À l’approche de ses 40 ans, le programme Erasmus+ s’impose comme l’un des outils les plus puissants de la construction européenne. C’est le message qu’a porté Nelly Fesseau, directrice de l’Agence Erasmus+ France / Éducation Formation, lors de la conférence de presse organisée à la Maison de l’Europe à Paris, lundi 18 mai 2026. Dans un monde marqué par de profonds bouleversements géopolitiques, économiques, écologiques et technologiques, Erasmus+ se réinvente. « Nous nous sauverons avec les jeunes et par les jeunes. » « La première richesse de l’Europe, ce sont les hommes et les femmes », disait Jean-Marc Sauvé qui à été mentionné dans ce point presse.
Par Félix Guillaume
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L’année 2026 s’inscrit dans un contexte de mutations profondes du marché du travail : intégration de l’intelligence artificielle, transitions écologique et numérique, montée en puissance des besoins dans des secteurs comme la santé, et tensions géopolitiques persistantes. Dans ce paysage instable, Erasmus+ joue un rôle de stabilisateur européen, en favorisant la mobilité, les échanges interculturels et le développement de compétences transversales essentielles.
Longtemps associé à la seule mobilité étudiante, le programme est aujourd’hui un outil européen complet qui accompagne des parcours tout au long de la vie : élèves, apprentis, étudiants, jeunes volontaires, adultes en formation, demandeurs d’emploi, enseignants et formateurs.
Des chiffres qui témoignent de l’impact
- 200 000 mobilités financées en France en 2025, sur l’ensemble des secteurs éducation, formation, jeunesse et sport
- Plus de 2 millions de bénéficiaires français depuis la création du programme en 1987 (16,5 millions à l’échelle européenne)
- 89 % des bénéficiaires ressentent encore un impact positif sur leur vie professionnelle cinq ans après leur Erasmus+
- 88 % estiment avoir significativement amélioré leurs compétences techniques et transversales
- Selon les données du Céreq, les jeunes ayant bénéficié d’une mobilité encadrée accèdent à leur premier emploi en 4 mois en moyenne, contre 5,5 mois sans mobilité internationale
Comme le souligne Hélène Derrien, « Erasmus+ démarque surtout au niveau des compétences : « La mention d’une expérience Erasmus+ sur un CV constitue donc un signal positif pour les recruteurs, traduisant une adaptabilité, une autonomie et une aptitude à évoluer dans des environnements internationaux.
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C’est probablement la confusion la plus répandue par rapport au programme : Erasmus+ n’est pas uniquement réservé aux étudiants du supérieur. Le programme couvre en réalité six secteurs distincts : l’enseignement scolaire, l’enseignement supérieur, l’enseignement et la formation professionnels (apprentis, lycéens professionnels), l’éducation des adultes, la jeunesse au sens de l’éducation non formelle et le sport.
Concrètement, cela signifie qu’un collégien peut partir en échange scolaire en Allemagne, qu’un apprenti boucher peut effectuer un stage dans un restaurant espagnol, qu’un enseignant du premier degré peut se former en Finlande ou qu’une association de jeunes peut monter un projet d’échanges interculturels avec des homologues polonais. Tous ces projets peuvent bénéficier d’un financement Erasmus+.
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Depuis 2015, les mobilités Erasmus+ de l’enseignement supérieur intègrent les stages, renforçant la dimension professionnalisante d’un programme déjà ancré dans la formation professionnelle. Le résultat est spectaculaire : le nombre de stages a presque triplé en quatre ans, passant de 20 589 mobilités en 2021/2022 à 59 918 en 2024/2025. La part des stages professionnalisants représente désormais 60 % des mobilités des apprenants de l’enseignement supérieur et de la voie professionnelle, contre 50 % en 2021.
Cécile Bertrand, Ambassadrice ERASMUS+, revient pour Thotis sur les apports de son stage de 2 mois en Irlande :
“Durant l’été 2022, j’ai réalisé un stage de 2 mois à Maynooth, en Irlande, dans le cadre de mes études en école d’ingénieurs. Ce stage s’est déroulé dans un centre de recherche en énergies marines. En France, je travaillais dans la décarbonation du secteur maritime dans le cadre de mon apprentissage. Ce stage m’a permis d’aborder une nouvelle facette de ce secteur, en m’intéressant au système de production d’électricité qui utilise par exemple le mouvement des vagues, les courants ou encore les marées. Pour financer mon stage, j’ai bénéficié de la bourse Erasmus+, et notamment d’un complément à la bourse pour voyage en mobilité douce. Le trajet en train avait un objectif environnemental. C’était également une opportunité pour moi de voyager autrement, plus lentement mais avec de beaux paysages et de belles rencontres à la clé.”
A noter que la durée moyenne d’un stage Erasmus+ est de 22 jours dans la voie professionnelle et de 100 jours dans l’enseignement supérieur. Ces stages sont accessibles à tous les niveaux : CAP, Bac pro, BM, Licence, Master ou Doctorat.
La voie professionnelle, un axe de développement majeur
La dynamique dans l’apprentissage est particulièrement notable. Le nombre de CFA (Centres de Formation des Apprentis) participant au programme est passé de 308 en 2021 à 458 en 2025. La loi Maillard de décembre 2023 a encore accéléré cette tendance en élargissant l’accès à la mobilité (jusqu’à la moitié du contrat à l’étranger), en simplifiant les démarches administratives et en sécurisant les parcours (maintien de la rémunération et de la protection sociale pendant la mobilité).
Jean Arthuis, ancien ministre et eurodéputé, président d’honneur du Cercle Erasmus+, insiste : « Permettre à un apprenti de partir quelques mois à l’étranger constitue un facteur d’attractivité considérable, ce qui n’est pas négligeable dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre appelé à s’accentuer. »
Des outils pour valoriser les compétences
Pour reconnaître les compétences acquises en mobilité, le programme s’appuie sur deux outils européens clés :
- Europass : plateforme gratuite en 31 langues, avec plus de 7,3 millions de profils créés et 90 millions de CV téléchargés depuis 2020, qui permet à chaque participant de valoriser ses compétences auprès de tout employeur européen
- Youthpass : outil de reconnaissance des compétences transversales développées lors des projets Erasmus+ Jeunesse et Corps européen de solidarité. Plus de 2,1 millions de certificats délivrés en Europe depuis 2007
L’inclusion au cœur du programme
Erasmus+ s’engage à rendre la mobilité accessible à tous. Un complément « inclusion » de 250 € par mois est prévu pour les publics éloignés des opportunités. Selon les secteurs, entre 20 et 40 % des participants en bénéficient. Par ailleurs, 44 % des demandeurs d’emploi bénéficiant d’une mobilité Erasmus+ relèvent du profil « inclusion » et France Travail constate un taux de retour à l’emploi ou en formation de 65 % à l’issue de ces stages. « Porter l’ambition claire : faire de la mobilité une possibilité réelle pour tout le monde », insiste Nelly Fesseau. « La formation professionnelle est un cadre d’excellence accessible à tous. »
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