Chaque année, le congrès de l’Aphec (Association des professeurs de classes préparatoires économiques et commerciales) réunit les enseignants de CPGE EC et les grandes écoles pour faire le point sur la filière. Pour l’édition 2026, emlyon business school ouvre les portes de son campus lyonnais, l’occasion pour Isabelle Huault, directrice générale de l’école, de rappeler l’attachement d’emlyon au vivier des classes préparatoires, et pour Alain Joyeux, président de l’Aphec, de dresser un état des lieux lucide sur les défis qui attendent la filière.
En accueillant le congrès 2026 de l’Aphec, emlyon business school envoie un signal clair sur sa relation avec les classes prépa. « Accueillir le congrès des professeurs de classes prépa, pour nous, c’est une manière de redire l’attachement que l’on porte aux classes prépa », déclare Isabelle Huault en ouverture des débats. La directrice générale rappelle qu’emlyon recrute environ 650 étudiants issus de classes préparatoires chaque année, toutes filières confondues (ECG, littéraires et scientifiques), représentant plus de 177 classes prépa différentes à travers la France.
Pour Isabelle Huault, le profil forgé en prépa correspond précisément aux fondamentaux que cultive emlyon : excellence académique adossée à la recherche, capacité de problématisation, réflexivité. « Ce sont des compétences qui nous semblent très importantes, le terreau sur lequel on va construire leur parcours de formation plus professionnalisant, avec des qualités qui sont aujourd’hui encore plus indispensables dans le monde très complexe et incertain dans lequel on évolue », précise-t-elle lors de son allocution. Alain Joyeux remercie chaleureusement emlyon et ses équipes pour l’accueil réservé aux quelque 200 professeurs réunis pour ces deux journées.
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Avant d’entrer dans le vif des sujets, Alain Joyeux remet en perspective les données d’effectifs. À la rentrée 2025, les prépas ECG ont enregistré une baisse de 5 %, quand les ECT progressaient de 6 %. Le président de l’Aphec tempère toute lecture alarmiste : depuis la rentrée 2004, sur vingt-trois années, on compte neuf années de baisse et treize années de hausse. Sur vingt ans, les effectifs des classes préparatoires économiques et commerciales ont progressé de 24,3 % en valeur absolue, dans le même temps où la population étudiante globale augmentait de 33 %. « Il n’y a pas de déclin des classes préparatoires », martèle-t-il. Signe encourageant : le nombre de candidats Parcoursup sur la voie EC a gagné 1 000 candidats à la dernière rentrée. « On est vraiment dans les radars des lycéens », relève-t-il.
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La réflexion sur les concours occupe une large place dans les échanges. Christine Pires, vice-présidente de l’Aphec et professeur de langues, alerte sur une réalité difficile à ignorer : depuis la suppression de l’épreuve IENA et le passage des langues vivantes en contrôle continu au lycée, le niveau à l’entrée en prépa a chuté, et les étudiants investissent proportionnellement moins dans les matières qui pèsent peu sur leur classement final. « Le poids des langues a de facto baissé dans les prépas. L’inspection générale constate nos difficultés face à ce un désengagement », reconnaît-elle.
Pour Christine Pires, apprendre une langue ne se résume pas à un outil de communication : c’est une manière de penser et d’appréhender d’autres aires culturelles, une dimension qui résonne directement avec les ambitions d’emlyon en matière d’ouverture internationale.
emlyon profite du congrès pour annoncer une refonte de ses épreuves orales d’admission à l’horizon 2028. L’école conserve les épreuves de langues (LV1 et LV2) et introduit une nouvelle épreuve logico-mathématique quantitative. « Dans une économie technologisée, il est important que nos étudiants soient bien équipés sur le plan scientifique à l’entrée pour pouvoir suivre nos enseignements tech ou IA », explique Isabelle Huault. L’épreuve de personnalité évolue en deux temps : une phase collective pour évaluer les qualités de « maker » (capacité à s’engager, à prendre des initiatives, à écouter, à reconnaître l’autre dans sa singularité), puis un entretien individuel avec trois cartes au lieu de quatre, sur une vingtaine de minutes. Le tout se déroule sur une même journée.
56 % des terminales ne suivent plus de maths aujourd’hui, et seulement 13 % de ceux qui choisissent les spécialités HGGSP, SES ou similaires optent pour maths complémentaires. Une contradiction structurelle qui pose la question d’un parcours ECG avec moins de mathématiques, idée que le président de l’Aphec balaie sans ambiguïté : « C’est un peu à contre-temps de l’histoire et de l’économie. » Pour Alain Joyeux, le vrai chantier n’est pas de supprimer les maths mais de les repenser. « Il ne faut peut-être pas raisonner simplement en termes de nombre d’heures de maths. Mais quels contenus, et même quelle appellation ? Maths approfondies pour un jeune qui n’est pas un scientifique, ça ne parle pas. Il y a le data, il y a l’IA, il y a beaucoup de choses derrière. »
Reste que si les grandes écoles veulent maintenir un haut niveau en maths, elles doivent aussi valoriser davantage les parcours « Maths approfondies » dans leurs coefficients. « Si vous avez un écart de coefficient nul ou simplement d’un ou deux, les bons en maths vont se dire que maths appliquées est plus rentable. Et on le voit : cette année, trois lycées, et pas des moindres, transforment maths approfondies en maths appliquées. Il y a neuf demandes officielles en ce sens », observe Alain Joyeux. Christine Pires confirme le phénomène depuis les salons d’orientation : les familles elles-mêmes orientent stratégiquement leurs enfants vers maths appliquées, anticipant de meilleures performances au concours. Un cercle vicieux qui fragilise à terme le niveau scientifique des promotions et interroge sur la cohérence du signal envoyé par les écoles.
