ESIEA : Quel métier de la cybersécurité choisir en 2027 ?

Quel métier de la cybersécurité choisir en 2027 ?

Contenu réalisé en partenariat avec ESIEA

Hameçonnage, piratage de comptes, rançongiciels, vols de données : la cybermenace s’est installée dans le quotidien des administrations, des entreprises et des particuliers. Pour y faire face, la cybersécurité a donné naissance à une large palette de métiers, de l’analyste qui surveille les réseaux jour et nuit au responsable qui pilote la stratégie de sécurité d’un grand groupe. Missions, compétences, salaires et études : la fiche d’identité des fonctions qui recrutent en 2027.

Par Thibaud Arnoult 

Une menace devenue quotidienne

La cybercriminalité ne vise plus seulement les grandes entreprises ou les États. En 2025, le dispositif national d’assistance aux victimes Cybermalveillance.gouv.fr a traité plus de 504 000 demandes d’assistance, soit 20 % de plus qu’en 2024, émanant à 93 % de particuliers. Les demandes des entreprises et des associations ont bondi de 73 %, le piratage de comptes devenant pour elles la première menace, devant l’hameçonnage et la fraude au virement.

Les modes opératoires se professionnalisent. Les rançongiciels paralysent régulièrement des hôpitaux, des collectivités ou des sites industriels, et chaque fuite de données alimente de nouvelles campagnes d’hameçonnage, d’autant plus crédibles qu’elles s’appuient sur des informations personnelles réelles. L’intelligence artificielle accentue le phénomène en permettant de produire à grande échelle des messages frauduleux personnalisés, mais elle équipe aussi les défenseurs, qui s’appuient sur l’apprentissage automatique pour trier les alertes et repérer les comportements anormaux.

Face à cette menace protéiforme, la cybersécurité ne constitue plus un métier unique, mais un ensemble de fonctions complémentaires, à la fois techniques, juridiques et managériales. Des écoles d’ingénieurs du numérique comme l’ESIEA, dont plusieurs formations sont labellisées par l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (Anssi), se sont organisées pour y préparer, du bachelor au mastère spécialisé.

L'année 2026, révélatrice de l'exposition du pays

Le 15 avril, l’Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) a été victime d’une fuite touchant près de 12 millions de comptes, selon le ministère de l’Intérieur. Le gouvernement a présenté dans la foulée un plan de quarante mesures, doté de 200 millions d’euros supplémentaires, pour renforcer la cybersécurité des administrations. L’été a pourtant apporté une nouvelle série d’incidents, d’une ampleur inédite pour l’administration fiscale.

Fin juin, les identifiants d’un agent de la direction générale des finances publiques (DGFiP) et d’un compte tiers habilité ont été usurpés. L’intrusion a été bloquée, mais elle a permis d’extraire des données concernant quelque 678 000 particuliers et professionnels : revenu fiscal de référence, taux de prélèvement à la source, coordonnées et, pour les entreprises, numéro Siren. Le vol n’a été confirmé que le 14 août, après la publication d’une revendication sur un forum de cybercriminels, et deux autres brèches ont suivi, sur le serveur professionnel de données cadastrales puis sur le portail des successions vacantes.

Le 17 août, le premier ministre, Sébastien Lecornu, a réuni pour la première fois la cellule interministérielle de crise cyber et demandé la création d’une unité d’intervention composée d’agents de l’Anssi. Le lendemain, le ministre de l’Action et des Comptes publics, David Amiel, a reconnu une « dette technique » de l’État et annoncé la généralisation de la double authentification aux agents de la DGFiP d’ici à la fin de l’année, un audit confié à l’Anssi et un programme de « bug bounty », qui rémunère la découverte de failles.

Les bases de données privées constituent une autre porte d’entrée, y compris pour les personnalités les plus exposées. Selon Le Canard enchaîné, le numéro de téléphone portable de Sébastien Lecornu circule désormais en ligne, après le piratage d’un site de vente de vêtements sur lequel il avait passé commande. Pour Sébastien Forte, fondateur du site spécialisé French Breaches, cité par Slate, le danger s’inscrit dans la durée :

« Le principal risque ne se situe pas au lendemain de la fuite, c’est l’utilisation de ces informations des mois ou années plus tard.« 

Sébastien Forte – Fondateur – French Breaches

Un marché de l'emploi sous tension

Cette menace se traduit directement sur le marché du travail. L’Observatoire des métiers de l’Anssi a recensé plus de 23 000 offres d’emploi en cybersécurité publiées en France entre juin 2023 et juin 2024, un volume en hausse de 49 % depuis 2019. Les employeurs, souligne l’agence, continuent de rencontrer de grandes difficultés à recruter, malgré la multiplication des formations.

Les projections vont dans le même sens : l’Observatoire paritaire des métiers du numérique, de l’ingénierie, du conseil et de l’événement (Opiiec) estime à 25 000 le nombre de postes à pourvoir d’ici à 2028. Le niveau de qualification demandé reste élevé, puisque 40 % des offres exigent un bac+5, et le secteur demeure très masculin, les hommes représentant 85 % des professionnels interrogés par l’Anssi. La transposition en droit français de la directive européenne NIS2, qui doit soumettre plusieurs milliers d’organisations supplémentaires à des obligations de sécurité, devrait encore accroître les besoins.

Surveiller et réagir : les métiers de la défense

Analyste SOC. Posté dans un centre opérationnel de sécurité (SOC, pour security operations center), il surveille en temps réel les événements remontés par les systèmes d’information, trie les alertes, écarte les faux positifs et, après analyse, qualifie les incidents avérés. Il travaille avec des outils de gestion des événements de sécurité (SIEM), comme Splunk ou QRadar, et s’appuie sur des référentiels de techniques d’attaque, tel MITRE ATT&CK. Les SOC fonctionnent souvent en continu, avec des niveaux de responsabilité croissants, de l’analyste qui traite les premières alertes à l’expert qui mène les investigations complexes, et parfois des horaires décalés ou des astreintes. Accessible dès bac+3, le poste constitue une porte d’entrée fréquente dans le secteur : un analyste junior débute entre 40 000 et 48 000 euros bruts annuels en Île-de-France.

Spécialiste de la réponse à incident. Lorsque l’attaque est avérée, les équipes de réponse à incident, souvent appelées CERT ou CSIRT, prennent le relais. Leur mission consiste à contenir l’intrusion, identifier la porte d’entrée, évaluer les données touchées, puis piloter la remise en état des systèmes. L’investigation numérique, ou forensic, permet d’analyser disques, mémoire et journaux pour reconstituer le déroulé de l’attaque et préserver les preuves en vue d’une éventuelle plainte. Ces équipes accompagnent aussi les organisations dans leurs obligations, comme la notification d’une violation de données personnelles à la CNIL dans un délai de soixante-douze heures. La rémunération moyenne d’un analyste CERT ou CSIRT s’établit autour de 45 000 euros bruts annuels, dans une fourchette de 30 000 à 75 000 euros selon l’expérience.

Tester les défenses : les métiers de l'offensif

Pentester. Auditeur en tests d’intrusion, parfois qualifié de hacker éthique, il attaque les systèmes de ses clients avec leur accord, dans un périmètre défini par contrat, afin d’en révéler les failles avant que des acteurs malveillants ne les exploitent. Une mission type commence par la définition du périmètre, se poursuit par plusieurs jours de tests sur une application web, une interface de programmation (API), un réseau interne ou un environnement cloud, et s’achève par un rapport qui classe les vulnérabilités selon leur gravité et propose des corrections, avant une restitution aux équipes techniques. La certification OSCP fait figure de référence pour les profils les plus techniques. Un pentester junior débute entre 42 000 et 50 000 euros bruts annuels en Île-de-France, et un expert peut dépasser 95 000 euros.

Auditeur et chercheur de vulnérabilités. L’auditeur technique évalue la robustesse des configurations et la qualité du code au regard des bonnes pratiques et des référentiels de sécurité. Les programmes de « bug bounty », comme celui que l’État vient d’annoncer, prolongent cette logique : des chercheurs indépendants, souvent réunis sur des plateformes spécialisées comme la française YesWeHack, sont rémunérés pour chaque vulnérabilité qu’ils signalent.

Concevoir des systèmes sûrs : ingénierie et architecture

Ingénieur cybersécurité. Il déploie et administre les solutions de protection, qu’il s’agisse de pare-feu, d’outils de détection installés sur les postes de travail ou d’un gestionnaire des identités et des accès, durcit les configurations et participe aux projets de sécurisation. Le métier représente 15 % des offres d’emploi recensées par l’Anssi, et un ingénieur débutant perçoit généralement entre 45 000 et 52 000 euros bruts annuels en Île-de-France.

Architecte sécurité. Premier métier en volume d’offres, avec 21 % des annonces selon l’Anssi, l’architecte sécurité conçoit des infrastructures résistantes dès leur conception : cloisonnement des réseaux, contrôle des accès, chiffrement, application du principe de « zero trust », qui consiste à n’accorder aucune confiance par défaut. Le poste exige en général un bac+5 et une expérience solide, souvent de l’ordre de huit ans, et se rémunère entre 78 000 et 85 000 euros bruts annuels pour un profil confirmé.

DevSecOps et cryptographe. Profil hybride très recherché par les start-up et les éditeurs de logiciels, souvent passé par le métier de développeur, le DevSecOps intègre la sécurité directement dans les chaînes de développement, avec des contrôles automatisés du code à chaque mise en production ; il débute entre 48 000 et 58 000 euros bruts annuels. Plus rares, les cryptographes, souvent titulaires d’un doctorat, conçoivent et évaluent les mécanismes de chiffrement, un champ relancé par la préparation de la transition vers des algorithmes résistants aux futurs ordinateurs quantiques, que suit de près l’Anssi.

Piloter le risque : gouvernance et conformité

Consultant en gouvernance, risques et conformité (GRC). Il aide les organisations à se mettre en conformité avec un corpus de textes qui ne cesse de s’étoffer : norme ISO 27001, RGPD, directive NIS2 ou règlement européen DORA, applicable au secteur financier depuis janvier 2025. Concrètement, il conduit des analyses de risques, par exemple avec la méthode EBIOS Risk Manager publiée par l’Anssi, rédige des politiques de sécurité, prépare les audits et forme les équipes à la gestion de crise. Profil à la frontière de la technique et du droit, il débute entre 45 000 et 55 000 euros bruts annuels en Île-de-France.

Responsable de la sécurité des systèmes d’information (RSSI). Il définit la politique de sécurité de l’organisation, arbitre les investissements, encadre les équipes et rend compte à la direction générale, en particulier en situation de crise. Rarement confié en début de carrière, le poste se rémunère entre 70 000 et 90 000 euros bruts annuels pour un profil confirmé, et la rémunération des directeurs de la sécurité des grands groupes peut dépasser 140 000 euros.

Ces familles de métiers communiquent largement entre elles. Selon l’Anssi, la moitié des professionnels en poste ne venaient pas initialement de la cybersécurité, signe que les trajectoires se construisent souvent par passerelles, depuis l’informatique, les réseaux ou le développement logiciel.

 

Repères de salaires annuels bruts en Île-de-France (2026)

Métier Débutant Confirmé Senior
Analyste SOC
40 000 à 48 000 € 50 000 à 65 000 € 65 000 à 80 000 €
Pentester
42 000 à 50 000 € 52 000 à 70 000 € 70 000 à 95 000 € et plus
Ingénieur cybersécurité
45 000 à 52 000 € 55 000 à 70 000 € 70 000 à 85 000 €
Consultant GRC
45 000 à 55 000 € 58 000 à 75 000 € 75 000 à 100 000 €
DevSecOps
48 000 à 58 000 € 60 000 à 80 000 € 80 000 à 110 000 €
Architecte sécurité
66 000 € 78 000 à 85 000 € 86 000 à 96 000 €
RSSI
55 000 à 70 000 € 70 000 à 90 000 € 90 000 à 130 000 €

Source : baromètres de rémunération Robert Half, Licorne Society et Guardia School, compilés en février 2026. En région, une décote de 10 à 15 % s’applique généralement.

Se former, du bachelor au mastère spécialisé

Le choix de la formation dépend du niveau de responsabilité visé. Les fonctions d’administration et de supervision restent accessibles à bac+2 ou bac+3, tandis que l’ingénierie, l’architecture et l’audit requièrent le plus souvent un bac+5. Face à une offre pléthorique, le label SecNumedu, délivré par l’Anssi aux formations qui respectent un référentiel précis, constitue un repère utile : selon l’Opiiec, seules quelque 80 des 900 formations en cybersécurité recensées en France en 2025 en bénéficiaient.

C’est le cas des formations en cybersécurité de l’ESIEA, école d’ingénieurs du numérique fondée en 1958 et pilotée par ses anciens élèves. La majeure Cybersécurité de son cycle ingénieur, habilité par la Commission des titres d’ingénieur (CTI), est labellisée SecNumedu et prépare aux postes d’architecte sécurité, de consultant, d’auditeur technique ou de chef de projet sécurité. Son mastère spécialisé Sécurité de l’information et des systèmes, également labellisé, est une formation de niveau bac+6 de douze mois, dont six de stage, qui ouvre aux métiers de pentester, de risk manager ou de RSSI.

Les étudiants s’appuient sur le laboratoire Confiance numérique et sécurité de l’école, qui a notamment participé au projet DAVFI, un antivirus open source soutenu par l’État, et, sur le campus d’Ivry-sur-Seine inauguré fin 2025, sur un data center pédagogique où ils peuvent monter et démonter des systèmes complets sans affecter le réseau de l’établissement. L’école propose aussi des parcours plus courts ou plus ciblés : un bachelor Cybersécurité habilité par la CTI, dont la troisième année peut se faire en alternance, un bachelor Responsable cybersécurité systèmes et réseaux, tourné vers l’administration et la sécurisation des infrastructures, ainsi qu’un master Management et conseil en cybersécurité, construit en double diplôme avec SKEMA Business School pour les profils attirés par le conseil et la gouvernance.

Selon les données publiées par l’école, ses jeunes diplômés perçoivent un salaire moyen de sortie de 46 561 euros bruts annuels, toutes spécialités confondues. Membre du Campus Cyber et de l’association Women4Cyber France, l’ESIEA revendique aussi un effort pour diversifier les profils dans un secteur où les femmes restent très minoritaires. Parmi ses anciens élèves figure Jacques de la Rivière, fondateur de Gatewatcher, entreprise spécialisée dans la détection des cybermenaces.

Son directeur général, Loïc Roussel, insiste sur les qualités que l’intelligence artificielle ne remplacera pas :

« Les ingénieurs doivent être tout ce que la machine ne peut pas être : créatifs, curieux, critiques, capables d’innover et responsables.« 

Loïc Roussel – Directeur général – ESIEA

Une exigence qui prend tout son sens dans un domaine où attaquants et défenseurs recourent désormais aux mêmes outils d’automatisation.