pas le monde, mais cela contribuera sans doute à le transformer. »
C’est précisément l’ambition du NAOS Lab for Leadership : non pas provoquer une révolution, mais accompagner une transformation méthodique, exigeante et profondément humaniste.
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Crédit : HEC / Eloic Peyrache Linkedin
