Michel Ferreira-Maia, directeur général adjoint d’OCAPIAT, décrypte pour Thotis des filières souvent méconnues des jeunes, mais stratégiques pour l’économie française. Entre souveraineté alimentaire, transition écologique et innovation technologique, les secteurs de l’agriculture, l’agroalimentaire et de la pêche génèrent chaque année plus de 165 000 recrutements et ouvrent de véritables perspectives de carrière.

Par Valentine Dunyach

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Souveraineté alimentaire, transition écologique, intelligence artificielle : les secteurs de l’agriculture, de l’agroalimentaire et de la pêche concentrent aujourd’hui des enjeux majeurs. Pourtant, ils demeurent encore largement méconnus des jeunes générations, mais également des actifs en reconversion. Lors d’un entretien accordé à Thotis, Michel Ferreira-Maia, directeur général adjoint chargé des services aux adhérents et du développement chez OCAPIAT – l’opérateur de compétences des trois filières, dresse un panorama des perspectives offertes par ces secteurs : porteurs, innovants et en forte croissance, ils représentent des opportunités professionnelles à ne pas négliger.

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Un marché de l'emploi dynamique

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Dans l’agroalimentaire, quelque 18 000 établissements emploient 440 000 salariés à travers le pays, pour une taille moyenne de 25 personnes par structure ; un tissu dominé par les TPE et PME, en dépit de la présence de grands groupes internationaux. La composition des effectifs reflète la diversité des métiers : 60 % d’ouvriers qualifiés, 20 % de techniciens, le solde étant constitué de cadres. La féminisation progresse, avec 40 % de femmes dans les effectifs.

Ce qui distingue véritablement ce secteur, c’est son dynamisme en termes de recrutement : 67 % des établissements ont ouvert des postes, et 120 000 embauches ont été réalisées en 2024, dont près de 10 % en alternance. Des volumes qui traduisent des besoins structurels bien ancrés, loin des soubresauts conjoncturels.

L’agriculture affiche des perspectives tout aussi soutenues : 35 000 recrutements en CDI sont attendus pour 2025, auxquels viennent s’ajouter 950 000 CDD, portés par la saisonnalité inhérente aux activités agricoles. Les femmes y occupent 33 % des postes, fréquemment à responsabilité. Dans la pêche, 10 000 embauches ont été enregistrées sur le dernier exercice, sans recul notable de l’emploi.

L’insertion se révèle rapide, et l’alternance y joue un rôle décisif. Dans l’agroalimentaire comme dans l’agriculture, 70 à 75 % des alternants sont en poste un an après la fin de leur contrat ; un taux qui dit beaucoup sur l’adéquation entre cette voie de formation et les attentes des employeurs.

La légère baisse de 4 % des effectifs en apprentissage observée récemment dans le prolongement d’une tendance nationale touche principalement les niveaux de qualification les plus élevés, plus exposés à la réduction des aides publiques. Elle ne remet pas en cause l’équilibre global, puisqu’un tiers des apprentis se forment au niveau CAP/Bac professionnel, un tiers au niveau Bac +2, un tiers dans l’enseignement supérieur. « Ces filières ont besoin d’ouvriers qualifiés, de techniciens et de cadres. L’apprentissage répond à l’ensemble de ces besoins », résume Michel Ferreira-Maia.

Souveraineté alimentaire et transition écologique : les deux piliers du secteur

Derrière les statistiques se dessine une identité sectorielle forte. Les métiers de l’agriculture, l’agroalimentaire et la pêche partagent une même vocation fondatrice : selon Michel Ferreira-Maia, « garantir la souveraineté alimentaire en assurant la qualité et la sécurité des produits destinés aux consommateurs ». Une mission qui résonne avec une acuité particulière dans le contexte géopolitique actuel.

L’IRIS (Institut de Relations Internationales et Stratégiques) le rappelle dans son rapport Déméter 2025 : l’agriculture est une activité à la fois ancestrale et universelle, indispensable pour nourrir les 8 milliards d’habitants de la planète, auxquels s’ajouteront 1,5 à 2 milliards de personnes supplémentaires d’ici 2050. L’institut pointe une convergence de tensions inédites : urbanisation galopante, évolution des habitudes alimentaires liée à la hausse des revenus, crispations des relations internationales et accélération du changement climatique. Dans ce contexte, les ressources agricoles et alimentaires ne sont plus seulement des biens de subsistance : elles « peuvent être instrumentalisées et utilisées comme outils d’influence et d’expression de la puissance des États », avertissent ses chercheurs. La capacité à produire localement redevient, de fait, un enjeu stratégique de premier ordre.

À cette dimension géopolitique s’ajoute une exigence environnementale croissante. Ces filières sont « engagées dans une démarche de réduction de leur empreinte environnementale », souligne Michel Ferreira-Maia, pour qui les transitions écologique, numérique et alimentaire, ainsi que le bien-être animal, sont désormais intégrés au cœur même des processus de production. « Les professionnels de ces filières sont profondément attachés à leurs métiers et aux ressources qu’ils exploitent », précise-t-il.

Souveraineté alimentaire d’un côté, responsabilité environnementale de l’autre : ces deux principes forment, selon le directeur général adjoint d’OCAPIAT, « les valeurs cardinales des secteurs accompagnés ». Une combinaison qui répond aux aspirations d’une génération en quête de sens, désireuse de s’engager sur des enjeux collectifs tangibles.

 

Un secteur porteur face aux défis climatiques et géopolitiques

Ces filières connaissent aujourd’hui « une dynamique importante », selon Michel Ferreira-Maia. « La maîtrise des processus de production est redevenue un enjeu stratégique, suscitant un intérêt renouvelé des jeunes générations. »

Cette dynamique s’explique d’abord par un enjeu démographique majeur. « L’agriculture est confrontée à un enjeu majeur de transmission, avec une population active vieillissante et de nombreux départs à la retraite à venir. Cela ouvre des perspectives significatives pour les jeunes et les personnes en reconversion », explique-t-il.

Le contexte géopolitique renforce l’attractivité de ces métiers. L’IRIS rappelle que « les ressources nécessaires à la production peuvent également être des outils d’influence, comme l’énergie (engins agricoles, industrie agroalimentaire) ou les engrais (azote, potasse, phosphate, gaz) ». Plus encore, « la maîtrise des outils technologiques (IA, puces, matières premières, etc.) et des innovations (machinisme, semences, génétique, etc.) alimente les tensions et sera indispensable pour s’adapter face au changement climatique ».

Selon l’institut, « l’agriculture et l’alimentation peuvent donc être au cœur des conflits et des tensions, que ce soit à échelle locale, nationale ou mondiale, et les effets du changement climatique (événements météorologiques extrêmes plus fréquents et imprévisibles, montée du niveau de la mer, pluies, sécheresses, modification des zones de production, déplacements de populations, etc.) accentueront la pression sur les ressources et le risque de compétition pour garantir sa propre sécurité alimentaire ».

Face à ces enjeux, les métiers de l’agriculture, de l’agroalimentaire et de la pêche apparaissent non seulement comme des choix de carrière stables, mais aussi comme des contributions directes à la résilience nationale et à la sécurité alimentaire.

Une diversité de métiers méconnus

Ces secteurs séduisent aussi par leur étendue insoupçonnée. L’agriculture, loin de se résumer à l’élevage ou aux grandes cultures, recouvre un spectre bien plus large : production végétale et animale, sylviculture, aménagement paysager, travaux forestiers, jusqu’au terrassement et à la maintenance de bâtiments agricoles. L’ANEFA recense ainsi « plus de 100 métiers », qualifiés de « bons pour soi, bons pour la planète et bons pour la société », faisant de l’agriculture le deuxième employeur de main-d’œuvre en France, avec un tiers de femmes dans ses effectifs.

La pêche s’articule autour de trois grands piliers : mécanique embarquée, fonctions de matelot et commandement, tandis que l’agroalimentaire, centré sur la transformation des productions animales et végétales, couvre des métiers aussi variés que la fabrication, la logistique, la qualité, le marketing ou la finance. Il est aussi « ouvert à des profils variés, du CAP aux diplômes d’ingénieur », comme le souligne Michel Ferreira-Maia. Un atout de taille dans un marché du travail où l’entrée reste souvent conditionnée au niveau de diplôme.

De réelles perspectives d'évolution professionnelle

Ces filières réservent une autre surprise : la promotion interne y est une culture et non une exception. Dans la pêche, un matelot peut ainsi, au fil des années, accéder aux fonctions de capitaine. Dans l’agroalimentaire, un opérateur de production peut évoluer vers des postes de technicien de maintenance, de responsable qualité ou de chef d’équipe. « La qualification ne se limite pas au niveau de diplôme ; elle repose aussi sur l’expérience et la maîtrise du geste », rappelle Michel Ferreira-Maia.

L’agriculture offre, elle aussi, des trajectoires multiples. Au-delà de l’installation en tant que chef d’exploitation, l’ANEFA souligne la richesse des voies de formation disponibles -initiale, continue et par apprentissage, couvrant aussi bien les jeunes en orientation que les actifs en reconversion.

L'intelligence artificielle et les nouvelles technologies : des outils au service du savoir-faire

C’est l’une des facettes les plus contre-intuitives de ces secteurs réputés traditionnels : la technologie y est déjà à l’œuvre. Dans l’agroalimentaire, des systèmes assistent les chaînes de production pour détecter anomalies et alerter les opérateurs, sans pour autant dessaisir l’humain du contrôle. Dans l’agriculture, capteurs d’irrigation, anticipation météorologique et optimisation de la consommation énergétique des machines redessinent le quotidien des exploitants. Des exosquelettes font leur apparition dans certains environnements logistiques, réduisant la pénibilité sans altérer la qualité du geste.

La philosophie d’ensemble, telle que la résume Michel Ferreira-Maia, est la suivante : « La technologie et le savoir-faire ne s’opposent pas ; ils se combinent. » Dans ces filières, l’automatisation transforme les métiers plutôt qu’elle ne les supprime ; d’autant que « la maîtrise des outils technologiques et des innovations sera indispensable pour s’adapter face au changement climatique » (source : IRIS). Maîtriser à la fois le geste et le numérique devient, dans ce contexte, un avantage professionnel décisif.

Choisir l'agriculture, l'agroalimentaire ou la pêche : un pari sur l'avenir

La démonstration est convaincante. Les secteurs accompagnés par OCAPIAT reposent sur une articulation forte entre savoir-faire humain et innovation technologique et sont portés par des enjeux aussi structurants que la souveraineté alimentaire, la transition écologique ou encore le renouvellement générationnel.

Loin des représentations figées qui persistent à leur sujet, ces filières se révèlent modernes, ancrées dans les défis du 21e siècle, et capables d’offrir à la fois des débouchés solides et des trajectoires d’évolution réelles. Dans un monde où, selon le changement climatique affecte déjà le secteur agricole et ses conséquences sont amenées à s’amplifier, y faire carrière relève autant du choix professionnel avisé que de l’engagement collectif. Autant de raisons, pour une génération en quête de sens comme pour des professionnels en reconversion, de conjuguer impact et perspectives d’avenir.

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Sources :

Collaboration commerciale

Crédit : Paul Einerhand / Arno Senoner / Zoe Richardson