Le CV projectif évolue en 2027 : Sylvie Jean présente les nouveautés

Épreuve emblématique des oraux de SKEMA Business School depuis plus de dix ans, le CV projectif conserve son format pour la session 2027 mais gagne en exigence : la projection à dix ans de chaque candidat sera désormais confrontée à un scénario prospectif, choisi à l’aide de l’intelligence artificielle. Sylvie Jean, directrice du Programme Grande École, détaille le fonctionnement du dispositif et ce que les jurys en attendent.

Par Thibaud Arnoult

Foire aux questions (FAQ) - le CV projectif de SKEMA en 2027

Qu'est-ce que le CV projectif de SKEMA Business School ?

Le CV projectif est une épreuve des oraux de SKEMA Business School depuis plus de dix ans. Chaque candidat y construit un parcours académique et professionnel à dix ans à compter de sa sortie de l’école. Ce document sert ensuite de support à l’entretien de motivation. Selon Sylvie Jean, directrice du Programme Grande École, il traduit la signature du programme, Think Forward, penser demain.

Combien pèse l'entretien de motivation dans la note d'oral de SKEMA ?

Pour les préparationnaires, l’entretien de vingt minutes pèse 20 points sur les 30 de la note d’oral. Dans les admissions sur titres, il est affecté d’un coefficient 12. Le CV projectif sert de support à cet entretien.

Pourquoi chaque scénario existe-t-il en deux versions ?

Chaque scénario existe en une version négative et une version positive. Les jurys les mobilisent successivement afin d’observer le candidat face à l’incertitude dans les deux configurations. À chaque scénario correspondent deux questions types, accompagnées d’éléments de réponse mis à la disposition des jurys.

Qu'est-ce que les jurys évaluent dans le CV projectif ?

L’épreuve mesurait jusqu’ici trois dimensions :

  • la capacité du candidat à se projeter ;
  • sa connaissance de SKEMA ;
  • la cohérence entre les moyens et les fins exposés dans son CV.

En 2027 s’ajoute la confrontation de cette projection à l’incertitude. Les critères d’évaluation de la session précédente sont conservés, et c’est sur la partie consacrée au CV projectif que les jurys apprécieront la capacité d’adaptation du candidat.

Le nouveau CV projectif concerne-t-il aussi les admissions sur titres ?

Oui. La nouvelle version s’applique à l’ensemble des candidats, qu’ils se présentent par la voie du concours BCE ou par les admissions sur titres.

Les candidats issus d'une prépa ECT ou scientifique sont-ils désavantagés ?

Selon Sylvie Jean, l’épreuve s’adresse d’abord à l’énergie et à la résilience des candidats. Elle fait appel à des ressources liées à la personnalité, au-delà du vécu, de l’origine sociale ou du type de prépa. La directrice estime même que le nouveau format pourrait servir en priorité les jeunes ayant déjà affronté une incertitude structurelle dans leur parcours, comme les étudiants passés par une prépa ECT.

Qu'est-ce qui change pour le CV projectif de SKEMA en 2027 ?

Le format de l’épreuve ne change pas. La nouveauté porte sur la manière dont le candidat est mis à l’épreuve par son propre CV : sa projection à dix ans est désormais confrontée à un scénario prospectif, choisi à l’aide de l’intelligence artificielle parmi une banque de soixante scénarios. Le CV projectif doit aussi être remis quarante-huit heures avant l’épreuve.

Comment le scénario est-il attribué à chaque candidat ?

Le CV projectif est analysé à l’aide d’un outil d’intelligence artificielle afin de lui associer le scénario le plus pertinent. La distribution n’est pas aléatoire : l’école cherche la meilleure combinaison possible entre le CV et l’un des soixante scénarios, qui doit venir bousculer le candidat.

Sur quelles sources les scénarios prospectifs ont-ils été construits ?

SKEMA s’est appuyée sur des travaux de prospective publiés régulièrement par des organismes comme l’OCDE ou le National Intelligence Council américain, avec des horizons allant de 2030 à 2050. Frédéric Munier, professeur de géopolitique et directeur de SKEMA School of Geopolitics for Business, a largement contribué à ce travail.

Faut-il être expert en géopolitique ou en économie pour réussir l'épreuve ?

Non. Selon Sylvie Jean, la justesse ou la pertinence de la réponse ne seront pas au cœur de l’évaluation. Les jurys observeront surtout l’adaptabilité du candidat et sa capacité à se remettre en question, plutôt qu’une expertise précise sur une dimension économique, géopolitique ou autre.

Comment se préparer au CV projectif de SKEMA en 2027 ?

La préparation demandera davantage d’esprit critique et un travail sur soi plus poussé qu’avec la version initiale. Pour se familiariser avec le dispositif, une dizaine de scénarios seront rendus publics sous forme de sujets zéro.

Une signature de l'école, renforcée plutôt que remplacée

Le principe reste celui que les candidats connaissent depuis plus de dix ans : chacun construit un parcours académique et professionnel à dix ans à compter de sa sortie de l’école, document qui sert ensuite de support à l’entretien de motivation. Pour les préparationnaires, cet entretien de vingt minutes pèse 20 points sur les 30 de la note d’oral, et il est affecté d’un coefficient 12 dans les admissions sur titres. « Le CV projectif traduit très concrètement la signature du Programme Grande École, Think Forward, penser demain », rappelle Sylvie Jean.

En une décennie, l’exercice s’est imposé dans le paysage des concours, au point de servir d’entraînement à de nombreux candidats, pour l’entretien de SKEMA comme pour ceux d’autres écoles. La directrice tient d’ailleurs à préciser que la version 2027 ne constitue pas une révolution : l’école ne touche pas au format de l’épreuve, mais à la manière dont le candidat sera mis à l’épreuve par son propre CV. « L’idée était de renforcer sa singularité plutôt que de l’affaiblir, et de lui redonner une impulsion d’exigence », explique-t-elle.

Aller au bout de l’exercice de prospective

Cette exigence tient à la nature même du CV projectif, que Sylvie Jean décrit comme un exercice de prospective. Dans un monde jugé incertain, discontinu et très technologique, l’école estime que cet exercice devait aller jusqu’à son terme, c’est-à-dire jusqu’à la confrontation avec l’incertitude. « Tel qu’il était proposé et animé pendant les vingt minutes d’entretien, l’exercice n’allait pas jusqu’au bout de cette exigence », reconnaît-elle.

L’épreuve mesurait jusqu’ici trois dimensions : la capacité du candidat à se projeter, sa connaissance de SKEMA et la cohérence entre les moyens et les fins exposés dans son CV. « Ce que nous ajoutons, c’est une projection qui va se heurter à l’incertitude », résume la directrice. L’évolution doit aussi fournir aux jurys un outil plus solide pour repérer la vision, la résilience et la lucidité des candidats, et mieux incarner la promesse de l’école, former des diplômés capables d’évoluer dans des situations inédites. Sylvie Jean parle d’une épreuve « moins statique », au service d’une « lecture plus juste du potentiel du candidat ».

Soixante scénarios, chacun décliné en deux versions

Pour y parvenir, SKEMA a constitué une banque de soixante scénarios prospectifs, intégrée à son système de gestion des oraux. Les candidats devront désormais remettre leur CV projectif quarante-huit heures avant l’épreuve. Le document sera analysé à l’aide d’un outil d’intelligence artificielle afin de lui associer le scénario le plus pertinent : « La distribution ne sera pas aléatoire. Nous chercherons la meilleure combinaison possible entre le CV et l’un des soixante scénarios, qui viendra bousculer le candidat », précise Sylvie Jean.

Le nouveau CV projectif en chiffres
0
scénarios prospectifs
0
heures pour remettre son cv avant l'épreuve
0
versions par scénario, négative et positive

Soixante scénarios prospectifs, chacun décliné en deux versions, et un CV projectif à remettre quarante-huit heures avant l’épreuve.

Chaque scénario existe en deux versions, l’une négative et l’autre positive, que les jurys mobiliseront successivement afin d’observer le candidat face à l’incertitude dans les deux configurations. Pour les construire, l’école s’est appuyée sur des travaux de prospective publiés régulièrement par des organismes comme l’OCDE ou le National Intelligence Council américain, chacun avec sa méthodologie et ses horizons, de 2030 à 2050. Frédéric Munier, professeur de géopolitique et directeur de SKEMA School of Geopolitics for Business, a largement contribué à ce travail : selon Sylvie Jean, c’est son expertise en géopolitique qui a permis de construire la dimension prospective de l’exercice, éprouvée à l’aide de l’intelligence artificielle. À chaque scénario correspondent deux questions types, accompagnées d’éléments de réponse mis à la disposition des jurys.

Afin que les candidats puissent se familiariser avec le dispositif, une dizaine de scénarios seront rendus publics sous forme de sujets zéro. La nouvelle version s’appliquera à l’ensemble des candidats, qu’ils se présentent par la voie du concours BCE ou par les admissions sur titres.

L'adaptabilité plutôt que l'expertise

Face à soixante scénarios possibles, la crainte d’une question impossible à anticiper est compréhensible. Sylvie Jean la désamorce : la justesse ou la pertinence de la réponse ne seront pas au cœur de l’évaluation. « Nous observerons surtout l’adaptabilité du candidat, sa capacité à se remettre en question quel que soit le scénario, plutôt qu’une expertise précise sur une dimension économique, géopolitique ou autre », explique-t-elle.

Les critères d’évaluation appliqués lors de la session précédente sont conservés ; c’est sur la partie consacrée au CV projectif que les jurys apprécieront cette capacité d’adaptation. Le candidat sera ainsi jugé moins sur le fond de son propos que sur sa manière de réagir : sa résilience, sa capacité à remettre en cause sa vision, son agilité intellectuelle, un terme que la directrice emploie avec réticence. Ce registre rejoint les travaux de Matilde Guilhon, professeure assistante en stratégie sur le campus Grand Paris et directrice du MSc Strategic Management Consulting, dont les recherches portent notamment sur la résilience individuelle et organisationnelle en contexte de turbulence. « Il s’agit de nous montrer que même challengé et perturbé, on ne lâche rien et on se mobilise », poursuit-elle.

Se préparer : esprit critique et connaissance de soi

Pour les candidats de la session 2027, la préparation demandera davantage d’esprit critique et un travail sur soi plus poussé qu’avec la version initiale. « On est solide lorsqu’on est allé au fond de l’exercice, c’est-à-dire lorsqu’on exprime avant toute chose ce que l’on est », souligne Sylvie Jean, pour qui la boucle se referme ainsi : « On sait vraiment qui l’on est lorsqu’on se confronte à l’incertitude. »

Reste la question des profils susceptibles de s’autocensurer face à des scénarios mobilisant la géopolitique ou l’intelligence artificielle, comme les étudiants issus de la voie technologique (ECT) ou de certaines prépas scientifiques. La directrice répond que l’épreuve s’adresse d’abord à l’énergie et à la résilience des candidats. « Tous ne sont pas à égalité, mais nous faisons appel à des ressources liées à la personnalité, au-delà du vécu, de l’origine sociale ou du type de prépa », observe-t-elle. Face à l’incertitude, estime-t-elle, la question est de savoir si l’on trouve le courage d’y faire face, quelle que soit la formation dont on est issu.

Elle y voit même un atout pour certains candidats. « Un étudiant passé par une prépa ECT a connu l’incertitude dès le départ. Il lui a fallu beaucoup de courage, peut-être davantage que dans les voies économiques plus classiques », relève Sylvie Jean, qui estime que le nouveau format pourrait servir en priorité les jeunes ayant déjà affronté, dans leur parcours, une incertitude structurelle.