C’est à Station F, le plus grand incubateur de start-up au monde, qu’HEC Paris a convié la presse le 2 avril 2026. Au programme : étudiants formés via PACT, entrepreneurs accompagnés par Challenge +, cadres en Executive Education. Philippe Oster, directeur des affaires internationales de l’école, y a dressé le bilan de cinq années d’accélération stratégique sur le continent africain et posé les jalons d’une ambition résolument tournée vers l’avenir.

Par Valentine Dunyach

HEC en Afrique : un engagement ancré, une accélération nette

L’histoire d’HEC Paris en Afrique remonte à 2007, avec les premières formations destinées aux dirigeants du continent. Mais c’est en 2018 qu’elle prend une nouvelle dimension, avec l’ouverture d’un bureau de représentation à Abidjan. Depuis, la dynamique s’est considérablement accélérée : l’Afrique ne se résume plus à un vivier de talents à former, mais s’impose comme un espace d’ancrage, d’innovation, d’entrepreneuriat et de leadership.

Philippe Oster, directeur des affaires internationales d’HEC Paris, revient sur la trajectoire de l’engagement de la business school sur le continent africain : « En cinq ans, HEC Paris a changé d’échelle en Afrique. Nous sommes passés d’initiatives pionnières à un modèle cohérent, structuré, avec un impact mesurable. Notre conviction est simple : il est essentiel d’accompagner les trajectoires dans toute leur chaîne de valeur, depuis l’accès aux formations d’excellence jusqu’à la création d’entreprise et à la montée en compétences des décideurs, afin de faire émerger une nouvelle génération de talents capables de se former, d’entreprendre, de diriger et d’investir durablement sur le continent. »

Le modèle d’engagement de l’école sur ce territoire repose sur trois grands volets : l’égalité des chances, l’entrepreneuriat et la formation des décideurs. HEC Paris se distingue par une forte ouverture internationale : ses programmes diplômants réunissent 136 nationalités, avec un équilibre entre étudiants français et internationaux, parmi lesquels 15 à 20 % sont originaires du continent africain.

Premier pilier - ouvrir l'accès aux formations d'excellence avec PACT Afrique

Lancé il y a cinq ans, le programme PACT Afrique d’HEC Paris part d’un constat simple : les profils africains à fort potentiel se heurtent à des freins structurels : autocensure, manque d’information sur les concours, difficultés de financement. HEC Paris et sa Fondation y répondent en accompagnant gratuitement des étudiants issus de cinq pays : la Côte d’Ivoire, le Cameroun, le Gabon, le Sénégal et le Bénin.

Le dispositif est complet : préparation intensive de douze heures par semaine pendant cinq mois, cours de préparation aux tests, formation en anglais, coaching carrière et mentorat assuré par la communauté alumni HEC Paris. Les résultats sont tangibles : plus de 2 800 candidatures enregistrées, près de 580 étudiants accompagnés (dont 110 actuellement en cours), 60 intégrés au campus de Jouy-en-Josas, 60 dans d’autres  grandes écoles, et 350 jeunes directement insérés sur le marché du travail. L’ambition affichée est désormais claire : préparer à terme 500 étudiants par an au concours et permettre à 50 d’entre eux d’intégrer chaque année HEC Paris.

Ancienne élève de l’École Polytechnique de Dakar, Aïta Ndir, Sénagalaise, a découvert le programme PACT par hasard, via une amie d’HEC Montréal. Elle devient la première Sénégalaise issue de ce programme à intégrer le Master in Management d’HEC Paris, après cinq mois d’accompagnement intensif. Elle décrit le campus comme un choc à la fois climatique et interculturel ; 136 nationalités y sont représentées. Elle revient sur son arrivée dans l’école : « À HEC, grâce à PACT, j’ai été en contact avec des Africains qui avaient la même ambition que moi. Cette exposition collective à l’ambition est une expérience incroyable. »

Son projet après le diplôme est clair : revenir au Sénégal, créer un réseau HEC local, devenir entrepreneuse et professeure. « Je suis un produit de l’école publique sénégalaise et j’ai toujours voulu rendre ce que j’ai reçu. », souligne-t-elle.

Diplômé de l’INPHB et en dernière année de PGE à HEC Paris, Jean-Michel Aloukpé Ivoirien, est lui aussi passé par PACT. Il préside actuellement l’association PACT & Friends, qui organise des conférences business sur le campus, des expositions artistiques, ou encore des programmes de mentorat pour les nouveaux candidats africains.

L’association bénéficie du soutien de l’école : « Il y a un vrai besoin de rendre ce que l’on a reçu. Aujourd’hui, HEC nous soutient dans tout ce que l’on fait. »

Son projet professionnel : créer un cabinet de conseil au service des grands enjeux de développement -santé et éducation- avec une étape à Casablanca avant de s’établir en Côte d’Ivoire.

Pour en savoir plus sur cette école, découvre notre page dédiée aux CPGE

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Deuxième pilier - l'entrepreneuriat africain change d'échelle avec Challenge +

Développé à Paris au début des années 1990, Challenge+ est le programme historique d’accompagnement de projets à fort potentiel de croissance d’HEC Paris. Lancé à Abidjan en 2021 puis à Dakar en 2023, il s’est imposé comme un catalyseur de l’entrepreneuriat en Afrique francophone. En cinq ans, il a accompagné 140 entrepreneurs, avec un taux de féminisation de 46 %. Trois ans après leur passage, 93 % des entreprises sont toujours en activité, et le programme a contribué à la création de 340 emplois et à 5 millions d’euros de levées de fonds. Plus largement, l’ensemble des dispositifs entrepreneuriaux portés par HEC Paris a permis d’accompagner plus de 350 entreprises et de sensibiliser 1 200 étudiants à l’entrepreneuriat. La grande école de management affiche par ailleurs 16 licornes issues de son écosystème en France et plus de 16,5 milliards de dollars levés sur les cinq dernières années. L’ambition pour l’Afrique est désormais explicite : faire émerger la première licorne africaine.

Après 18 ans en France, dont 10 en CDI dans une banque, Fatou Dieng,Sénégalaise, développait en parallèle une plateforme de shopping en ligne pour les personnes vivant en Afrique. Encouragée à structurer son projet, elle découvre Challenge + via un séminaire à l’ambassade de France. Elle est aujourd’hui incubée à Station F : « Je voulais quelque chose de plus grand et je me suis dit ‘pourquoi ne pas faire un Vinted africain ?’ », explique-t-elle.

Elle démissionne ainsi de la Banque, rejoint HEC Challenge + à Dakar, puis intègre l’incubateur HEC Paris à Station F. Son projet devient Maket -une marketplace de seconde main mettant en avant les designers africains, en phase avec les nouveaux usages du continent et les enjeux environnementaux- avec un objectif de retour au Sénégal.

« Entreprendre, c'est bien. Entreprendre avec un écosystème, c'est mieux. On gagne dix ans. », insiste Philippe Oster

Juriste de formation installée à Paris, Tchancia Yoro, Ivoirienne, a toujours su qu’elle rentrerait en Côte d’Ivoire. Le déclic est venu avec le Covid-19. Elle intègre Challenge + avec un projet immobilier, qu’elle transforme en chemin pour créer Maison Abylou, une maison de parfum de luxe valorisant les matières premières locales : « HEC Challenge+ Afrique a été un accélérateur décisif dans mon parcours. Le programme m’a permis de structurer mon projet, d’affiner ma vision stratégique et d’accéder à un réseau d’acteurs influents dans mon secteur. »

Après 21 ans chez Orange en France, Coumba Ba, Sénégalo-française, accompagne désormais la diaspora dans ses projets d’investissement immobilier et professionnel en Afrique de l’Ouest à travers Terrafrika Group. Son passage par HEC Paris lui a apporté le cadre stratégique pour structurer et systématiser son activité : « HEC Paris : une expérience incomparable. Ce que ça m’a apporté avant tout, c’est un cadre. »

Troisième pilier - l’Executive Education : former les décideurs sur place

Le troisième volet de l’action d’HEC Paris en Afrique s’adresse aux cadres et dirigeants en activité sur le continent. À travers des programmes comme le GEMM (Global Executive Master in Management) et Lead Campus : Sustainable Leadership in Africa, plus de 300 dirigeants et 600 cadres d’institutions majeures ont déjà été accompagnés. L’objectif commun : mieux préparer les décideurs aux grands défis économiques, technologiques, sociaux et environnementaux du continent.

Marine, cadre au sein d’un groupe panafricain présent dans une vingtaine de pays (télécoms, fintech, énergies renouvelables), a suivi un parcours itinérant de six mois dans plusieurs pays africains, de Cape Town à Rabat. Sa promotion comptait 12 nationalités différentes.

Elle revient sur son expérience avec HEC en Afrique : « Cette immersion donne une autre approche de l’apprentissage. Ce que l’on en retire est surtout une vraie confiance en soi et de meilleures clés de lecture pour avancer en tant que dirigeant. »

La ``repatriation`` : une dynamique positive et circulaire

Loin d’alimenter une logique de fuite des cerveaux, HEC Paris observe une dynamique croissante et positive de retour vers le continent. Plus de 30 % des participants aux programmes de l’école déployés en Afrique sont issus de la diaspora et s’appuient sur ces formations pour préparer une réinstallation durable. Ce mouvement, renforcé depuis le Covid-19, concerne aussi bien de jeunes diplômés que des entrepreneurs ou des cadres expérimentés.

Pour Philippe Oster, « Nous assistons à un basculement des trajectoires. Longtemps linéaires, on quittait le continent, on se formait en France, puis on s’y installait, elles deviennent aujourd’hui circulaires. Les talents se forment, acquièrent une exposition internationale, puis choisissent de revenir pour entreprendre, investir et construire, avec des retours de plus en plus précoces. »

Ce changement de regard est au cœur de la vision portée par l’école : « Ce que cela change profondément, c’est la perception : quitter l’Europe pour entreprendre en Afrique n’est plus un renoncement, mais une opportunité d’impact, de création de valeur, et d’être au cœur des transformations tout en donnant du sens à sa trajectoire. »

Un engagement complet sur la formation

Au-delà du cadre académique, HEC Paris défend une vision stratégique simple : former, entreprendre et diriger ne relèvent plus de dynamiques isolées, mais d’un même continuum. L’école entend jouer un rôle stratégique de long terme, là où formation, expérience internationale, retour et ancrage local se renforcent mutuellement.

Si l’action est aujourd’hui principalement centrée sur l’Afrique francophone, les prochaines étapes porteront sur l’Afrique anglophone. L’objectif : faire émerger une nouvelle génération de leaders à fort impact et, avec elle, la première licorne africaine issue de l’écosystème HEC Paris.

HEC Paris revient sur cinq années d’engagement en Afrique