Un décret publié le 20 mai 2026 fixe de nouveaux tarifs d’inscription universitaires pour les étudiants ressortissants de pays tiers à l’Union européenne. Avec 2 770 euros en licence et 3 770 euros en master, la France opère une rupture nette avec sa tradition d’alignement tarifaire entre étudiants nationaux et étrangers. Ce que change concrètement cette réforme, qui est concerné et quelles exonérations existent : voici le point complet.
Par Félix Guillaume
Le décret publié au Journal officiel le 20 mai 2026 fixe de nouveaux tarifs d’inscription pour les étudiants ressortissants de pays tiers à l’Union européenne et à l’Espace économique européen. Ces tarifs différenciés s’appliquent dès la rentrée 2026-2027 dans les établissements d’enseignement supérieur publics français.
Les nouveaux montants sont les suivants :
- Licence : 2 770 euros par an
- Master : 3 770 euros par an
- Doctorat : 380 euros par an (inchangé)
Ces tarifs représentent une multiplication par seize des frais de licence par rapport aux 170 euros applicables aux étudiants français et européens, et par quinze environ pour le master (243 euros pour les étudiants européens).
La mesure s’inscrit dans la continuité de la circulaire Bienvenue en France de 2019, qui avait introduit une première distinction tarifaire entre étudiants européens et extra-européens, tout en allant sensiblement plus loin dans l’ampleur de l’écart.
Le décret s’applique aux étudiants ressortissants de pays tiers à l’Union européenne qui s’inscrivent pour la première fois dans un établissement d’enseignement supérieur public français à compter de la rentrée 2026.
Les catégories exonérées ou non concernées
Plusieurs profils d’étudiants ne sont pas soumis aux nouveaux tarifs :
- Les ressortissants de pays membres de l’Union européenne et de l’EEE, qui continuent de payer les mêmes droits que les étudiants français
- Les boursiers du gouvernement français (bourses Campus France)
- Les étudiants couverts par des bourses gouvernementales dans le cadre d’accords bilatéraux
- Les réfugiés et bénéficiaires de la protection subsidiaire
- Les étudiants déjà inscrits avant la rentrée 2026, qui conservent les anciens tarifs lors de leur réinscription, sous conditions
Les établissements disposent par ailleurs d’une marge de manoeuvre pour attribuer des exonérations totales ou partielles, dans la limite d’un quota fixé à 10 % de leurs inscrits non-européens. Les étudiants en échange dans le cadre de partenariats bilatéraux ou du programme Erasmus+ entrants ne sont pas concernés et continuent de bénéficier des tarifs nationaux.
Tu prépares une candidature dans l’enseignement supérieur français ? Découvre notre page dédiée à Parcoursup 2026
La publication du décret a immédiatement suscité des réactions contrastées dans les milieux universitaires et associatifs. Une pétition déposée à l’Assemblée nationale conteste la légitimité de la mesure, rappelant que la France a longtemps fait de l’accueil des étudiants étrangers un levier d’influence diplomatique et culturelle. Plusieurs organisations étudiantes, syndicats et présidents d’université ont exprimé leurs inquiétudes quant aux conséquences sur l’attractivité des campus français.
Les arguments en faveur de la réforme
Les défenseurs de la réforme avancent un argument de soutenabilité financière : le coût de formation d’un étudiant en France est estimé à plus de 10 000 euros par an, intégralement financé par le contribuable français pour les étudiants étrangers bénéficiant jusqu’ici des mêmes tarifs que les nationaux. Ils font également valoir que la France reste, même avec ces nouveaux montants, très en dessous des tarifs pratiqués au Royaume-Uni, aux États-Unis, en Australie ou aux Pays-Bas pour les étudiants internationaux.
Les arguments des opposants
Les opposants soulignent en revanche que ces pays disposent de systèmes d’aide et de bourses nettement plus développés, et que la hausse risque de fragiliser l’accès des étudiants des pays du Sud, particulièrement des étudiants africains francophones, qui représentent une part significative des inscriptions dans les universités françaises. La question de l’impact sur les filières où les étudiants étrangers sont surreprésentés, notamment certains masters de sciences, de droit ou d’économie dans les grandes universités parisiennes, est soulevée par de nombreuses équipes pédagogiques.
Tu prépares ton orientation post-bac ? Découvre notre guide complet sur la licence à l’université
Télécharge notre guide Parcoursup et reçois 300 exemples de lettres de motivation
Dans les grandes économies occidentales, la différenciation tarifaire entre étudiants nationaux et internationaux constitue la norme. Au Royaume-Uni, les étudiants étrangers paient entre 15 000 et 40 000 livres sterling par an selon la filière. Aux États-Unis, les frais de scolarité pour les étudiants internationaux dans les universités publiques dépassent régulièrement 25 000 à 35 000 dollars annuels. En Australie, les montants oscillent entre 20 000 et 45 000 dollars australiens selon les cursus.
Dans ce contexte, les nouveaux tarifs français, même en hausse sensible, restent inférieurs à ceux pratiqués dans la plupart des grandes destinations anglophones. L’argument de la compétitivité-prix de la France, souvent mis en avant par Campus France, conserve donc une certaine validité sur ce point, notamment pour les formations non anglophones.
Plusieurs pays européens ont par ailleurs procédé à des ajustements similaires ces dernières années. Les Pays-Bas ont relevé leurs frais pour les étudiants hors EEE, et l’Allemagne, longtemps gratuite pour tous, a introduit des frais différenciés dans certains Länder pour les étudiants extra-européens.
Pour un étudiant non-européen souhaitant intégrer une licence à la rentrée 2026, les frais d’inscription s’élèvent désormais à 2 770 euros par an, auxquels s’ajoutent la Contribution de vie étudiante et de campus (CVEC) fixée à 105 euros pour 2025-2026, ainsi que les éventuels frais pédagogiques propres à chaque établissement.
Le coût total d’une année d’études en France pour un étudiant non-européen inclut par ailleurs le logement, qui varie entre 400 et 900 euros par mois selon la ville, les frais de visa étudiant et les assurances obligatoires.
Les candidatures s’effectuent via la plateforme Études en France, gérée par Campus France, dont les procédures et calendriers pour la rentrée 2026 restent inchangés dans leurs modalités. Le dépôt de dossier pour une rentrée en septembre doit généralement être effectué entre novembre et janvier de l’année précédente, selon les pays.
Le tableau comparatif des frais selon le profil
| Profil de l’étudiant | Frais de licence 2026-2027 | Frais de master 2026-2027 |
| Étudiant français ou européen (UE/EEE) | 170 € | 243 € |
| Étudiant non-européen (hors exonération) | 2 770 € | 3 770 € |
| Étudiant non-européen boursier Campus France | Exonéré | Exonéré |
| Réfugié / protection subsidiaire | 170 € | 243 € |
Le gouvernement a annoncé en parallèle du décret un renforcement des dispositifs d’aide destinés aux étudiants étrangers méritants ou en situation de précarité. Campus France doit déployer de nouvelles enveloppes de bourses d’excellence, dont les modalités précises sont attendues dans les prochaines semaines.
Les établissements conservent par ailleurs la possibilité d’accorder des exonérations totales ou partielles dans la limite d’un quota de 10 % de leurs inscrits non-européens. Cette marge de manoeuvre vise à permettre aux universités de maintenir une politique d’attractivité ciblée sur certains profils ou certaines zones géographiques.
La question des étudiants originaires des pays liés à la France par des accords bilatéraux spécifiques, notamment certains pays africains francophones, fait l’objet de précisions complémentaires attendues par les établissements. Le régime des étudiants en échange dans le cadre de partenariats inter-universitaires n’est pas modifié.
France Universités, l’organisation représentant les présidents d’université, a demandé des garanties sur le financement des dispositifs d’exonération et rappelé l’importance de l’accueil international pour les laboratoires de recherche et la vitalité des campus. Plusieurs présidents d’établissement ont exprimé publiquement leurs réserves sur les effets à moyen terme de la mesure sur les effectifs étudiants et sur la diversité des promotions.
Des mobilisations étudiantes ont eu lieu dans plusieurs villes universitaires dans les jours suivant la publication du texte, avec des demandes de retrait ou de suspension du décret. Une pétition déposée à l’Assemblée nationale a recueilli de nombreuses signatures, contestant à la fois la légalité et l’opportunité de la hausse.
À lire aussi, sur Thotis : les universités françaises face à la crise budgétaire : entre asphyxie financière et défis structurels
Les universités françaises face à la crise : entre asphyxie budgétaire et défis structurels
En lien avec cet article : Enseignement supérieur : les universités face à un enjeu financier majeur
Des questions sur ton orientation ? Viens discuter avec Thotis.IA, le conseiller d’orientation 2.0
