Paris 1 Panthéon-Sorbonne fait sa rentrée entre nouveaux campus, virage de l’IA et contraintes budgétaires
Lors de sa conférence de presse de rentrée, le 24 septembre, l’équipe présidentielle de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne a présenté les chantiers de l’année 2026-2027 : premier cycle complet au centre La Chapelle, lancement du réseau alumni, montée en puissance des formations en intelligence artificielle, recherche tournée vers la société. Sans éluder une situation financière qu’elle juge préoccupante, à quelques mois de l’élection présidentielle.
Par Thibaud Arnould
Plus de 46 000 étudiants, 2 000 doctorants, 26 sites en Île-de-France, un budget annuel supérieur à 250 millions d’euros et 25 % de boursiers en formation initiale : Paris 1 Panthéon-Sorbonne aborde la rentrée avec le poids de la première université française en sciences humaines et sociales (SHS). Un an après le début de son nouveau mandat, sa présidente, Christine Neau-Leduc, a d’abord tenu à rappeler l’attachement de l’établissement à cet éventail de disciplines. « J’ai toujours eu un fort attrait pour les sciences humaines et les sciences politiques : la géographie, l’histoire, la philosophie, l’archéologie, les arts, a-t-elle énuméré, avant de sourire. Dès que je fais une énumération, je risque d’en oublier. »
Au-delà des disciplines, la présidente revendique un marqueur plus politique. « Ce qui caractérise notre université, c’est la question de la liberté et du service public, a-t-elle insisté. Le service public de l’enseignement supérieur et de la recherche est existentiel pour notre pays. Il porte des valeurs, il porte les forces vives de la nation, pour nos étudiants comme pour la recherche et l’innovation. »
Plus de 46 000 étudiants répartis sur 26 sites en Île-de-France, dont 25 % de boursiers en formation initiale.
L’année universitaire coïncide avec la campagne présidentielle, et Christine Neau-Leduc entend bien la saisir. « C’est un moment qui arrive tous les cinq ans, et c’est un moment extrêmement important, a-t-elle observé. Je ne suis pas la seule, beaucoup de présidents d’université l’ont dit : j’espère vraiment que l’enseignement supérieur et la recherche seront au cœur des débats de société. » Elle y voit aussi une occasion de pédagogie : « J’espère que tous nos concitoyens s’intéresseront à ce débat et découvriront peut-être aussi notre rôle. »
Le contexte, a-t-elle reconnu, reste difficile. La présidente a évoqué un déclassement progressif des universités françaises, en formation comme en recherche, qui interroge selon elle l’ambition de l’État pour son enseignement supérieur. Les enjeux ne sont pas seulement budgétaires : des thématiques comme l’IA ou la démocratie imposent aux établissements une transformation interne qui suppose un soutien financier. Elle s’appuie sur le rapport Garnier, publié cette année, qui dresse le constat d’un sous-investissement. L’augmentation de 500 millions d’euros annoncée la veille par le ministre lui paraît insuffisante, mais encourageante, et témoigne à ses yeux d’une volonté de soutien.
En interne, l’année 2025 a imposé 14 millions d’euros d’économies, qui ont touché la recherche, les écoles doctorales et le fonctionnement. 2026 en réclame encore 6 à 7 millions, compensés en partie par la recherche de ressources propres supplémentaires. Une question « préoccupante et sensible », résume la présidente, qui appelle les futurs gouvernements à une action forte.
Interrogée sur le remplacement des enseignants-chercheurs et personnels partant à la retraite, elle a reconnu que l’université n’a jamais publié plus de la moitié de ses postes publiables depuis 2013, et dit vouloir remonter ce taux. Elle souligne toutefois une capacité d’accueil saturée par la croissance démographique francilienne. Sur les retards de paiement subis par des vacataires l’an passé, l’équipe a écarté toute raison financière, invoquant une difficulté liée à l’obligation d’attester le service fait.
Christine Neau-Leduc s’est longuement arrêtée sur la structuration de la recherche à l’international, priorité de son mandat. « Nous avons de très nombreux accords avec des universités sur tous les continents, a-t-elle rappelé. Mais ces accords étaient assez souvent des accords de mobilité étudiante, ou des accords de formation délocalisée lorsqu’ils étaient plus structurés. » L’université dispose en effet de formations au Caire, à Istanbul, à Bucarest, à São Paulo, à Buenos Aires, à Fès ou au Qatar.
« L’enjeu, maintenant, c’est de coupler ces accords à des projets de recherche, a-t-elle poursuivi. Dès lors que l’université conclut des accords de formation, nous mettons en œuvre des actions en matière de recherche. » Cela passe par des professeurs invités et des échanges d’enseignants, « mais au-delà, par des projets de recherche structurés ». La démarche est déjà engagée avec des partenaires historiques. « L’idée, c’est de se déployer de façon égale sur ces deux pieds, formation et recherche, en coordination avec le CNRS et toutes ses implantations à l’étranger, a précisé la présidente. Paris 1 a des forces à faire valoir en structuration des SHS. » Le premier campus partagé de Fès, au Maroc, ouvrira le 15 octobre.
Sur le plan européen, l’alliance Una Europa, qui réunit onze universités dont Paris 1, obtient un troisième financement Erasmus+ consécutif avec le programme Una.Via, qui démarrera en janvier 2027 pour deux ans, avec des hubs interdisciplinaires et une Training Academy. Le projet UnaFIED, porté par cinq universités de l’alliance, reçoit un million d’euros pour adapter six formations conjointes au futur label European Degree. Le Joint Bachelor in Sustainability (BASUS), dont la première promotion a débuté à Cracovie en 2025, accueillera ses premiers étudiants à Paris à la rentrée 2027, dans le parcours Économie et Géographie.
Questionnée sur ses partenariats avec des universités israéliennes, la présidente a indiqué que l’un, qui portait sur des échanges, arrive à échéance et ne sera pas renouvelé, faute de mobilités sortantes. Le second reste en vigueur.
Florian Michel, vice-président chargé du patrimoine mobilier et immobilier, a présenté le centre La Chapelle, fruit d’un projet lancé il y a quinze ans. Ouvert en janvier et inauguré en juin, le site accueille près de 3 500 étudiants, principalement en L1 et L2 d’histoire, de philosophie, d’histoire de l’art, de géographie et de sociologie, ainsi que des masters de géographie. Ses 20 000 m² offrent 16 % d’espace d’enseignement supplémentaire, 3 000 places assises, quatre amphithéâtres et une bibliothèque de 720 places, la bibliothèque Hélène-Ahrweiler. Selon le vice-président, l’implantation modifie déjà le paysage du quartier.
Voisine de l’Adidas Arena, l’université a noué un partenariat avec le Paris Basketball : 1 250 personnels et 4 200 étudiants pourront chaque année assister aux matchs à tarif préférentiel, le prochain étant prévu le 14 octobre face à Bologne. Le club mettra aussi certaines de ses données à disposition de la recherche et participera à des masterclasses sur les liens entre sport et société.
Le patrimoine de l’université totalise 115 000 m². Florian Michel a insisté sur l’entretien des centres Pierre-Mendès-France et Tolbiac, avec la volonté de rouvrir et de végétaliser ces espaces. Une terrasse de 300 m² a été inaugurée en juin au 9e étage de PMF. « Avec l’ouverture du centre La Chapelle en janvier, c’est aussi une nouvelle page qui s’écrit pour le centre Pierre-Mendès-France », avait alors déclaré Christine Neau-Leduc. D’autres chantiers sont en cours : 6 millions d’euros pour les façades et toitures du centre Lourcine, 2,2 millions financés par la Région pour la rénovation thermique du centre Ulm. Le vice-président annonce une transformation « de grande ampleur » dans les années à venir.
Cette politique s’inscrit dans le schéma directeur DD&RSE adopté en 2024 : 64 de ses 101 actions sont engagées, et l’université a obtenu en février le label Développement durable et Responsabilité sociétale pour deux ans.
| Le centre La Chapelle | Chiffre | Précision |
|---|---|---|
Ouverture | janvier | inauguration en juin, projet lancé il y a quinze ans |
Étudiants accueillis | près de 3 500 | principalement en L1 et L2 d'histoire, de philosophie, d'histoire de l'art, de géographie et de sociologie, ainsi que des masters de géographie |
Surface | 20 000 m² | 16 % d'espace d'enseignement supplémentaire |
Places assises | 3 000 | quatre amphithéâtres |
Bibliothèque | 720 places | bibliothèque Hélène-Ahrweiler |
Lancée officiellement le 18 septembre, l’offre AI Sorb représente un investissement de plus de 13 millions d’euros, dont cinq millions au titre de France 2030 et 43,6 % cofinancés par des partenaires comme La Poste, la Gendarmerie nationale, Ubisoft et AXA. Elle comprend un master 2 IA et gouvernance rattaché à l’École de droit, un diplôme universitaire IA et sécurité stratégique, un master consacré à la gestion de projet et à l’IA, ainsi que le Collège de l’IA. Ce dernier, ouvert à tous les étudiants dès la deuxième année de licence, propose 200 heures de cours sur deux ans, validées indépendamment du diplôme principal. La présidente évoque un vif succès.
Sur les usages, la ligne de l’université est assumée : interdire l’IA n’aurait pas de sens, tant les outils sont déjà intégrés au quotidien des étudiants et des personnels. Face à des outils qui répondent instantanément, Christine Neau-Leduc invite à repenser la mission et la plus-value de l’enseignement universitaire. Elle y voit une forme de révolution industrielle, abordée avec optimisme, les universités ayant toujours su y faire face, et un révélateur du caractère fondamental des SHS. Des formations spécifiques sont prévues pour les enseignants-chercheurs, dont l’impact varie selon les disciplines. Le directeur général des services, Julien Benini, a annoncé qu’une charte d’utilisation de l’IA était en cours de rédaction, parmi d’autres chantiers internes : référencement des emplois, restauration, offre d’activités sportives et baromètre social prévu en 2027.
L’IA irrigue aussi la recherche. Avec SoVisu+, Paris 1 devient la première université française à doter sa communauté d’un système d’information recherche, dont la nouvelle version intègre un agent conversationnel pour interroger les données scientifiques de l’établissement.
Depuis le 15 septembre, Paris 1 et l’IAE Paris-Sorbonne disposent d’un incubateur à Station F, réservé aux étudiants, chercheurs, personnels et alumni. Les projets retenus, qui doivent concilier innovation, impact social et durabilité, bénéficient de six mois d’accompagnement et de 36 postes de travail dédiés. Pour la présidente, cette implantation démontre la force des SHS dans les secteurs de l’IA, de l’innovation sociale et de l’économie sociale et solidaire.
Cécile Faliès, vice-présidente de la commission de la Recherche, a présenté deux dispositifs destinés à faire dialoguer la recherche publique et les citoyens, et à restaurer la confiance dans la science. Créé en avril, le Campus des élus propose neuf formations continues aux élus locaux, un dispositif qu’elle présente comme unique pour placer les SHS au cœur de leur formation. Chaque session peut déboucher sur une collaboration scientifique, sous forme de notes de synthèse ou d’analyse de politiques publiques. La convention signée en juin avec l’Association des maires ruraux de France vise à ouvrir l’offre aux communes aux services techniques peu dotés, confrontées à des défis majeurs, à l’image des ouragans aux Antilles ou à La Réunion.
L’exposition « 13 novembre 2015 : que dit la science des attentats ? », conçue par la Cité des sciences et de l’industrie à partir du Programme 13-Novembre mené avec le CNRS et l’Inserm, est présentée au centre La Chapelle jusqu’au 13 novembre. Elle s’appuie sur un millier de témoignages et sera prolongée le 5 novembre par une journée d’études sur les mémoires du 13-Novembre et du 11-Septembre, avec une dimension neuroscientifique, associant victimes et associations. Un appel à projets dédié à la médiation scientifique auprès des publics non spécialistes a par ailleurs été lancé. « L’université essaie d’être là où on ne l’attend pas », a résumé Christine Neau-Leduc.
Même logique d’ouverture pour le Concours international d’éloquence, dont la 8e édition a réuni 150 candidats, contre 100 auparavant, et s’est ouverte aux étudiants d’autres universités françaises. Une deuxième saison du podcast Convaincre & Émouvoir sera diffusée cet automne.
Constatant une difficulté générale des établissements à fédérer leurs diplômés, l’université a lancé en juin la plateforme Panthéon-Sorbonne Alumni, qui compte déjà près de 10 000 inscrits. Une rencontre des alumni des filières franco-égyptiennes est prévue en novembre avec l’université du Caire, avant un premier grand rassemblement en Sorbonne le 14 décembre. La présidente y voit un levier pour les stages, l’emploi et le mécénat. Elle plaide pour que l’université occupe davantage l’espace public, à l’image des écoles de commerce, un enjeu d’autant plus important à ses yeux que les universités sont fragilisées ailleurs, notamment aux États-Unis.
Paris 1 enregistre 132 962 vœux confirmés sur Parcoursup pour 7 606 places, soit une hausse de près de 32 % depuis 2020. La progression est plus nette encore en master : 165 376 candidatures sur Mon Master pour 5 162 places, en hausse de 85 % en trois ans. Si la réussite en licence est jugée bonne, la présidente pointe le « mur » de l’accès au master et plaide pour une meilleure articulation entre les cycles, qui intègre aussi le secondaire. Elle rappelle qu’un tiers des néobacheliers se réorientent, tout en reconnaissant que Parcoursup et Mon Master ont amélioré l’information des candidats.
132 962 vœux confirmés sur Parcoursup pour 7 606 places, et 165 376 candidatures sur Mon Master.
