Thotis était présent à la conférence de presse de l’EDHEC NewGen Talent Centre, organisée le 14 avril 2026 à Paris, pour le lancement de la 2e édition de l’étude G16 Careers sur les débuts de carrière des jeunes diplômés des grandes écoles. Le résultat : un portrait qui contredit les idées reçues sur une génération supposément désenchantée. Flexibilité, sens, expertise et épanouissement, les alumni sont exigeants, mais satisfaits.
Par Félix Guillaume
Sur fond de turbulences géopolitiques et économiques persistantes depuis fin 2022, les associations de diplômés du G16 Careers qui regroupent HEC, Polytechnique, Sciences Po, CentraleSupélec, ESSEC, INSEAD ou encore Mines Paris, parmi une vingtaine d’écoles ont mandaté l’EDHEC NewGen Talent Centre pour dresser un portrait actualisé des débuts de carrière de leurs alumni. Présentée lors de cette conférence par Manuelle Malot au nom des associations du G16, l’étude a été menée d’août à novembre 2025 auprès de 2 100 diplômés de moins de six ans d’expérience. Elle interroge leurs aspirations professionnelles, leurs attentes vis-à-vis du management et leur niveau d’épanouissement personnel, dans un contexte où le marché de l’emploi reste sous pression.
Se développer avant tout mais aussi gagner sa vie
Premier enseignement : les jeunes diplômés des grandes écoles placent l’acquisition de compétences et le développement personnel en tête de leurs priorités (31 %), devant la contribution utile à la société (26 %), une aspiration désormais bien ancrée depuis la loi Pacte et la recherche de revenus élevés (21 %), tendance déjà observée en 2023. Ces résultats dessinent une génération qui veut apprendre vite et progresser, sans pour autant sacrifier ses ambitions financières.
Plus révélateur encore : 46 % des répondants déclarent que le développement d’une expertise personnelle sera leur principal moteur de carrière, loin devant le management hiérarchique (34 %) ou l’animation d’équipe en réseau (20 %). Le premier emploi est avant tout perçu comme un terrain d’apprentissage, et 81 % confirment que leur poste actuel leur permet effectivement d’acquérir de nouvelles compétences.
Trois profils d’ambition coexistent de façon équilibrée : 37 % se reconnaissent dans une posture « intra/entrepreneur » portée par l’autonomie et l’innovation, en hausse par rapport aux 35 % de 2023, 32 % dans un profil « compétiteur » tourné vers la progression hiérarchique et la rémunération et 31 % dans un profil « engagé » guidé par l’intérêt général et les valeurs de l’entreprise. Ce qui prend du poids aujourd’hui, c’est notamment le côté entrepreneurial et la liberté d’action. Ces trois profils reflètent selon le NewGen Talent Centre la diversité de l’économie française dans son ensemble, et leur relatif équilibre traduit une génération aux ambitions plurielles, loin des caricatures générationnelles.
L’IA vu comme un atout, pas une menace
Sur la question de l’intelligence artificielle, les résultats tranchent nettement avec les discours alarmistes : 81 % des répondants estiment que l’IA augmentera leur productivité, 63 % anticipent une transformation profonde de leurs pratiques professionnelles, mais seulement 12 % craignent que leur métier ne devienne obsolète à terme. Ces jeunes diplômés, formés en entreprise aux outils d’IA, n’y voient pas une menace mais un levier supplémentaire d’employabilité, une technologie qui aide à se former, à gagner du temps et à accroître son impact. L’IA est perçue comme un accélérateur de carrière, à condition d’en maîtriser les usages. Nuance notable : 67 % estiment ne pas avoir été suffisamment formés à l’IA durant leur cursus académique, ce qui constitue un signal fort adressé aux grandes écoles elles-mêmes.
Flexibilité et télétravail : des exigences non négociables
Les modalités de travail s’imposent comme un enjeu de recrutement de premier plan. 85 % des répondants accordent une importance élevée aux horaires flexibles contre 31 % en 2023, une progression spectaculaire et 88 % bénéficient déjà du télétravail, dont les trois quarts au minimum deux jours par semaine. Chiffre éloquent : 54 % refuseraient aujourd’hui une offre d’emploi ne proposant aucune possibilité de télétravail. La semaine de quatre jours séduit 48 % des sondés, même si seuls 9 % en bénéficient actuellement, révélant un écart notable entre aspiration et réalité. La liberté de choisir quotidiennement son lieu de travail est, elle aussi, plébiscitée par 47 % des répondants.
Un management apprécié, une satisfaction qui surprend
La bonne surprise de cette édition tient à la qualité perçue du management. 89 % des jeunes diplômés jugent que leur manager leur accorde confiance et autonomie, 83 % se sentent reconnus dans leurs performances, 80 % apprécient sa transparence et son honnêteté, et 77 % estiment qu’il protège et défend son équipe. « C’est une bonne nouvelle de voir que le management a bien progressé », a souligné Manuelle Malot lors de la conférence. Un signal positif à l’heure où les relations managériales sont souvent pointées du doigt dans les débats sur l’attractivité des employeurs.
Ce tableau positif se confirme dans les indicateurs d’épanouissement : 85 % des alumni estiment que leur emploi leur permet de s’accomplir professionnellement, 75 % de s’épanouir personnellement. Et 89 % recommanderaient leur cursus académique pour le poste qu’ils occupent, soit trois points de plus qu’en 2023, un plébiscite pour les grandes écoles, dont la pertinence vis-à-vis des besoins du marché ne semble pas remise en cause par leurs propres diplômés.
RSE et raison d’être : des enjeux bien réels, mais encore trop peu représentés
Si 90 % des répondants considèrent que les entreprises doivent se transformer prioritairement sur le plan environnemental (54 %), puis sur celui de la gouvernance éthique (28 %) et de l’impact social (18 %), les enjeux RSE/ESG restent le plus souvent annexes aux missions principales : seuls 18 % les intègrent au coeur de leur fonction, tandis que 25 % les traitent en dehors de leur mission principale. La raison d’être de l’entreprise demeure un critère d’attractivité pour 62 % des sondés et un moteur d’engagement pour 57 %, des proportions en légère baisse par rapport à 2023, ce qui traduit un ancrage plus pragmatique des nouvelles générations face aux réalités du monde professionnel. L’engagement existe, mais il se conjugue désormais avec l’exigence d’un équilibre sain entre vie professionnelle et personnelle.
