Présente dans la capitale depuis 2013, Audencia franchit un cap décisif avec l’inauguration de son campus Paris Saint-Ouen. En parallèle, le Programme Grande École se réinvente : personnalisation du M1, parcours d’excellence international centré sur l’IA, nouveau cycle de masterclass autour des humanités. Tour d’horizon des grandes annonces de la conférence de presse du 4 juin.

Par Thibaud Arnoult 

Un campus de 7 000 m² au cœur du Grand Paris

Saint-Ouen, boulevard Victor Hugo. C’est dans un immeuble de huit niveaux entièrement rénovés, à cent mètres de la ligne 14, qu’Audencia a officiellement ouvert les portes de son nouveau campus parisien le 4 juin 2026. Sept mille mètres carrés pensés autour de la qualité pédagogique et de la vie étudiante, conçus par RF Studio, l’agence de design multi-primée de Ramy Fischler, dans un bâtiment qui était, jusqu’à sa transformation, à usage de bureaux. Audencia a fait le choix de la rénovation plutôt que de la construction neuve, une décision cohérente avec ses engagements RSE.

Audencia est certes présente à Paris depuis 2013, d’abord avec quelques formations Mastère Spécialisé® près de la gare Montparnasse, mais ce campus de plein exercice marque une autre dimension. Le bâtiment compte un atrium de 200 m² baigné de lumière sur trois niveaux, 21 salles de cours, un amphithéâtre de 94 places, un Knowledge Hub de 90 places, une salle des marchés, un studio podcast, un incubateur pour étudiants entrepreneurs, une salle de fitness, un jardin et deux terrasses de 350 m². À la rentrée 2026, le site accueillera près de 2 000 étudiants et participants Executive Education accompagnés par 90 collaborateurs dont 31 enseignants permanents. L’objectif est d’atteindre 3 500 apprenantsà horizon 2030.

Saint-Ouen est au cœur d’une profonde transformation urbaine : le quartier des Docks, voisin immédiat du campus, est devenu un écoquartier de 100 hectares en bord de Seine. Tesla France, L’Oréal, Alstom ou Procter & Gamble, qui ouvrira son siège à Saint-Ouen en novembre, sont les voisins d’Audencia sur le boulevard ou dans ses abords immédiats. Un futur campus hospitalo-universitaire de 88 000 m², dont le chantier a été lancé en avril 2026, est prévu pour 2030. Pour Sébastien Tran, directeur général d’Audencia, la proximité avec le tissu économique francilien était un critère de choix déterminant : « Saint-Ouen n’est pas uniquement une ville qui attire des entreprises, c’est aussi une ville étudiante, avec une mixité et une diversité qui répondent à nos valeurs. » L’accessibilité du site a également pesé dans la balance : « Nous avons fait le choix d’être dans ce bâtiment parce que nous sommes à proximité de la ligne 14, à cent mètres, et du RER C. Pour des publics post-bac, l’accessibilité d’un campus est une variable centrale. »

Ce que cela pourrait changer au SIGEM

Le détail qui retiendra l’attention des candidats et des professeurs de prépa : l’ouverture de trois classes de pré-master à Paris Saint-Ouen dès la rentrée 2026, soit 120 places. Cindy  Zawadzki,  directrice du Programme Grande École, l’a précisé lors de la conférence : ces places ne s’ajoutent pas au contingent de Nantes, elles s’y substituent. La sélectivité reste identique, la répartition géographique change. Les admis devront indiquer leur préférence de campus, arbitrée ensuite par leur classement au concours.

Cette mécanique pourrait modifier les comportements au SIGEM. Audencia était perçue, notamment par les candidats franciliens, comme une école impliquant un emménagement à Nantes. Un étudiant parisien peut désormais envisager d’effectuer à Paris l’intégralité de son cursus, du pré-master jusqu’au master 2. Sébastien Tran a formulé cette évolution sans détour : « On avait beaucoup d’étudiants de Nantes qui venaient à Paris. On aura désormais des étudiants de Paris qui iront à Nantes pour certaines spécialisations, et d’autres qui feront l’ensemble de leur scolarité à Paris. C’est un changement réel dans les parcours possibles. » Pour appuyer l’ancrage francilien de l’école, il a rappelé les 12 000 alumni d’Audencia en Île-de-France, soit 25 % du réseau global, et les 700 entreprises partenaires dans le bassin : « Cette proximité avec nos alumni et les entreprises franciliennes, c’est un facteur très important dans notre choix de nous implanter à Saint-Ouen. »

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Les nouveautés du Programme Grande École

Masterclass « Vies à l’œuvre » : quand Sophocle rencontre la gestion de crise

Première nouveauté annoncée pour la rentrée 2026 : un cycle de masterclass intitulé « Vies à l’œuvre », porté par Frédéric Brétécher, agrégé de lettres classiques, enseignant de culture générale en CPGE ECG depuis près de trente ans et membre du conseil d’administration de l’APHEC. Il collabore avec Audencia depuis cinq ans en faveur du continuum prépa-grande école

Le format repose sur un dialogue à deux voix : à chaque séance de deux heures, une œuvre littéraire, philosophique ou artistique sert de point de départ à un échange avec un ancien élève de prépa devenu professionnel. L’idée est née d’une conversation entre Frédéric Brétécher et l’un de ses anciens étudiants, aujourd’hui directeur de Colas en Amérique du Sud, qui lui avait confié avoir retrouvé dans la gestion d’une crise d’entreprise les structures de la tragédie grecque étudiées en classe préparatoire. « Il m’a dit : c’est fou de réaliser que tout ce que tu nous as appris sur la notion de crise, sur Aristote, a trouvé un écho éclairant dans la façon de gérer la situation que je vivais, où chacun semblait vouloir dérouler la tragédie jusqu’au bout. C’est à cet instant que j’ai compris qu’il y avait quelque chose à construire », a relaté Frédéric Brétécher lors de la conférence.

Une des premières séances portera précisément sur la notion de crise à partir d’une tragédie de Sophocle, Antigone ou Œdipe Roi, mise en dialogue avec ce témoignage de terrain. Une autre, déjà en préparation avec un ancien étudiant qui travaille dans le domaine de l’eau et s’intéresse à la photographie depuis longtemps, explorera le rapport entre une œuvre photographique et un parcours professionnel. « Les grandes problématiques du monde de l’entreprise, le pouvoir, la confiance, la trajectoire, sont aussi de grandes questions qui nous traversent tous en tant qu’individus. L’idée est de travailler ces thèmes sur des supports très différents pour donner à chacun un peu de souffle, une façon de respirer correctement face à sa trajectoire de vie et professionnelle. C’est pourquoi nous avons intitulé ces séances « Vies à l’œuvre » », a développé Frédéric Brétécher.

Organisées à raison de deux séances par semestre sur les campus de Nantes et de Paris, ces masterclass seront intégrées au parcours académique comme enseignements transversaux crédités. Elles s’adressent exclusivement aux étudiants de pré-master, 100 % issus de classes préparatoires. Frédéric Brétécher a tenu à dissiper tout malentendu sur leur nature : « Il ne s’agit pas d’un habillage marketing pour paraître dans l’air du temps. Ces cours transversaux existent depuis des décennies à Audencia. Ce que nous faisons, c’est montrer, à travers des parcours de vie concrets, que la culture travaille extrêmement profondément, bien au-delà du monde professionnel. »

Un M1 redessiné : 40 % de cours au choix dès le premier semestre

Deuxième évolution, applicable à partir de 2027 : un nouveau parcours en master 1, baptisé « Management et international ». L’innovation centrale consiste à introduire des « business tracks » : dès le premier semestre, les étudiants choisiront 40 % de leurs enseignements en optant pour l’un des quatre parcours disciplinaires disponibles, marketing et vente, finance et contrôle, piloter les transitions durables, ou management, organisations et systèmes. Chaque track représente cinq cours pour un total de 104 heures.

L’objectif est de permettre une pré-spécialisation avant la césure, tout en préservant la possibilité de s’orienter différemment en master 2. Un tronc commun demeure, comprenant quatre cours dédiés aux transitions, à la data et à l’IA, complétés par les langues et le sport, obligatoires à Audencia. Un nouveau cours « Data Analytics & AI » y figurera, centré sur un usage responsable de l’intelligence artificielle. Au second semestre, l’ensemble des étudiants de M1 partira dans une université partenaire de leur choix. Audencia revendique aujourd’hui le réseau américain le plus prestigieux parmi les business schools françaises, avec des accords conclus notamment avec Harvard Division of Continuing Education, Yale, Columbia, Stanford et Berkeley. Les parcours existants, engagement, apprentissage et excellence USA Massachusetts, sont maintenus en parallèle.

Stanford, Shanghai, Munich : un parcours d'excellence pour dix étudiants

Troisième annonce, et la plus ambitieuse sur le plan du positionnement : le lancement, dès la rentrée 2027, d’un parcours d’excellence international dédié à l’IA et l’innovation, en partenariat avec Stanford University, Shanghai Jiao Tong University et la Technical University of Munich. Ce programme couvre l’intégralité de l’année de master 2, en trois temps : deux mois d’été, un semestre d’automne et un semestre de printemps, dans trois des principaux écosystèmes technologiques mondiaux.

Le programme est délibérément sélectif : dix places, un score minimum de 100 sur 120 au TOEFL, sans frais de scolarité supplémentaires. Il vise à former des profils capables de passer du laboratoire à la création de start-ups ou à des postes stratégiques dans les entreprises du monde de la tech. Sébastien Tran place cette initiative dans un contexte de reconnaissance académique internationale : « Notre développement à l’international repose sur l’excellence académique. Audencia est la première école française et la dixième meilleure école dans le monde selon le classement de Shanghai 2026 en Business Administration. Cette reconnaissance permet à nos étudiants d’intégrer les meilleures universités mondiales pour leur échange ou double-diplôme. »

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IA et concentration : la double réponse d'Audencia

Sur le terrain de l’intelligence artificielle, l’école déploie deux dispositifs complémentaires. Le premier, « Advanced AI4ALL », est la suite du parcours AI4ALL labellisé par la FNEGE : obligatoire pour tous les étudiants de deuxième année à la rentrée 2026, il représente huit heures réparties en quatre modules, orientées vers la maîtrise pratique des IA génératives et la conception de workflows professionnels.

Le second, le module « Focus », part d’un constat en apparence paradoxal : à mesure que l’IA automatise le traitement de l’information, la concentration profonde et la pensée analytique deviennent des compétences différenciantes. L’étude Future of Jobs 2025 du World Economic Forum plaçait d’ailleurs la pensée analytique en tête des compétences les plus recherchées par les employeurs. D’une durée de 4h30 en format hybride, dont 2h30 en présentiel, ce module sera obligatoire pour tous les étudiants de première année du PGE. Il combine diagnostic attentionnel personnel, apports neuropsychologiques, exercices de lecture profonde et comparaison de raisonnements avec et sans assistance de l’IA.

Enfin, Audencia lance dès juin 2026 « AudencIA », un assistant conversationnel fondé sur des technologies d’IA générative et de RAG (Retrieval-Augmented Generation), accessible depuis l’intranet étudiant Tomorrow. Conçu pour répondre aux questions du quotidien, de la scolarité aux démarches administratives en passant par le conseil carrière, il pourra accompagner jusqu’à 10 000 utilisateurs, avec un basculement vers un interlocuteur humain pour les demandes nécessitant un accompagnement plus personnalisé.

Avec ces nouveautés pour la rentrée 2026, Audencia va encore plus loin dans le continuum avec les classes préparatoires et renforce son ancrage à Paris avec son nouveau campus. Chacune de ces nouveautés répond à une tension réelle du management contemporain entre technologie et humanités, entre excellence et accessibilité, entre ancrage local et ambition mondiale.

DG sur écoute Audencia - Sébastien Tran

Crédit : Audencia