Le 21 mai 2026, CESI École d’Ingénieurs a présenté les grandes lignes de son plan stratégique pour 2030 lors d’une conférence de presse. Sous l’impulsion de Jean-Marc Ogier, son directeur général, l’école a présenté une feuille de route, “CESI CONNECT 2030”, articulée autour de cinq axes : le renforcement de l’international et de l’interdisciplinarité, l’évolution des formations, l’accélération de la recherche et de l’innovation, l’intégration de l’intelligence artificielle dans la pédagogie et un ancrage territorial renforcé. Retour sur les ambitions de la première école d’ingénieurs de France en volume.
Par Valentine Dunyach
Créée en 1958 par des entreprises, CESI École d’Ingénieurs forme aujourd’hui 18 000 étudiants chaque année, du technicien supérieur à l’ingénieur, sur 26 campus répartis sur l’ensemble du territoire national. Son modèle est singulier ; l’école est née des entreprises et continue d’être gouvernée par elles, à travers une représentation directe des principales fédérations professionnelles (UIMM, FFB, FNTP, FFIE, Numeum et UTPF). Cinq grands domaines structurent son offre : industrie et innovation, informatique et numérique, BTP et génie civil, QSE et développement durable, management et ressources humaines.
Ce modèle s’inscrit dans un contexte national marqué par une forte tension sur les compétences scientifiques et techniques.
L’Institut Montaigne estime qu’il « faudrait former entre 60 000 et 100 000 ingénieurs supplémentaires par an » en France pour répondre aux besoins. Les filières du nucléaire et de l’hydrogène prévoient chacune environ 100 000 recrutements d’ici 2030. Les besoins sont également très importants dans la cybersécurité, la mobilité intelligente, la robotique, les systèmes embarqués et la transition énergétique, autant de secteurs clés pour la souveraineté industrielle française.
Face à cette demande, l’offre peine à suivre. Entre 2014 et 2023, les profils scientifiques dans les écoles d’ingénieurs ont reculé de 23 %, au profit des écoles de management. Les femmes restent largement sous-représentées dans les parcours scientifiques post-bac, avec seulement une moyenne de 25 % de profils féminins. C’est dans ce contexte, que CESI CONNECT 2030 a été conçu, fruit d’une année de réflexion et de diagnostic menée avec l’ensemble des parties prenantes de l’école.
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Premier axe du plan : l’évolution en profondeur des formations. CESI École d’Ingénieurs entend garantir à chaque étudiant, quel que soit son campus, un socle commun d’exigence et une expérience académique homogène. Cela se traduit dès 2026 par une harmonisation pédagogique sur les 26 campus, le renforcement des enseignements en sciences sociales, économie, finance et gestion d’entreprise, et une intégration systématique des plateformes technologiques dans tous les cursus.
La pédagogie active est présentée comme l’une des marques de différenciation de l’école. Jean-Marc Ogier dit avoir été marqué, à son arrivée, par la place accordée au développement conjoint des soft skills et des compétences technologiques, ainsi que par l’homogénéité des enseignements sur le territoire et la forte proximité avec les entreprises.
Le plan prévoit également une transformation du modèle d’admission, avec l’ambition d’un dispositif à la fois plus sélectif et plus équitable. Une nouvelle architecture de parcours doit simplifier la compréhension des cursus, renforcer les passerelles entre formations et fluidifier les trajectoires académiques ; notamment pour permettre aux étudiants issus de filières techniques d’accéder plus facilement au cursus ingénieur. Des dispositifs de réorientation sont également à l’étude pour limiter l’échec en première année.
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L’intelligence artificielle occupe une place centrale dans CESI CONNECT 2030. La philosophie de l’école en la matière est la suivante : faire de l’IA un levier d’exigence académique, de personnalisation des parcours, de prévention du décrochage et de promotion sociale, sans pour autant standardiser les apprentissages.
Une première étape est déjà engagée, avec le déploiement de plateformes intégrant des fonctionnalités d’IA et d’adaptive learning, notamment en mathématiques et en anglais. À terme, le plan prévoit des parcours personnalisés, un tutorat scientifique intelligent, des outils de suivi de la progression académique et des dispositifs de détection précoce des risques de décrochage. Dès l’admission, l’IA permettra d’identifier les besoins spécifiques des candidats pour leur proposer des parcours de mise à niveau avant l’entrée en formation.
L’école prévoit également la mise en place d’un portfolio vectorisé de compétences, croisant résultats académiques, retours enseignants, expériences extrascolaires et compétences acquises ; un outil destiné à aider les étudiants à mieux identifier les opportunités correspondant à leur profil réel, et à lutter contre l’autocensure sociale.
« L’intelligence artificielle doit nous permettre d’être plus exigeants et plus justes. Elle doit aider chaque étudiant à progresser, sécuriser les apprentissages, prévenir les ruptures de parcours et révéler les potentiels », souligne Jean-Marc Ogier.
L’objectif final est de former des étudiants capables de conserver leur esprit critique tout en devenant de véritables « chefs d’orchestre » de l’IA.
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CESI CONNECT 2030 porte une conviction pédagogique forte : les défis industriels et sociétaux contemporains ne seront pas résolus par des profils isolés, mais par des équipes pluridisciplinaires capables de combiner les compétences. La feuille de route prévoit de renforcer les doubles diplômes avec des écoles de management déjà partenaires, comme KEDGE Business School et l’EM Normandie, et d’en développer d’autres. Un département dédié aux sciences humaines et sociales appliquées sera également créé, afin de permettre aux ingénieurs de développer les soft skills attendus par les entreprises.
Sur le front de la recherche, l’école d’ingénieurs entend renforcer le rôle de CESI LINEACT, son unité de recherche intégrée, comme moteur de sa stratégie scientifique, avec pour ambition de faire de la recherche appliquée un levier direct des grandes transformations industrielles, numériques, environnementales et organisationnelles.
Sur la période 2026-2030, l’école prévoit une réorganisation de ses équipes de recherche, un alignement avec les grandes orientations européennes et nationales (Horizon Europe, ANR), le développement de thèses industrielles, la création de nouveaux LabCom et le déploiement de chaires industrielles. « La recherche ne doit pas être un domaine à part. Elle doit irriguer les formations, nourrir les projets étudiants et contribuer à résoudre des problèmes concrets pour les entreprises et les territoires », affirme Jean-Marc Ogier.
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L’internationalisation constitue l’un des axes les plus structurants du plan. CESI École d’Ingénieurs revendique aujourd’hui 15 % d’étudiants internationaux et se fixe l’objectif d’atteindre 25 % d’ici 2030, grâce notamment au développement de cursus enseignés en anglais (cinq campus proposent déjà le diplôme d’ingénieur informatique en anglais) au lancement de doubles diplômes internationaux et à l’intégration du programme COIL ; un dispositif d’échanges virtuels connectant étudiants et enseignants avec des établissements partenaires à travers le monde.
Plusieurs actions structurantes ont déjà été engagées : adhésion à EURASHE (European Association for the Applied Sciences in Higher Education), entrée dans le Réseau Méditerranéen des Écoles d’Ingénieurs et de Management, adhésion à la Maison Irène et Frédéric Joliot-Curie à Bruxelles pour renforcer la présence de l’école auprès des institutions européennes, et signature d’un partenariat renforcé avec le programme Fulbright en vue de futures accréditations avec les États-Unis.
CESI École d’Ingénieurs figure par ailleurs parmi les deux seuls établissements français sélectionnés pour le programme « Choose Europe for Science », initiative visant à attirer des chercheurs, scientifiques et entrepreneurs du monde entier vers l’Europe comme terrain d’innovation et de recherche. Une reconnaissance que l’école reçoit comme une validation de son ambition internationale. « L’ancrage territorial et l’ouverture internationale ne s’opposent plus, ils se renforcent mutuellement », résume Jean-Marc Ogier.
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Au-delà de ses ambitions académiques, CESI École d’Ingénieurs met en avant un poids économique territorial considérable. Une étude menée par le cabinet UTOPIES, dévoilée en mars 2026, chiffre l’impact de l’école à 927 millions d’euros de PIB générés et plus de 36 000 emplois soutenus en France. En moyenne, 63 % de la richesse générée par un campus CESI École d’Ingénieurs profite directement à sa région. L’exemple du campus de Rouen illustre l’ampleur du phénomène : un investissement régional de 8 millions d’euros a généré, en cinq ans, une richesse économique près de trente fois supérieure à la mise initiale.
Cette dimension territoriale est d’ailleurs au cœur du plan : chaque campus sera davantage adapté aux spécificités économiques locales, avec des domaines de spécialisation identifiés par région : le nucléaire à Rouen, les chantiers navals à Saint-Nazaire, la santé à Dijon, les batteries à Grenoble. L’école entend ainsi lutter activement contre la métropolisation et soutenir les priorités industrielles régionales.
En filigrane de CESI CONNECT 2030, l’école d’ingénieurs entend clarifier son positionnement dans un secteur de l’enseignement supérieur privé de plus en plus concurrentiel. Jean-Marc Ogier pointe la nécessité de renforcer les exigences académiques face à des formations jugées insuffisamment qualifiantes et soutient le projet de loi actuel sur la régulation de l’enseignement supérieur privé. L’enjeu, selon lui, sera de concilier plusieurs exigences en apparence contradictoires : « excellence académique et accessibilité sociale, ancrage territorial et homogénéité de l’expérience étudiante, pédagogie différenciante et reconnaissance académique, alternance et soutenabilité économique, implantation nationale et ambition internationale. »
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