Le 20 mai 2026, SKEMA Business School ouvrait les portes de son campus francilien à près de 200 candidats aux oraux BCE et étudiants de classes préparatoires aux grandes écoles, lors d’une journée placée sous le signe du continuum prépa – Grande école et de sa mise en œuvre concrète au sein de SKEMA.

Par Valentine Dunyach 

Une journée pour faire le lien entre la prépa et la Grande école

Chaque année, SKEMA Business School organise son Prépa Day sur le campus Grand Paris de Suresnes. L’édition 2026 ne déroge pas à la règle, avec une ambition affichée : montrer aux préparationnaires que les mécanismes intellectuels forgés en khâgne, en hypokhâgne ou en ECG ne disparaissent pas à l’entrée en grande école ; ils s’y prolongent, s’y affûtent, s’y déploient au service du management.

La journée s’articule autour de plusieurs temps forts : une conférence inaugurale en amphithéâtre, des échanges avec des étudiants déjà admis à SKEMA, des rencontres avec des professeurs, et une discussion avec Sylvie Jean, directrice du Programme Grande École. L’objectif n’est pas seulement de faire découvrir le campus aux étudiants préparationnaires, mais de démontrer une cohérence pédagogique au sein des programmes de l’école, se traduisant par une continuité entre la prépa et le PGE.

Dès 2017, SKEMA a ainsi recruté des professeurs issus des classes préparatoires pour incarner ce lien. La philosophie tient en deux mots : “Think Forward”- penser demain. Et dès les premières semaines de cours, les étudiants retrouvent des repères familiers : cours d’économie, de géopolitique, de géoéconomie, dans un format structurant qui court de la L3 au M2.

``Vous allez nager dans un monde d'incertitude``

Frédéric Munier, professeur de géopolitique et directeur de la SKEMA School of Geopolitics, également professeur de chaire supérieure en classe préparatoire au lycée Saint-Louis à Paris, ouvre le cycle de conférences de la journée. Sa double casquette incarne pleinement le projet pédagogique de l’école.

Face aux 200 préparationnaires présents, il donne le ton sur les défis auxquels seront confrontés les futurs managers :

« Vous allez évoluer dans un monde d’incertitude. SKEMA va vous aider à devenir des managers augmentés, capables de prendre des décisions dans un environnement instable. »

Intitulée « La stratégie à l’âge de l’incertitude », la conférence s’articule ensuite autour de deux temps complémentaires : le premier consacré aux recompositions géopolitiques mondiales, le second aux fondements de la stratégie d’entreprise et à la manière dont ces deux dimensions se répondent.

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Former des managers dans un monde en recomposition

Frédéric Munier ouvre la conférence en convoquant une phrase attribuée à Lénine, fil conducteur de son intervention : « Il y a des décennies où rien ne se passe; et il y a des semaines où des décennies se produisent. »

Un propos qui résonne particulièrement dans le contexte actuel ; démantèlement de l’ordre commercial mondial sous l’impulsion de l’administration Trump, reconfiguration des alliances atlantiques, montée en puissance de la Chine, tensions autour du Canada, du Groenland, du Venezuela. « Nous vivons la fin de la globalisation telle que nous l’avons connue », affirme le professeur. Et d’ajouter : « Les États-Unis ne sont plus une démocratie libérale. »

Cette lecture géopolitique du monde contemporain adressée aux futurs étudiants de grande école de management nourrit un propos plus large : dans un monde où les repères s’effacent, comment une entreprise construit-elle sa stratégie ?  Comment un dirigeant prend-il des décisions lorsque les paramètres évoluent plus vite que les plans établis ?

Penser la stratégie dans un monde instable

La seconde partie de la conférence est assurée par Matilde Guilhon, professeure de stratégie à SKEMA et directrice académique du MSc in Strategic Management & Consulting. Spécialiste de la prise de décision en environnement complexe, elle défend une vision du leadership fondée sur la coordination plus que sur la maîtrise absolue : « Le bon dirigeant n’est pas celui qui sait tout et possède, mais celui qui sait orchestrer. »

Son intervention retrace l’histoire de la pensée stratégique en entreprise, des premiers enseignements de stratégie jusqu’aux grands cabinets de conseil, qui ont contribué à structurer la discipline. Matilde Guilhon revient également sur les grands outils et les principales évolutions de la stratégie d’entreprise, en les reliant aux enjeux géopolitiques contemporains et à l’incertitude croissante qui pèse sur les organisations.

Pour conclure, elle cite Edgar Morin, dont la formule résume l’esprit de la conférence :
« Nous traversons des océans d’incertitude avec des îlots de certitude. »

La géopolitique, un différenciateur pour les managers de demain

Cette conférence illustre aussi le positionnement de la Grande école : former des managers capables de lire, d’anticiper et de s’adapter à un environnement en mutation permanente. À SKEMA, la géopolitique est désormais pensée comme un véritable outil d’aide à la décision.

Sylvie Jean, directrice du Programme Grande École de SKEMA Business School, résume cette ambition : « Nous voulons capitaliser sur le succès des cours de géopolitique et nous adresser aux amoureux des humanités en général. Nous souhaitons aussi mettre en valeur l’excellence de nos professeurs. »

Depuis plusieurs années, SKEMA ouvre ainsi davantage de places aux profils littéraires au sein de son PGE, avec la conviction que les futurs managers hybrides, capables de décider dans des contextes complexes, se forment aussi dans les classes de philosophie, de lettres ou d’histoire.

INGENIUM : trois continuums pour trois profils d'excellence

Cette philosophie se concrétise avec INGENIUM, dispositif structuré autour de trois parcours d’excellence proposés dès le second semestre de L3. Le premier, Géopolitique, s’appuie sur un écosystème déjà solide : cours de grands enjeux, partenariats avec l’IHEDN et l’Institut Jacques-Delors, double diplôme en intelligence géospatiale avec Sorbonne Université. Le deuxième, Ad Litteram, s’adresse aux profils littéraires et philosophiques, en réponse à une demande croissante des entreprises pour des managers capables d’articuler réflexion stratégique et compréhension des transformations culturelles. Le troisième, Scientia, implanté à Sophia Antipolis, tisse les liens entre management, mathématiques appliquées et intelligence artificielle.

Au-delà des contenus, INGENIUM est le reflet d’une pédagogie explicitement héritée de la prépa : pilotage partagé entre enseignants-chercheurs et professeurs de CPGE, productions collectives interdisciplinaires et grands oraux en équipes de trois, format directement inspiré des khôlles. Moins un clin d’œil nostalgique qu’une conviction pédagogique : l’entrée en grande école constitue une continuité avec la CPGE, et non une rupture.

De la prépa à la grande école : un continuum, pas une rupture

“Il s’agit de « prendre les acquis de la prépa et d’y adosser les sciences de gestion. », résume Frédéric Munier, dans un mot de conclusion. Dans un contexte où les entreprises cherchent des profils capables de contextualiser, d’anticiper et de décider sous pression, cette promesse résonne au-delà du seul recrutement en école de commerce.