L’ESSEC Business School a présenté le 3 juin 2026, à Cergy, les évolutions de son programme Grande École. Ces transformations s’inscrivent dans la stratégie « Transcend 2024-2028 » et reposent sur trois axes : la rénovation de l’année pré-master, la mise en place de groupes stables en M1 appelés « squads », et le renforcement de l’ouverture internationale. Wilfried Sand-Zantman, directeur académique du programme MIM, en détaille les principes.
Par Thibaud Arnoult
Pour préparer les élèves issus de classes préparatoires à l’entrée en programme Grande École, l’année pré-master a été rénovée en restructurant le rythme des enseignements fondamentaux et en introduisant dès le premier semestre des cours électifs directement connectés aux grands enjeux stratégiques de la société. Ces évolutions libèrent une période continue de plus de quatre mois entièrement dédiée à l’immersion professionnelle avant le cycle master.
Des cours classiques reprennent ainsi dès fin septembre : statistiques, microéconomie, comptabilité, marketing, avec présence requise et examens. Cette pratique avait été abandonnée lors d’une précédente réforme du PGE, qui avait délibérément supprimé les cours du premier semestre pour marquer une coupure franche avec la prépa. « Cette coupure nette s’est révélée compliquée à gérer. Changer à la fois les thématiques et les formes pédagogiques simultanément, c’était trop pour beaucoup d’élèves », explique Wilfried Sand-Zantman, qui précise l’intention retenue : « Nous avons choisi de conserver des thématiques connues en les faisant évoluer, mais dans un cadre plus classique, avec présence requise et examens. »
Des cours électifs complètent ce socle, conçus pour articuler la culture générale acquise en CPGE avec les enseignements du programme Grande École. Wilfried Sand-Zantman cite l’exemple de l’électif géopolitique et business : « Nous faisons le lien entre la géopolitique, notion vue en prépa, et le business, une nouveauté pour eux. » D’autres électifs jouent un rôle d’ouverture plus large, autour des grands problèmes juridiques et économiques contemporains, pour compléter des enseignements techniques par une mise en perspective.
À partir de la rentrée prochaine, tous les étudiants du MIM, issus de classes préparatoires (ASC) ou admis sur titre (AST), intègreront le M1 à la même date, fin septembre. Jusqu’ici, les AST rejoignaient le programme en janvier, décalant de fait leur intégration dans la promotion. Wilfried Sand-Zantman résume la difficulté structurelle que la réforme cherche à corriger : « En quinze ans, deux choses ont changé : beaucoup de cours fondamentaux ont migré en première année de master, et beaucoup d’étudiants arrivent désormais directement en master. Nous avons simplement recréé le temps commun qui existait avant. »
Durant les deux premiers trimestres, l’ensemble des étudiants suivront les neuf cours fondamentaux communs au sein d’une vingtaine de groupes d’environ quarante personnes, les « squads ». La composition de ces groupes est pilotée par l’école pour garantir une mixité de profils : nationalités, filières d’origine et parcours. « Nous allons imposer la composition des groupes, pour éviter que les Prépas se retrouvent d’un côté, les internationaux de l’autre et les AST entre eux », précise Wilfried Sand-Zantman, qui justifie cette contrainte par un argument de fond : « Dans beaucoup d’écoles, les étudiants sont divers sur le papier, mais ils ne se parlent pas. »
Chaque squad est encadrée par un responsable académique chargé d’orienter les étudiants vers les bons services sans se substituer à leur autonomie. Dès les premiers jours, les groupes rencontrent des alumni et assistent à des conférences d’entreprises. « Avec les squads, nous n’enseignons pas seulement le management, nous faisons vivre à nos étudiants l’expérience humaine du multiculturalisme et de la responsabilité partagée dès le premier jour », résume Wilfried Sand-Zantman.
L’enjeu affiché est de reconstituer un esprit de promotion que la massification des admissions sur titre et l’internationalisation accélérée ont progressivement dilué. « Une fois l’esprit de promotion recréé et les fondamentaux parcourus ensemble, les étudiants choisissent leur chaire, partent à l’étranger, font leur stage. On retrouve la diversité des expériences individuelles. Mais il fallait d’abord retrouver ce temps commun. » À l’issue de ces deux trimestres collectifs, les étudiants personnalisent leur parcours selon leurs objectifs, entre chaires, filières disciplinaires, doubles diplômes et mobilités internationales.
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Le programme s’appuie sur les quatre instituts thématiques de l’école (IA et Société, Entrepreneuriat et Innovation, Géopolitique et Business, Transition Écologique et Sociale), qui interviennent directement dans la conception des enseignements. Le centre entrepreneuriat a ainsi contribué aux premières conférences du programme, prévues dès les premiers jours de rentrée, et ces quatre centres alimentent ensemble le séminaire obligatoire « Future of Business », auquel tous les étudiants du MIM assisteront.
Sur la place de l’IA dans la formation, Wilfried Sand-Zantman précise l’orientation pédagogique retenue. Selon lui, la valeur ajoutée d’un étudiant face aux outils d’IA ne réside pas dans la maîtrise technique des langages de programmation, mais dans sa capacité à formuler les bonnes questions et à évaluer les réponses obtenues. « Remettre les fondamentaux au départ du MIM est plus important qu’avant. Comprendre comment pense la machine suffit : on peut ensuite demander à un outil de générer le code. »
Sur le plan des spécialisations, les chaires évoluent dans leur format. La chaire LVMH, créée en 1991 avec le groupe et couvrant les cinq secteurs de l’industrie du luxe, se concentre désormais sur un trimestre avec séminaire d’introduction, plutôt que sur six mois plein. Wilfried Sand-Zantman explique cette évolution par le souci de préserver la liberté de mobilité des étudiants : « Pour leur laisser cette liberté de mouvement, il ne faut pas que chaque expérience dure neuf mois. Nous privilégions des formats intensifs plutôt qu’extensifs. »
À l’international, l’ESSEC a ouvert des hubs à Londres, New York et Mumbai, que Wilfried Sand-Zantman distingue clairement d’une implantation permanente : « Un hub n’est pas un campus à l’étranger. À l’image d’une ambassade, c’est un soutien offert aux élèves pendant leur stage à l’étranger », sous la forme de masterclasses, d’événements locaux et d’un relais du réseau ESSEC sur place. Ces hubs viennent compléter les deux campus permanents de Rabat et Singapour, que le directeur académique identifie comme des marqueurs différenciants par rapport aux autres grandes écoles françaises. « Passer trois mois à Singapour, ce n’est pas la même chose que d’aller à Milan ou à Rome. Ce sont vraiment nos campus internationaux et nos chaires qui constituent les éléments différenciants. » Les doubles diplômes conclus avec Yale School of Management, MIT Sloan et Smith School of Business au Canada complètent ce dispositif.
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