« Il n’y a rien à perdre, mais tout à gagner »: Naomi, 21 ans, raconte ses dix mois de Service Civique
Communiqué en partenariat avec le Service Civique
Étudiante en gestion, Naomi a mené de front sa deuxième année de licence et une mission de dix mois dans une bibliothèque jeunesse de la Ville de Paris. A 21 ans, elle revient sur une expérience qui a bousculé ses certitudes et précisé ses projets.
Par Thibaud Arnoult

Tout commence loin des rayonnages, lors de sa Journée Défense et Citoyenneté. C’est là que Naomi entend parler pour la première fois du Service Civique. « C’est quelque chose qui m’a attirée dès que j’en ai entendu parler », se souvient-elle. « Mais j’étais en études et je me disais que ce serait trop compliqué. Je l’ai gardé dans un coin de ma tête. »
L’idée y restera deux ans. Le déclic vient d’un calendrier universitaire : sa deuxième année de licence s’annonce moins chargée que les autres années. « Je savais que cette année-là, j’aurais un emploi du temps allégé. C’était le bon moment. » Contrairement à une idée répandue, le dispositif n’oblige pas à mettre ses études entre parenthèses : le contrat d’engagement, distinct d’un contrat de travail, peut se cumuler avec une formation ou un emploi à temps partiel en Service Civique, dès lors que les horaires sont compatibles.
Créé en 2010, le Service Civique est une mission d’intérêt général qui s’adresse aux jeunes de 16 à 25 ans, et jusqu’à 30 ans pour les personnes en situation de handicap. Aucune condition de diplôme n’est exigée : la motivation constitue le principal critère de sélection. Près d’un million de jeunes sont passés par le dispositif depuis sa création, et 135 000 volontaires s’engagent désormais chaque année.
Pour trouver sa mission, Naomi adopte une méthode simple : la veille quotidienne. « Je voulais une mission à Paris, pour ne pas être trop loin de l’université. Je regardais tous les jours les nouvelles offres pour en trouver une qui me convienne et respecte mes horaires. » Les missions, réparties en dix domaines (solidarité, éducation, environnement, culture, sport, mémoire et citoyenneté…), sont publiées sur le site officiel service-civique.gouv.fr.
Elle repère une annonce de la Ville de Paris, un des organismes d’accueil, qui ouvre, à elle seule, plusieurs centaines de postes chaque année. La suite va vite : « J’ai postulé en ligne, puis j’ai été recontactée pour préciser ce que je voulais faire et ma motivation. J’ai eu un entretien, et le jour même, ils m’ont annoncé que j’étais prise. »
Sa mission relève du domaine de l’éducation : au sein d’une bibliothèque jeunesse du quinzième arrondissement, Naomi accompagne des enfants dans leurs devoirs et organise des animations. Ses journées suivent le rythme scolaire. « J’avais entre trente minutes et une heure pour préparer mon planning et identifier les élèves que j’allais avoir. Les enfants arrivaient petit à petit après la classe, vers 16h30, et jusqu’à la fermeture à 18h30. C’étaient les périodes les plus chargées. » Le samedi, elle est présente toute la journée.
Au total : 24 heures hebdomadaires, le plancher minimum fixé par le dispositif, pendant dix mois. Le matin, la jeune femme suit ses cours de licence, qu’elle retrouve parfois aussi en soirée. Son université a facilité l’équation : « Un système permet aux volontaires de s’inscrire en priorité, pour obtenir un emploi du temps qui correspond à la mission. »
Avant de commencer, Naomi n’avait pas d’idées reçues, plutôt une inconnue. « Je ne savais pas complètement à quoi m’attendre. Je pensais que ce serait plus strict. Finalement, j’avais beaucoup de liberté, et c’est justement ce qui m’a permis de gagner en autonomie. » Elle construit son agenda, ajuste au fil des semaines le nombre d’enfants qu’elle accueille. « Mes collègues étaient là pour me soutenir, me conseiller et m’aider à réguler pour que ce soit fait de la meilleure façon. »
L’encadrement, obligatoire dans toute mission de Service Civique, prend la forme d’un tutorat. Sa tutrice, bibliothécaire, fait le point avec elle presque quotidiennement, avant l’arrivée des enfants : ce qui fonctionne, ce qui coince, les difficultés du moment. S’y ajoutent les formations prévues par le dispositif : la formation civique et citoyenne, le PSC (« Je l’ai toujours voulu, j’ai trouvé génial de pouvoir le passer grâce à mon Service Civique ») et l’accompagnement au projet d’avenir, des temps de réflexion sur la suite du parcours. « Le Service Civique permet d’acquérir des compétences qu’on n’aurait pas forcément imaginées », résume-t-elle.
Côté conditions, Naomi retient trois avantages : « Une indemnisation de 620 euros par mois, des jours de congés qui n’impactent pas l’indemnisation et une carte de volontaire qui donne les mêmes avantages qu’aux étudiants. »
Dans le détail, l’indemnité s’élève à 619,83 euros nets par mois, dont 504,98 euros versés par l’État et 114,85 euros pris en charge par l’organisme d’accueil. Elle n’est pas imposable, et une majoration de 114,95 euros est prévue pour les boursiers des échelons 5 à 7 et les jeunes issus d’un foyer bénéficiaire du RSA, soit 734,68 euros au total.
Le statut comprend aussi la couverture par la sécurité sociale, deux jours de congés par mois et la prise en charge par l’État des cotisations retraite : les trimestres effectués comptent.
Interrogée sur ce que la mission lui a apporté, Naomi répond d’abord sur le terrain personnel. « Ça m’a aidée à réfléchir à ce que je veux vraiment faire plus tard. Je me suis rendu compte que j’aimais beaucoup être au contact des enfants et des jeunes. Et ça m’a permis de devenir plus autonome et d’acquérir l’esprit d’équipe. »
Le déclic vient de son entourage professionnel. « Ma tutrice et les autres personnes de la bibliothèque m’ont dit : « Tu as quelque chose avec les jeunes, ils arrivent à se confier à toi. Tu devrais y réfléchir. » ». Elle décide alors de passer son BAFA. En tant que volontaire, elle bénéficie, sur demande auprès de la CAF, d’un financement de la partie théorique de cette formation.
L’expérience débouche aussi sur un premier emploi : un job étudiant de bibliothécaire, un week-end sur deux, dans une médiathèque voisine. « Le Service Civique m’a été très utile : j’avais déjà une connaissance du fonctionnement des bibliothèques parisiennes. Je pense que ça a beaucoup pesé sur la balance. »
Le Service Civique peut être présenté comme un moyen de confirmer un projet. Chez Naomi, il a plutôt joué le rôle inverse. « Je ne dirais pas que ça a confirmé que j’étais dans le bon domaine d’études. Au contraire, ça m’a permis de voir qu’il y avait d’autres domaines qui m’intéressaient un peu plus. » Elle choisit néanmoins de terminer sa licence de gestion, qu’elle achève cette année : il ne lui restait qu’un an. Pour la suite, elle vise un master de gestion, avec un plan B assumé : « Si je n’obtiens pas de master, je ferai une année de césure dans l’animation. » Animation ou bibliothèques : « À l’avenir, ce ne serait pas impossible que je travaille dans l’un de ces deux domaines. »
Un cheminement conforme à l’esprit du dispositif, où l’accompagnement au projet d’avenir sert précisément à confirmer une vocation ou à écarter une piste avant de s’engager dans plusieurs années d’études. L’expérience se valorise ensuite : selon le baromètre 2024 du Service Civique, près de 70 % des recruteurs la considèrent comme un atout sur un CV, et chaque volontaire reçoit à l’issue de sa mission une attestation officielle ainsi qu’un bilan nominatif récapitulant les compétences développées, utilisables dans un dossier Parcoursup, une candidature en master ou un entretien. « C’est ma plus grosse expérience, dix mois. Je pense que ça jouera en ma faveur », anticipe l’étudiante, qui entame ses recherches de stage.
Restent les souvenirs. Le plus marquant ? Ses derniers jours. « Mes collègues ont organisé un repas, elles m’ont offert plein de cadeaux et m’ont dit que, parmi tous les volontaires qu’elles avaient accueillis, j’avais été géniale. Les enfants aussi m’ont couverte de cadeaux. C’était très touchant. » Le plus difficile ? « Faire face à des enfants qui manquent de concentration. On se rend compte qu’il faut apprendre à s’adapter à tous les publics, être un peu plus derrière eux, tout en les mettant en valeur et en leur faisant comprendre qu’ils peuvent y arriver. »
Quant au cliché qu’elle aimerait casser sur le Service Civique : « L’idée qu’on ne fait pas grand-chose, que ce n’est pas valorisant, qu’on n’en ressort rien. C’est complètement faux. Un Service Civique, c’est tellement enrichissant, plus qu’on ne le pense. Moi qui étais venue avec une idée précise de ce que j’allais faire plus tard, ça m’a permis de me découvrir moi-même. »
À qui le recommande-t-elle ? « À tous les jeunes, peu importe le parcours », à une condition : « faire preuve d’un minimum d’ouverture », puisque les missions placent les volontaires au contact du public. « Ce qui fait vraiment la différence, c’est la volonté et la motivation. » Pour ceux qui hésitent, le conseil tient en une phrase : « Il faut y aller. Il n’y a rien à perdre, mais tout à gagner. » Et si c’était à refaire ? Elle passerait simplement son BAFA théorique avant la mission, « pour appréhender certaines choses différemment ». Pour le reste, elle ne changerait rien : « C’était vraiment un moment de plaisir. »
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