Dans un paysage de l’enseignement supérieur en pleine transformation, l’ESIEE Paris, issue de la rencontre entre une grande école consulaire et une université publique, revendique un modèle « public-privé » singulier, à la fois académique et professionnalisant. La reconduction de son directeur général, Jean Mairesse, fin 2025, marque une étape de stabilisation après plusieurs années de mutations profondes.

Par Valentine Dunyach

À l’occasion d’une conférence de presse tenue le 20 janvier, Jean Mairesse a présenté la feuille de route de l’école d’ingénieurs francilienne. Au programme de cette prise de parole : la fusion avec l’ESIPE (ex-école d’ingénieurs de l’Université Gustave Eiffel), l’intégration au sein de l’Université Gustave Eiffel, les partenariats nationaux et internationaux, les forces de la formation de l’ESIEE Paris, ainsi que les projets développés en matière d’innovation et d’ouverture sociale.

Une école façonnée par l'histoire, consolidée par la fusion

Fondée en 1904 sous le nom d’École Breguet, devenue ESIEE Paris en 1968, l’école a longtemps été rattachée à la CCI de Paris Île-de-France. En 2020, elle franchit un cap décisif avec son intégration parmi les membres fondateurs de l’Université Gustave Eiffel, puis avec

la fusion, en 2023, avec l’ESIPE.

Au-delà de son caractère administratif, cette fusion a permis de constituer une école unifiée, dotée d’une offre de formation élargie, couvrant l’ensemble des grands champs de l’innovation technologique : numérique, intelligence artificielle, cybersécurité, génie industriel, génie civil, énergie ou encore systèmes embarqués. En mars 2024, la Commission des titres d’ingénieur (CTI) a renouvelé son accréditation pour le programme d’ingénieurs de l’école francilienne, validant la cohérence du nouvel ensemble.

Aujourd’hui, l’ESIEE Paris accueille environ 3 000 étudiants, dont près de 1 200 en apprentissage et s’appuie sur un campus unique à Marne-la-Vallée, fort de deux bâtiments et de plateformes technologiques de pointe, dont 650 m² de salles blanches.

Jean Mairesse reconduit à la direction générale

La reconduction de Jean Mairesse, polytechnicien, docteur en mathématiques appliquées, ancien chercheur et cadre du CNRS, à la tête de l’école, à l’issue d’un processus de sélection ouvert et collégial, confirme la continuité stratégique engagée depuis 2017. Sous son impulsion, l’école a connu une croissance rapide de ses effectifs, structuré un modèle économique hybride, piloté la fusion avec l’ESIPE et renforcé l’apprentissage, l’ouverture internationale et les partenariats industriels.

Vice-président de l’Université Gustave Eiffel et impliqué dans plusieurs instances nationales, il revendique une vision de long terme : former des ingénieurs « capables de s’adapter à desenvironnements technologiques en mutation rapide, sans renoncer à une solide formation scientifique ».

Jean Mairesse résume ainsi sa vision de l’établissement, revenant sur son mandat écoulé : « L’ESIEE est une école accessible qui fait progresser ses élèves. Une école attachante, dynamique, avec un engagement fort de tous les personnels. Pour ma part, diriger cette école constitue un plaisir renouvelé et jamais démenti. »

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Un modèle public-privé unique dans le paysage de l'enseignement supérieur

L’ESIEE Paris occupe une place atypique dans le paysage français. À la fois membre d’une université publique et placée sous la tutelle consulaire de la CCI Paris Île-de-France, elle revendique un modèle public-privé inédit. Cette position lui permet, selon la direction, de conjuguer excellence académique, autonomie stratégique et proximité avec les entreprises.

Sur le plan économique, l’équilibre repose sur ce principe : environ 85 % des ressources proviennent des frais de scolarité et du financement de l’apprentissage par les entreprises, contre 15 % de financements publics. Un modèle présenté comme robuste, garantissant à la fois stabilité financière et capacité d’investissement dans la recherche, les infrastructures et la pédagogie.

Stabilisation des effectifs et montée en sélectivité

Après une phase de croissance relativement rapide -les effectifs sont passés de 1 800 à 3 000 étudiants en sept ans- l’ESIEE Paris entre aujourd’hui dans une phase de stabilisation. L’objectif affiché est de maintenir le volume tout en renforçant la sélectivité, sans pour autant remettre en cause l’accessibilité sociale.

Cette montée en sélectivité est déjà perceptible sur Parcoursup, où l’école affiche un taux d’accès autour de 50 %, comme l’indique Jean Mairesse. À partir de la session 2026, l’ESIEE Paris intègre également le Concours commun des INP (CCINP) pour le recrutement en classes préparatoires, avec environ 150 places ouvertes aux filières MP, MPI, PC, PSI, PT et TSI, renforçant ainsi sa visibilité auprès des CPGE.

 

Apprentissage, bourses et féminisation

L’apprentissage constitue l’un des piliers du projet d’établissement, avec près de la moitié des élèves ingénieurs formés sous ce statut. L’ESIEE Paris se positionne ainsi comme un acteur majeur au niveau national. Des dispositifs spécifiques ont été mis en place pour faciliter l’accès des élèves de CPGE à l’apprentissage, notamment via des parcours hybrides combinant statut étudiant et statut apprenti.

Parallèlement, l’école a développé un système de bourses internes cumulables avec celles du CROUS. Doté d’un budget annuel de 750 000 euros, ce dispositif permet des réductions de frais de scolarité pouvant atteindre 60 %. L’ESIEE compte aujourd’hui près de 28 % d’élèves boursiers.Sur le terrain de la mixité, les progrès restent mesurés. En seize ans, la proportion de femmes est passée de 10 % à 22 %. L’école multiplie les initiatives -événements de sensibilisation, partenariats associatifs, valorisation de parcours féminins- pour attirer ces publics dans des filières scientifiques et numériques historiquement masculinisées.

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Un diplôme d'ingénieurs unique, des spécialisations multiples

L’offre de formation s’articule autour de 21 filières d’ingénieurs, dont 11 accessibles par la voie de l’apprentissage, réparties en six grands domaines : informatique et intelligence artificielle, industrie 4.0, systèmes électroniques, transition énergétique et bâtiment, santé numérique et

un pôle plus singulier mêlant arts et sciences.

Vingt de ces filières relèvent d’un diplôme unique, fondé sur un référentiel de compétences commun. À cela s’ajoutent 150 heures d’enseignements transversaux, centrés sur les transitions numériques et environnementales, ainsi que trois semaines bloquées consacrées à l’éthique, à l’IA et au développement durable. Une démarche qui a conduit l’école à obtenir, en décembre 2025, le label DD&RS, reconnaissant son engagement en faveur d’une formation responsable.

Les étudiants suivent un programme de trois ans, dont une année à temps plein et deux années en apprentissage pour ceux qui choisissent cette voie.

 

Un ancrage territorial affirmé et stratégique

Implantée à la frontière des départements de la Seine-Saint-Denis et de la Seine-et-Marne, l’ESIEE Paris revendique un fort ancrage territorial dans l’Est parisien. Plus de la moitié des étudiants entrants proviennent des départements limitrophes (77, 93, 94), et 86 % des élèves sont issus de la région Île-de-France.

Le développement du « Grand Paris », avec de nouvelles lignes de transport dont la mise en service est prévue d’ici fin 2026, devrait renforcer l’accessibilité du campus de Marne-la-Vallée et consolider les liens avec les acteurs économiques et académiques locaux. L’école développe également des partenariats industriels et académiques de proximité, notamment avec la Cité Descartes et l’Université Gustave Eiffel, tout en s’ouvrant à des collaborations nationales et internationales.

 

Des partenariats académiques et industriels structurants

Sur le plan académique, plusieurs partenariats nationaux ont été noués, permettant des doubles diplômes ou des parcours d’excellence, notamment avec GEM Alpine Business School ou dans le cadre du « Parcours Talents », destiné aux élèves boursiers visant les grands corps techniques de l’État.

Côté entreprises, l’école a développé un réseau de plus de 140 partenariats actifs, s’appuyant sur 13 chaires d’enseignement et de recherche, en lien avec des acteurs industriels majeurs.

Ces collaborations visent à connecter étroitement la formation aux enjeux technologiques et économiques actuels.

Une internationalisation progressive

Sans viser une internationalisation de masse, l’ESIEE Paris développe une stratégie ciblée. Des accords ont été conclus, notamment avec BEM Tech au Sénégal, permettant à des étudiants issus de formations partenaires d’intégrer directement le cycle ingénieur. La fusion avec l’ESIPE permettra de mutualiser les services internationaux et d’élargir les partenariats.

Parallèlement, l’école accroît la part d’enseignements dispensés en anglais. Certaines filières, notamment en intelligence artificielle et cybersécurité, sont déjà proposées entièrement en anglais. L’objectif de l’école est de proposer, d’ici 2027, un semestre entièrement dispensé en anglais dans dix filières.

Former l'ingénieur à l'ère de l'IA

Face aux transformations induites par l’intelligence artificielle, l’ESIEE Paris mise sur une approche prospective. Son conseil scientifique, présidé par Yann Le Cun (Prix Turing 2025), pionnier du deep learning et alumni de l’ESIEE Paris, oriente la stratégie en matière d’intelligence artificielle et accompagne la réforme des programmes. Le conseil scientifique comprend également des personnalités de renom comme Cédric Villani, mathématicien et ancien député ou encore Sylvie Retailleau (ex-ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche).

L’innovation pédagogique et scientifique reste au cœur de la stratégie de l’école. L’ESIEE Paris a notamment lancé un observatoire des carrières et des métiers afin d’anticiper l’évolution des compétences et développe des travaux de recherche sur l’impact des IA génératives dans l’enseignement supérieur, interrogeant notamment le risque de fracture numérique entre étudiants. L’objectif est de former des ingénieurs capables de maîtriser des outils d’IA tout en développant leur esprit scientifique.

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