Le 22 mai 2026, Stéphane Braconnier, président de l’université Paris-Panthéon-Assas, a publié sur LinkedIn le premier volet d’une série de réflexions intitulée “L’Université sans tabou”. Dans ce texte, il aborde les fragilités structurelles du modèle universitaire français et interroge notamment sur son financement, dans un contexte marqué par plusieurs actualités récentes et convergentes : les Assises du financement de l’enseignement supérieur et de la recherche, lancées en janvier 2026 et la volonté du gouvernement de généraliser les droits différenciés pour les étudiants étrangers extra-communautaires. Le passage le plus engagé de cette tribune porte sur la question des frais de scolarité, avec une remise en cause de la soutenabilité du principe de quasi-gratuité universelle, dont il juge le caractère redistributif « très discutable ».
Par Valentine Dunyach
Le constat de Stéphane Braconnier sur la situation des universités françaises n’est pas isolé. Thotis a récemment donné la parole à plusieurs présidents d’université qui dressent le même tableau. Christine Neau-Leduc, présidente de Paris 1 Panthéon-Sorbonne, alertait ainsi sur une université « structurellement sous-dotée depuis le passage aux responsabilités et compétences élargies en 2011 », contrainte de réaliser 14 millions d’euros d’économies sur une seule année. Lamri Adoui, président de France Universités, et ses vice-présidents décrivaient pour leur part un système à bout de souffle, avec des universités qui « font toujours plus avec toujours moins », au risque de fermetures de formations, voire de campus, à moyen terme.
Stéphane Braconnier s’inscrit dans cette même lecture, en interrogeant sur le fond : qui financera les missions des universités dans dix ou quinze ans ? Des missions que le code de l’éducation définit précisément : formation, recherche, insertion professionnelle, cohésion territoriale, attractivité internationale. « Faute de financement suffisant et pérenne, ce sont ces missions elles-mêmes qui seront amputées », écrit-il.
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Premier financeur des universités, l’État assure environ 70 % de leurs ressources via la subvention pour charge de service public. Un niveau élevé en apparence, mais qui ne couvre plus intégralement la masse salariale des établissements. Stéphane Braconnier n’appelle pas pour autant à un effort supplémentaire de l’État ; dans un contexte de contrainte budgétaire et d’endettement public, il estime qu’une telle demande, sans réflexion sur une meilleure allocation des moyens existants, relève d’un « manque de pragmatisme coupable ».
Il s’appuie sur le récent rapport de la Cour des comptes sur la trésorerie des universités pour étayer son propos. Les chiffres parfois avancés pour relativiser les difficultés du secteur sont, selon lui, trompeurs : si 95 % des ressources des universités sont publiques, seul 5 % de la trésorerie est libre d’emploi, soit environ 200 millions d’euros pour l’ensemble du parc. Un constat que France Universités formule différemment, mais avec la même conclusion : le principe du « décideur-payeur » n’est pas respecté, et des transferts de charges non compensés pèsent sur les budgets des établissements.
Sur les collectivités territoriales, l’état des lieux dressé est le suivant : les régions investissent déjà près d’un milliard d’euros par an dans l’enseignement supérieur, via les contrats de plan État-Région et des politiques transversales, mais ce soutien est inégalement réparti : les territoires qui auraient le plus besoin d’un appui renforcé sont souvent ceux dont les ressources fiscales sont les plus limitées. Il appelle à construire une architecture nationale de péréquation impliquant tous les niveaux de collectivités ; un chantier qu’il juge urgent d’ouvrir.
Quant aux entreprises, il plaide pour une relation plus structurée, fondée sur une logique mutuellement bénéfique : contrats de recherche partenariale, chaires d’enseignement, formations en alternance, fondations universitaires. Ce qui fait défaut, selon lui, c’est « la volonté politique et institutionnelle d’en faire un levier structurel et non un appoint marginal ».
Point sans doute le plus sensible et engagé de la tribune : en avril 2026, le ministre de l’Enseignement supérieur Philippe Baptiste a présenté le plan « Choose France for Higher Education », qui prévoit la publication d’un décret pour rendre effectives, dès septembre 2026, les droits différenciés pour les étudiants extra-communautaires, instaurés en 2019 mais appliqués à seulement 10 % des étudiants concernés à ce jour. Ces droits s’élèvent à 2 895 euros en licence et 3 941 euros en master, contre 178 et 254 euros pour les étudiants français. Face aux oppositions, le ministre a revu le quota d’exonérations à la hausse : 30 % à la rentrée 2026, 25 % en 2027, 20 % en 2028. La mesure a fait l’objet d’un décret du 19 mai 2026.
La réaction du monde universitaire dans son ensemble a été vive. France Universités a dénoncé un calendrier « peu réaliste » et une mesure contraire aux « valeurs humanistes d’accueil et d’ouverture » des universités. Le président de l’université Clermont Auvergne, Mathias Bernard, a évoqué une « faute politique, académique et territoriale », soulignant que le revenu médian des foyers dans les pays les plus représentés parmi les étudiants étrangers (Afrique subsaharienne, Maghreb, Moyen-Orient) dépasse parfois à peine le montant des droits majorés. France Universités a également rappelé que cette mesure ne pourra constituer une réponse “magique” au sous-financement chronique des universités, même si le ministère table sur un rendement d’environ 250 millions d’euros par an à terme.
Stéphane Braconnier estime que à cette question des droits différenciés, que beaucoup d’universités pratiquent déjà, ne peut occulter un enjeu plus large et plus important : la soutenabilité d’un principe de quasi-gratuité universelle dont le caractère redistributif lui paraît « très discutable ». Il ne préconise pas une hausse brutale, mais une hausse « mesurée et progressive, strictement conditionnée à une révision en profondeur du système d’aides aux étudiants les plus fragiles ».
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En filigrane de la tribune, Stéphane Braconnier défend une vision de l’université qui diversifie ses ressources propres et qui soit reconnue pour la qualité de sa gestion. Il appelle à une contractualisation pluriannuelle entre l’État, qui doit tenir ses engagements, et ses universités, valorisant les établissements qui anticipent leurs contraintes, et mettant fin à ce qu’il décrit comme une « prime implicite à la mauvaise gestion » entretenue par le système actuel.
Les leviers qu’il identifie sont connus : les contrats de recherche, droits d’inscription, fondations, formation continue, apprentissage, mécénat, filialisation, mais restent peu développés, faute d’un cadre institutionnel qui les encourage réellement.
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