À l’occasion d’un point presse organisé au sein de l’institution, la directrice générale de l’École du Louvre Claire Barbillon a dressé un état des lieux de l’école et de ses ambitions, entre ouverture sociale, recherche de financements et adaptation aux transformations du secteur.
Par Valentine Dunyach
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Placée sous la tutelle du ministère de la Culture, l’École du Louvre forme depuis la fin du XIXᵉ siècle des étudiants aux métiers de l’archéologie, de l’histoire de l’art et du patrimoine. Son enseignement, qui couvre également la muséologie et les techniques de conservation, repose sur un équilibre entre apports théoriques et étude directe des œuvres. Les cours sont majoritairement assurés par des conservateurs et des professionnels du patrimoine, en prise avec les réalités du terrain. Cet ancrage historique s’incarne aussi dans un lieu d’exception.
Claire Barbillon, directrice générale de l’École du Louvre, souligne la situation exceptionnelle de son établissement : “Nous avons une chance folle d’être situé ici, au cœur de cet écosystème formidable”. À ses fenêtres, Le musée d’Orsay, le Musée des Arts décoratifs et à deux pas, tous les musées de la capitale française. L’établissement jouit en effet d’un emplacement unique qui fait sa force : le campus de l’École du Louvre est ainsi niché dans le Palais même.
Mais la directrice tient à freiner les idées reçues qui perdurent parfois concernant l’École du Louvre : “L’image de l’École du Louvre s’accompagne parfois de ce vieux cliché de l’École de bonne famille. Je peux vous dire que ce n’est plus le cas”, assure-t-elle.
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Aujourd’hui, l’École du Louvre affiche un taux de 30 % de boursiers sur critères sociaux et 70 % des élèves viennent de familles résidant hors de Paris ou de l’Île-de-France, selon Claire Barbillon. “Ce qui fait de l’École du Louvre un établissement vraiment national”, souligne la directrice, rappelant que l’école accueille des jeunes venus de l’ensemble du territoire métropolitain mais aussi de la Réunion ou des Antilles.
Face au défi du logement étudiant, l’école a ouvert une “Maison des Élèves”, résidence de 1 500m2 située dans le 6ème arrondissement de Paris, entièrement mécénée. Vestige des maisons de soeurs, l’établissement accueille près de 50 jeunes de première année, pour un loyer accessible. Les résultats de cette proximité géographique et du cadre induit par ces logements sont probants, indique la directrice de l’école : “Ces jeunes-là réussissent 17 % mieux que le reste de la promotion”, se félicite-t-elle. Un succès qui illustre sa volonté de transformer “le discours de l’égalité des chances en égalité devant la réussite”.
Depuis près de 20 ans, l’École du Louvre est engagée pour l’Égalité des chances. L’École du Louvre et la Fondation Culture & Diversité conduisent par exemple un programme commun en ce sens. Cela se traduit concrètement par l’accompagnement de lycéens, de la découverte des métiers du patrimoine à la préparation au concours d’entrée. Le programme a accompagné 3 800 lycéens depuis sa création, pour une admission de 166 élèves à l’École du Louvre.
En parallèle, l’École du Louvre déploie depuis plusieurs années une politique active de bourse : bourses de vie, bourses de recherche ou encore bourse de mobilité.
Le Fonds de dotation de l’École du Louvre a mené une campagne de financement participatif du 28 avril au 31 décembre dernier, qui a permis de récolter 131 860 euros. Cette mobilisation répond à une situation préoccupante : près d’un tiers des étudiants de l’école du Louvre se trouve aujourd’hui en situation de précarité. Les fonds récoltés seront attribués aux bourses de vie et à des aides à destination des plus fragiles financièrement.
Claire Barbillon songe à un modèle américain “redistributif” où, “lorsque l’on a bien réussi, il est tout à fait commun de redonner à son université, et parfois de grandes sommes”, confie-t-elle aux journalistes. “Princeton, Harvard, Berkeley… Ces universités peuvent en effet compter sur leurs alumni. Sciences Po semble également avoir réussi à créer cette culture du don. Nous, dans le domaine de l’histoire de l’art et du patrimoine, c’est plus compliqué”, analyse la directrice.
L’établissement a créé un fonds de dotation pendant le COVID, entre 2020 et 2021. Aujourd’hui, il atteint 1,3 million d’euros, abondé par des dons et des legs. Mais pour couvrir réellement les besoins -soit environ soixante-dix bourses par an – “il faudrait que le fonds de dotation soit rempli à dix millions”, explique Claire Barbillon. Une campagne de financement participatif l’an dernier a permis de lever 130 000 euros, “surtout en notoriété”, mais le chemin reste long.
L’école peut néanmoins compter sur un grand mécène fidèle, Majid Boustani, “un homme qui a une véritable passion pour l’art, mais qui n’est pas du tout dans le milieu de l’art par ailleurs”, dont la fille a été élève de l’institution. “Il est vraiment notre principal compagnon de route”, reconnaît la directrice avec gratitude.
L’expérience internationale est proposée à partir de la L3, mais elle est surtout très encouragée en master. “Nous organisons par exemple des séminaires à l’étranger : il en existe un avec l’école française d’Athènes à Thessalonique ou encore à Naples avec l’Université de Naples. Tous ces séminaires-là, ils sont en fait au programme du master, même si les étudiants peuvent commencer leur Erasmus dès le premier cycle. L’expérience internationale est encouragée à l’École du Louvre : “Je rêve que cela puisse être obligatoire.”. Cette ouverture à l’international s’accompagne d’une offre de formation en constante évolution.
32 spécialités au service du secteur
L’École du Louvre cultive depuis ses origines, en 1882, un lien étroit avec les musées : “Nous nous sommes toujours adaptés aux besoins des musées”, rappelle Claire Barbillon. Quand le Louvre a créé le département des Arts de l’Islam, il y a vingt ans, l’école a ouvert une spécialité correspondante. Même chose pour Byzance et les chrétientés en Orient.
Cette année, l’établissement a inauguré sa trente-deuxième spécialité : les arts et l’archéologie du judaïsme. Une création rendue possible grâce au mécénat de la Fondation Etrillard et en réponse aux besoins exprimés par Paul Salmona, directeur du Musée d’art et d’histoire du Judaïsme de Paris, qui peinait à trouver des conservateurs spécialistes. Agile, l’École s’est ainsi adaptée aux besoins du secteur.
Autre innovation majeure, répondant aux attentes du secteur : le lancement du master “Biens sensibles, Provenance et Enjeux internationaux”, créé il y a trois ans : “Cela est devenu l’un des enjeux principaux des musées”, explique la directrice, faisant allusion aux scandales de provenance ayant secoué le monde muséal ces dernières années.
Recherche et société
Preuve de sa volonté d’inscrire la recherche à l’École dans le débat de société, l’École du Louvre a par ailleurs déployé l’automne dernier un nouvel axe de Recherche : Études féministes, études de genre et intersectionnalité. Une approche visant à dégager de nouvelles perspectives et mettre au jour des œuvres exclues du canon traditionnel.
L’École du Louvre assume pleinement son exigence académique : “À l’École du Louvre, il faut apprendre. La marche est haute entre la terminale et la première année”, prévient Claire Barbillon. La directrice de l’École du Louvre explique : “Cette philosophie place l’établissement entre la classe prépa et l’université, mais plus proche de la classe prépa.”
En parallèle, l’école développe sa dimension internationale. Forte de ses plus de 40 collaborations à l’étranger dont 23 universités partenaires en Europe, Amérique, Afrique et Asie, l’École propose plus de 10 séminaires internationaux, 40 stages à l’étranger et a accueilli en 2024 près de 90 étudiants étrangers.
Les étudiants étrangers représentent environ 15 % des effectifs ; une proportion qui grimpe en deuxième cycle grâce notamment à la réputation du master de muséologie, enseigné depuis 1927, comme l’indique Claire Barbillon.
L’établissement mise aussi sur ses 13 000 auditeurs libres venant assister aux séances de l’École du Louvre, dispensées en présentiel et en distanciel, représentant plus de 50 % du budget et permettent à l’institution de limiter sa dépendance à la subvention de l’État (25 % du budget). Même si elle concède : “Nous avons encore du chemin”.
Stages, projets et insertion professionnelle
Pour Claire Barbillon, “L’un des grands atouts de l’école est la professionnalisation des étudiants en master : 90 % d’entre eux trouvent un job s’ils se professionnalisent pendant leurs études dans le domaine culturel. Nos jeunes deviennent souvent médiateurs, conservateurs, régisseurs”, énumère la directrice, “Même si l’école forme aussi des commissaires-priseurs, galeristes ou journalistes spécialisés.”.
En termes de stages : 650 conventions de stages par an, des campagnes de médiation culturelle comme Art Basel. Comme le souligne la directrice de l’École, l’une des grandes forces de l’école est son réseau de partenaires.
Au-delà des stages, l’École mise aussi sur des projets concrets portés par les étudiants eux-mêmes. Depuis 2018, l’École permet à un groupe de 10 étudiants -sélectionnés sur critères académiques-, d’organiser une “Expo École”. Cette année, l’exposition du projet Expo-École était en partenariat avec le Musée des Beaux-Arts de Rouen et mettait en lumière l’œuvre d’Henri et Suzanne Baderou. L’année prochaine, elle aura lieu en partenariat avec la CAPA, au sein même de l’institution et sera ouverte au public.
Avec ses partenariats, ses innovations pédagogiques et sa quête de financements, l’École du Louvre entend rester fidèle à sa double mission originelle : “Former des conservateurs et des visiteurs éclairés.”
Crédit : École du Louvre
