Suivre le programme de son lycée français tout en obtenant, en parallèle, l’équivalent du baccalauréat américain : un défi ambitieux, mais de plus en plus prisé. C’est le principe du double diplôme franco-américain. Lancé en France par Academica International Studies il y a une dizaine d’années, ce parcours séduit un nombre croissant de familles. Cette année, 3 459 lycéens ont ainsi obtenu leur High School Diploma (Academica Dual Diploma), en complément du baccalauréat.
Charlotte Pagano, 18 ans, fait partie de ces diplômés. Sportive de haut niveau, interne au lycée Notre-Dame de la Merci à Montpellier depuis la classe de seconde, elle intégrera en septembre la prestigieuse classe préparatoire ECG du lycée Sainte-Geneviève (« Ginette »), à Versailles. Pour Thotis, elle revient sur trois années au cours desquelles elle a concilié les exigences du Dual Diploma, le taekwondo de haut niveau et la course à pied.
Par Valentine Dunyach
Pourquoi ajouter un cursus américain à un baccalauréat français déjà exigeant ? Pour les élèves qui font ce choix, les motivations sont multiples.
La première est linguistique. Le programme ne se limite pas à consolider un bon niveau d’anglais : il permet d’acquérir, pendant trois ans, une pratique régulière de la langue, à l’écrit comme à l’oral. Les établissements partenaires constatent d’ailleurs que les élèves engagés dans ce parcours sont souvent ceux qui progressent le plus en anglais écrit.
La deuxième est pédagogique. Le système américain repose sur une approche différente, plus interactive et davantage individualisée. Les enseignants sont facilement joignables en ligne et le mode d’évaluation accorde une place importante au suivi des élèves et aux possibilités de progression.
Enfin, l’intérêt est aussi stratégique. Dans un contexte où l’accès à l’enseignement supérieur est de plus en plus sélectif, ce double diplôme permet de valoriser un parcours sur Parcoursup et constitue un atout dans le cadre d’un projet d’études à l’international. Plus largement, les compétences en anglais sont de plus en plus recherchées : en France, les offres d’emploi mentionnant ce critère ont progressé de 4 % depuis 2018.
Depuis 2016, plus de 24 000 élèves ont suivi ce parcours en France. À la rentrée 2026, ils étaient 17 000 à préparer simultanément ce double diplôme dans près de 420 collèges et lycées partenaires. Le taux de réussite de la promotion 2024-2025 atteint 99,7 %.
Charlotte Pagano a grandi à Caissargues, un village du Gard à proximité de Nîmes. Dès son plus jeune âge, elle pratique le taekwondo de haut niveau, a été membre de l’équipe de France, et s’est mise ces deux dernières années à la course à pied. Un profil qui dit quelque chose sur sa façon d’aborder un emploi du temps.
C’est par le bouche-à-oreille qu’elle découvre le programme. Son père apprend l’existence du Dual Diploma par un collègue dont la fille suit le cursus à Notre-Dame de la Merci à Montpellier. « Il lui en a parlé, il savait que ça allait m’intéresser. J’ai parlé à cette fille, qui m’a dit que c’était un super programme, au sein d’un très bon lycée. » La décision a été rapide. Charlotte choisit ce lycée précisément pour son offre de double diplôme, et accepte de devenir interne à quinze ans pour pouvoir la rejoindre. Le titre de « Valedictorian » c’est à dire major de promotion lui a d’ailleurs été décerné , et cela pourrait lui servir son parcours, explique-t-elle.
Malgré les inquiétudes de sa mère face à son départ précoce, ses parents lui ont fait confiance et l’ont accompagnée dans son projet dès le départ.
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La question de l’organisation s’est rapidement imposée. Mais pour Charlotte, ce rythme soutenu semble aussi correspondre à sa personnalité. Habituée à avancer avec un emploi du temps bien rempli, elle explique : « Je suis une personne qui a besoin d’avoir un emploi du temps chargé pour rester dans l’action et pour réussir dans tout ce que j’entreprends. » Une phrase qui résume sa méthode et sa capacité à mener plusieurs projets de front.
Concrètement, ses journées suivent un rythme bien défini : des cours de huit heures à dix-sept heures, une permanence obligatoire à l’internat en fin de journée ; une heure en seconde et en première, une heure et demie en terminale, puis les entraînements de taekwondo à l’extérieur. Pour intégrer le travail du Dual Diploma dans cet emploi du temps déjà dense, Charlotte profite des créneaux du midi. Son lycée proposait deux fois par semaine des office hours (permanences d’accompagnement), de midi à treize heures trente, avec deux professeurs disponibles pour accompagner les élèves.
Le reste du travail américain, lorsqu’il ne pouvait pas être réalisé en semaine, était décalé au vendredi soir ou au samedi. Un fonctionnement qui lui convenait : « Je savais que j’avais un emploi du temps chargé, cela me poussait à travailler de la manière la plus qualitative possible quand je travaillais. »
Avec le recul, Charlotte associe aussi cette capacité d’organisation à son parcours sportif. « Le taekwondo est un art martial assez strict, assez cadré. On y apprécie le perfectionnisme. Je pense que c’est aussi cela qui m’a aidée à évoluer dans les cours. » Une discipline acquise sur les tatamis, qu’elle a progressivement transposée dans ses études.
Le programme repose sur un fonctionnement entièrement digital. Chaque année, les élèves suivent deux matières à distance : une obligatoire et une seconde choisie parmi un éventail de disciplines typiquement américaines, comme la psychologie, le droit ou encore la communication. Des sessions vidéo obligatoires rythment les semestres, tandis que d’autres, facultatives, permettent d’explorer des thématiques culturelles variées. Chaque semaine, les élèves doivent également rendre au moins deux travaux : QCM, devoirs écrits, présentations PowerPoint, vidéos ou encore oraux.
Pour Charlotte, le changement le plus marquant concerne surtout la relation avec les enseignants : « Les professeurs sont très disponibles en ligne et répondent rapidement aux sollicitations des élèves ». Il est même possible de repasser les évaluations, de rendre à nouveau des dissertations, de se faire évaluer à un autre moment. Ils sont vraiment compréhensifs. » Une approche qui contraste avec son expérience du système français, où l’évaluation est davantage figée. « En France, on ne peut pas repasser une évaluation et le lien entre les élèves et les professeurs n’est pas le même. »
Le Dual Diploma lui apporte aussi une ouverture internationale. Lors des sessions en visioconférence, Charlotte échange avec des lycéens venus d’Espagne, du Maroc et d’ailleurs. Des rencontres enrichissantes qui, au fil des années, se transforment parfois en liens d’amitié.
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L’influence du double cursus sur son parcours se révèle véritablement en terminale. Parmi les matières obligatoires figure l’économie, une discipline qui va progressivement devenir un centre d’intérêt pour Charlotte. « C’est surtout l’économie qui m’a vraiment donné envie de poursuivre dans ce domaine-là, et qui m’a fait choisir la classe préparatoire ECG. »
Cette curiosité se confirme quelques mois plus tard, lors d’un stage réalisé en novembre 2025 à HEC Paris autour de l’entrepreneuriat. Pour la suite, son projet est déjà bien défini : intégrer une grande école de management et réaliser son stage international, idéalement aux États-Unis, « pour pouvoir exploiter le bac américain et me rapprocher de ce système ».
Au-delà des connaissances acquises, Charlotte mesure surtout les progrès réalisés en anglais. « Je pense que je n’aurais pas été capable de parler à des Américains avant le Dual Diploma. » Le voyage scolaire à New York, organisé dans le cadre du programme, en est devenu l’exemple le plus concret : une première immersion face à des locuteurs natifs, l’occasion de prendre confiance et de mesurer le chemin parcouru en trois ans.
Lorsqu’on lui demande quel conseil elle donnerait aux lycéens qui hésitent encore à opter pour un programme similaire, Charlotte répond sans détour : « Il ne faut vraiment pas hésiter ; quel que soit son niveau d’anglais au départ, le Dual Diploma est justement conçu pour accompagner les élèves et les faire progresser. »
Concernant la charge de travail, Charlotte tient également à rassurer. Même avec une pratique sportive intensive, l’organisation reste possible : « Même quand on fait du sport ou toute autre activité, cela peut se gérer. Il faut simplement l’intégrer à son emploi du temps. ». Trois ans après avoir fait ce choix, Charlotte en mesure pleinement les bénéfices. Pour elle, ce diplôme représente aujourd’hui un atout supplémentaire dans son objectif de travailler à l’international.
