Conduite, maintenance, logistique : les métiers de la mobilité recrutent (et forment) à tous les niveaux

Formation professionnelle, apprentissage, intelligence artificielle, transition énergétique : les métiers de la mobilité traversent une période de mutations profondes. Pour en comprendre les enjeux, la Thotis a donné la parole à Isabelle Maimbourg, directrice générale d’OPCO Mobilités. Une interview illustrant un écosystème bien plus vaste et accessible qu’on ne l’imagine.

Par Valentine Dunyach

Qu'est-ce qu'un OPCO ?

Dans le paysage de la formation professionnelle, souvent perçu comme complexe, les opérateurs de compétences (OPCO) jouent un rôle de pivot discret mais déterminant. Il en existe onze en France, chacun couvrant un périmètre de branches professionnelles défini par les partenaires sociaux. Leurs missions principales : financer les formations des salariés et des alternants, mais aussi accompagner les entreprises dans l’identification de leurs besoins en compétences et dans la gestion prévisionnelle des emplois et des parcours professionnels (GEPP).

Concrètement, un OPCO se situe à l’interface entre le monde de l’entreprise et celui de la formation. Il finance l’apprentissage, les contrats de professionnalisation, les plans de développement des compétences des salariés, mais aussi des dispositifs moins connus comme les POEC (Préparations opérationnelles à l’emploi collectives), destinées aux demandeurs d’emploi qui souhaitent se reconvertir. À cela s’ajoutent des missions de promotion des métiers, d’observation des marchés du travail et de prospective sur les évolutions sectorielles.

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OPCO Mobilités : l’automobile, la logistique, les services, et les transports sous toutes leurs dimensions

OPCO Mobilités est, parmi ces onze opérateurs, celui dédié aux métiers de la mobilité au sens le plus large du terme. « Nous couvrons les métiers du transport au sens large : marchandises, voyageurs, aussi bien sur la mer que sur les fleuves, sur la route que sur le rail », résume Isabelle Maimbourg. Le périmètre s’illustre ainsi, par exemple, par les transports routiers, les transports urbains, la RATP, les ports de plaisance, le ferroviaire, le maritime, la navigation intérieure, les services de l’automobile, sans oublier les agences de voyages. Au total, 17 branches professionnelles sont représentées.

Les chiffres 2025 donnent la mesure de l’activité : 1,2 milliard d’euros engagés, 70 millions d’heures de formation financées, 479 448 stagiaires formés et 73 773 alternants accompagnés, au bénéfice de 53 879 entreprises. Sur la seule section plan de développement des compétences, 50,3 millions d’euros ont permis de former 82 786 salariés, pour une durée moyenne de 19 heures et un coût moyen de 488 euros par formation.

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Les grandes familles de métiers : bien au-delà du volant

La première image qui vient à l’esprit quand on pense aux métiers de la mobilité, c’est celle du conducteur. Si ce n’est pas complètement faux, cela reste très incomplet. « Deux grandes familles de métiers traversent quasiment toutes nos branches : la conduite et la maintenance », explique Isabelle Maimbourg. Conduire un camion, un RER, un TGV ou un ferry relève de la même famille professionnelle, déclinée en autant de spécialités.

Mais OPCO Mobilités couvre aussi une troisième famille, souvent méconnue : la logistique, avec ses métiers de préparateur de commandes, de responsable d’exploitation, de gestionnaire d’entrepôt. Et, plus surprenant encore, les métiers de la douane « peu connus, mais qui s’inscrivent dans la continuité de la logistique », rappelle la directrice générale. Des postes qui vont du commis de douane, chargé de maîtriser la réglementation européenne, jusqu’à des fonctions de direction accessibles après un master ou une grande école.

Cette diversité se reflète dans les niveaux d’entrée : les parcours s’étalent ainsi de l’infra-bac (préparateur de commandes, conducteur en reconversion), jusqu’au doctorat pour certains postes d’ingénierie ou de recherche.

Des enjeux différenciés selon les modes de transport

Les défis auxquels font face ces secteurs ne sont pas uniformes, et c’est là l’une des spécificités d’OPCO Mobilités. « Les enjeux varient sensiblement selon le mode de transport », souligne Isabelle Maimbourg.

Dans le transport urbain et interurbain, la priorité est au recrutement : le secteur connaît un vieillissement des effectifs, avec une accélération des départs à la retraite. L’enjeu est moins de transformer les compétences que d’attirer et fidéliser de nouveaux talents.

Pour le secteur de l’automobile, la transition énergétique est déjà en cours. L’électrification du parc automobile modifie en profondeur les métiers de la maintenance. « Nous allons traverser une période hybride, qui implique de conserver des compétences à la fois thermiques et électriques, avec des exigences de sécurité et de sûreté différentes », analyse Isabelle Maimbourg. Les valises de diagnostic ont remplacé la clé plate, et les techniciens d’aujourd’hui doivent maîtriser l’électronique embarquée autant que la mécanique traditionnelle, ce qui ouvre des perspectives de qualification plus élevées, du bac+2 au bac+4.

Le transport routier de marchandises suit un calendrier différent : l’électrification des poids lourds est encore en phase d’expérimentation, mais la mutation des compétences de maintenance est inéluctable à moyen terme. Le transport maritime, quant à lui, opère selon des délais encore plus longs, liés aux cycles de renouvellement des flottes et aux réglementations internationales.

Intelligence artificielle : un outil au service du conseiller humain

L’IA est sur toutes les lèvres, y compris dans les métiers de la mobilité. Mais son impact, selon Isabelle Maimbourg, est à nuancer selon les secteurs. Dans la conduite, les systèmes d’aide (ADAS) sont déjà présents mais ne bouleversent pas structurellement les métiers : c’est davantage en amont, dans la conception des véhicules, que l’IA transforme les process.

Le cas des agences de voyages est particulièrement instructif. OPCO Mobilités a conduit une étude avec les entreprises du secteur sur l’impact de l’IA à court et moyen terme. L’un des enseignements majeurs : les acteurs ont choisi d’utiliser l’IA pour renforcer la valeur humaine du conseil. La génération d’offres et les moteurs de recherche sont confiés à l’algorithme, tandis que l’agent de voyage concentre son expertise sur l’accompagnement personnalisé et la gestion des imprévus. « La vraie valeur ajoutée de l’agent de voyage intervient après la recherche automatisée par le particulier ; et elle n’est pas transférable à une intelligence artificielle », note Isabelle Maimbourg.

Dans les métiers de la douane, l’IA prend en charge les tâches répétitives de vérification réglementaire, libérant les agents pour des missions à plus forte valeur ajoutée. Une logique de complémentarité, et non de substitution.

L'apprentissage : une voie d'excellence sous tension

La réforme de l’apprentissage engagée en 2018 a profondément transformé l’accès à l’alternance en France, avec des résultats spectaculaires : les contrats d’apprentissage représentent désormais 94 % des engagements d’alternance d’OPCO Mobilités, pour un total de 879,4 millions d’euros finançant 66 261 contrats en 2025. Toutefois, les chiffres témoignent d’un ralentissement : -13 % en montants et -5 % en nombre sur un an.

Isabelle Maimbourg porte sur cette évolution un regard lucide : « Cette réforme a représenté une avancée considérable pour les jeunes et pour l’égalité des chances dans l’accès à la formation supérieure », reconnaît-elle. Mais elle formule une réserve : le déploiement s’est fait sans véritable régulation, et le rééquilibrage actuel, parfois vécue comme un frein, est en réalité une nécessaire remise à l’échelle. « Ce n’est pas tant une réduction de l’accès à l’apprentissage qu’une régulation. Le passage sera un peu compliqué, mais l’apprentissage reste une voie d’excellence et une voie d’avenir. »

Pour elle, l’alternance reste fondamentalement une réponse au paradoxe de l’expérience : les entreprises demandent de l’expérience à des candidats qui, par définition, n’en ont pas encore. L’alternance résout cette équation en offrant une immersion longue dans le monde professionnel ; une période d’essai étendue, profitable aux deux parties.

Un message aux jeunes : “N’hésitez jamais, explorez, parcourez !”

Pour conclure l’entretien, Isabelle Maimbourg adresse un message direct aux jeunes qui hésitent à s’orienter vers les métiers de la mobilité. Son argument : la multimodalité des transports se double d’une multimodalité des parcours de formation. De l’infra-bac au doctorat, toute la chaîne est couverte, tous les profils sont accueillis. « N’hésitez jamais, explorez, parcourez… C’est comme cela que vous trouverez le secteur où vous pourrez vraiment vous épanouir. »

Et pour ceux qui redouteraient de ne pas être à la hauteur : « Il n’y a qu’un seul frein : vous-même. Dès lors que vous avez le savoir-être, nous sommes là pour assurer la formation et les montées en compétence. » Une invitation à dépasser les représentations, souvent réductrices, d’un secteur qui, derrière le volant et la clé à molette, cache une richesse de métiers, de niveaux et de trajectoires professionnelles que peu d’autres filières peuvent revendiquer.

Conduite, maintenance, logistique : les métiers de la mobilité recrutent (et forment) à tous les niveaux