Parcoursup : présidents d’universités et directeurs d’écoles de management veulent améliorer l’outil plutôt que le supprimer
Au cœur des revendications lycéennes depuis plusieurs semaines, Parcoursup cristallise les inquiétudes des jeunes et de leurs familles autour de l’orientation post-bac. Faut-il pour autant supprimer la plateforme ? Dans un communiqué publié le dimanche 25 octobre, France Universités, qui regroupe les présidents d’université, défend une autre approche : réformer Parcoursup plutôt que le supprimer.
Pour l’association, les véritables problèmes résident dans le manque de moyens et la nécessité de repenser en profondeur l’orientation. Le lendemain, la Conférence des directeurs des écoles françaises de management (CDEFM) lui fait écho : sans remettre en cause l’utilité d’une plateforme nationale d’admission, elle formule plusieurs recommandations pour faire évoluer Parcoursup et mieux accompagner les lycéens dans leurs choix d’orientation.
Par Valentine Dunyach
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Mise à jour du 26 octobre :
Le gouvernement a annoncé ce lundi le remplacement de Parcoursup par un nouveau système d’admission pour la campagne 2028, avec de premières évolutions dès la campagne 2027. Parmi les autres mesures présentées figurent l’ouverture de 15 000 places dans l’enseignement supérieur et le plafonnement à 28 élèves des classes de seconde. Sébastien Lecornu, entouré d’Édouard Geffray et de Philippe Baptiste, en a détaillé les contours : lettres de motivation, motifs de refus, contrôle continu, places dans le supérieur, emplois du temps et bourses.
Découvrir notre article : Remplacement de Parcoursup, plus de transparence dans la procédure, classes à 28 : ce que Sébastien Lecornu a détaillé à Thotis
Depuis le 25 septembre, des blocus lycéens sont organisés partout en France pour dénoncer le manque de moyens dans l’Éducation nationale, mais aussi soulever d’autres revendications. Après une dizaine de jours de mobilisation, le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé cinq chantiers confiés au ministre de l’Éducation nationale. Ils portent notamment sur le remplacement des enseignants absents et les postes vacants, les conditions d’enseignement, les emplois du temps, la consultation des conseils de la vie lycéenne et l’orientation, avec un objectif : la rendre « compréhensible et réellement accessible ». Ce dernier volet prévoit des améliorations de Parcoursup pour la campagne 2027.
Parcoursup et le stress lié à l’orientation figurent en effet parmi les préoccupations exprimées par de nombreux lycéens. Si la plateforme permet à une large majorité de candidats d’obtenir une proposition d’admission, elle suscite toujours des interrogations. En 2026, sur 1 046 000 inscrits, plus de 80 % des lycéens avaient reçu une proposition une semaine après l’ouverture de la phase d’admission. Pourtant, les enquêtes de satisfaction font état de réserves persistantes : en 2025, 84 % des lycéens jugeaient la procédure stressante, tandis qu’en 2026, moins de la moitié estimaient la plateforme transparente.
Les critiques portent notamment sur le manque de lisibilité des critères de sélection, la prise en compte du lycée d’origine et un calendrier qui peut contraindre les candidats à réfléchir à leurs vœux en pleine période d’examens. Certains lycéens ont également le sentiment que leurs dossiers sont évalués par un système entièrement automatisé, sans toujours comprendre les raisons d’un refus. Le poids des spécialités suivies, les appréciations des enseignants ou encore les quotas appliqués restent difficiles à appréhender pour une partie des candidats.
En 2026, plus de 80 % des lycéens disposaient d’une proposition une semaine après l’ouverture de la phase d’admission. Pourtant, 84 % jugeaient la procédure stressante en 2025, et les 54 heures d’orientation prévues chaque année au lycée restent rarement assurées.
C’est dans ce climat que France Universités a choisi de s’exprimer. L’association rappelle d’abord que, « depuis le début de la mobilisation lycéenne et étudiante, France Universités s’est exprimée plusieurs fois en soutien à la jeunesse ». Le ton est donné d’emblée : « Les inquiétudes des bacheliers et de leur famille en matière de parcours d’études sont légitimes. Il faut les entendre. »
Les présidents d’université ne balaient donc pas la colère d’un revers de main. Mais ils refusent la conclusion que certains en tirent, à savoir la disparition pure et simple de la plateforme. Leur position tient en une phrase, placée en tête du communiqué : « Supprimer Parcoursup n’est pas la solution magique. »
Le lendemain, c’est au tour de la Conférence des directeurs des écoles françaises de management (CDEFM), qui regroupe 36 des plus grandes écoles de management françaises, de prendre position. Elle aussi part des attentes des jeunes : « Derrière chaque candidature, il y a un projet, des ambitions et souvent de nombreuses questions. » Face aux attentes exprimées par les lycéens, la CDEFM formule plusieurs recommandations pour « faire évoluer Parcoursup et donner à chacun les moyens de faire des choix éclairés pour son avenir ».
Comme France Universités, la CDEFM ne plaide pas pour la disparition de l’outil. Pour la conférence, « les interrogations exprimées ces dernières semaines ne remettent pas en cause l’utilité d’une plateforme nationale d’admission dans l’enseignement supérieur. Elles soulignent la nécessité de mieux accompagner les lycéens au moment où ils construisent leur projet d’études. »
Pour défendre l’outil, France Universités évoque sa fonction première. « Parcoursup est une plateforme de mise en relation des candidates et candidats avec les établissements d’enseignement supérieur », rappelle le communiqué. « Créé en 2018, le dispositif a bénéficié d’améliorations successives dans un triple but de transparence, de simplicité d’utilisation et de rapidité de réponse. »
Surtout, l’association rappelle qui sont les décisionnaires finaux : « L’examen des candidatures, par des commissions pédagogiques composées d’enseignantes et d’enseignants, autrement dit par des humains et non pas des algorithmes arbitraires, permet d’estimer la pertinence des dossiers au regard des formations demandées. » Et France Universités d’ajouter : « Le niveau d’exigence et la cohérence des parcours des lycéennes et lycéens constituent les conditions de la réussite de chacune et de chacun. »
La CDEFM insiste, de son côté, sur l’équité de cet examen : « Pour évaluer une candidature de manière équitable, les résultats scolaires ne peuvent être analysés indépendamment de leur contexte. » Alors que certains lycéens dénoncent la prise en compte du lycée d’origine, la conférence souhaite au contraire le maintien de l’information relative au lycée d’origine. Selon elle, cette donnée « permet de mieux apprécier les résultats obtenus au regard de l’environnement scolaire de chaque candidat et de valoriser plus justement la diversité des parcours, des établissements et des territoires ».
Pour France Universités, le cœur de l’argumentaire est ailleurs. Pour les présidents d’université, Parcoursup sert de bouc émissaire à un problème budgétaire : « Il est majeur de ne pas confondre l’outil et la politique délibérée de réduction des moyens, qui, ces dernières années, a créé de fortes tensions pour l’entrée dans l’enseignement supérieur », écrit l’association.
Le communiqué désigne précisément les filières concernées. « Parcoursup, en effet, n’est responsable ni de l’insuffisance des capacités d’accueil dans certaines filières universitaires très demandées, comme la santé, ni du manque de places offertes en STS et propres à donner de vraies chances de réussite aux titulaires de baccalauréats techniques ou professionnels qui ne trouvent pas, en licence, la réponse pertinente à leur projet personnel. »
Autrement dit, la plateforme ne fait que rendre visible une pénurie de places qu’elle n’a pas créée. La CDEFM aborde la question de l’offre sous un autre angle : elle appelle à « mieux adapter l’offre de formation aux besoins des territoires et aux perspectives d’emploi des futurs diplômés ».
France Universités élargit ensuite le débat bien au-delà de la plateforme. « C’est aussi l’orientation qu’il faut revoir en profondeur », affirme l’association, avant de dresser un diagnostic : « L’articulation entre l’enseignement scolaire et l’enseignement supérieur ne fonctionne pas de manière optimale dans notre pays. ».
Le problème n’aurait rien de nouveau. « Ces insuffisances systémiques, observées de longue date, n’ont jamais été véritablement traitées, malgré les alertes en ce sens, dont France Universités s’est régulièrement fait l’écho », souligne le communiqué.
Deux leviers sont avancés ; le premier concerne la formation des équipes : « Dans les lycées, il faut des enseignants formés à l’orientation. » Le second vise la réforme du lycée, accusée d’avoir allongé et alourdi la période des choix. « La dernière réforme du lycée amène les élèves et leur famille à anticiper toujours plus tôt leur choix d’études, souvent même dès le collège, ce qui accentue le stress d’une période d’orientation devenue beaucoup trop longue. »
La CDEFM veut, elle aussi, « faire de l’orientation un accompagnement tout au long du lycée », car « une orientation réussie se construit dans la durée ». Elle appelle à la mise en œuvre effective des 54 heures annuelles dédiées à l’orientation, ainsi qu’au déploiement des dispositifs prévus dans le cadre du Plan Avenir. Elle souhaite également renforcer les échanges entre les lycéens et les établissements d’enseignement supérieur « afin que chacun puisse mieux comprendre les formations, leurs débouchés et les multiples parcours qui s’offrent à lui ».
Afin de limiter les situations dans lesquelles des candidats se retrouvent sans proposition d’admission, la CDEFM propose également que chaque lycéen formule au moins un vœu dans une formation non sélective cohérente avec son projet.
Défendre Parcoursup ne signifie pas pour autant le juger parfait. France Universités le reconnaît sans détour : « Pour ce qui concerne l’outil Parcoursup lui-même, des possibilités d’amélioration existent encore en termes de transparence et de rythme de traitement des vœux d’orientation exprimés. »
L’association évoque la concertation en cours. « Des groupes de concertation viennent d’être constitués dont les propositions sont attendues à très brève échéance pour apporter des réponses », indique le communiqué, qui fixe une exigence claire au gouvernement : « Elles devront être mises en œuvre sans délai. »
La CDEFM détaille ses propres pistes. Sur la transparence, elle part d’un principe : « L’accès à une information claire et fiable est une condition essentielle pour permettre aux jeunes de faire des choix éclairés. » Elle recommande de rendre plus lisibles les données relatives à la sélectivité des formations et à l’insertion professionnelle des diplômés, d’harmoniser les indicateurs aujourd’hui disponibles et d’intégrer les résultats de la phase complémentaire dans les statistiques publiées.
Sur le calendrier, la conférence rappelle que « l’attente des réponses demeure l’une des principales sources d’incertitude et de stress pour les lycéens et leurs familles ». Elle propose donc d’avancer le calendrier des admissions au printemps, afin que chacun puisse se projeter plus en amont dans la préparation de sa rentrée, « qu’il s’agisse du logement, du financement des études ou de l’organisation de sa future vie étudiante ». Selon la CDEFM, une telle évolution contribuerait également à renforcer la cohérence globale du système d’admission dans l’enseignement supérieur, « en France et vis-à-vis des pratiques à l’international ». Enfin, afin de préserver l’efficacité des procédures d’admission internationales, elle recommande de maintenir le traitement des candidatures étrangères par Campus France.
France Universités conclut son communiqué par une mise en garde : « La suppression précipitée de Parcoursup sans solution de remplacement conduirait à une catastrophe à court terme, qu’il faudra assumer devant les prochains bacheliers, en juillet. »
Au-delà de l’urgence, les présidents d’université réclament une vision de long terme. « La France a besoin d’une politique ambitieuse, de long terme, pour son enseignement supérieur et sa recherche, tout autant que pour son enseignement scolaire », plaide France Universités, qui interpelle directement la classe politique : « Les candidats à la présidentielle de 2027 doivent donc impérativement s’en saisir. »
La CDEFM, qui a présenté ces recommandations en adéquation avec la publication de ses 20 propositions pour la Présidentielle, résume ainsi sa démarche : « Rendre les parcours plus lisibles, mieux préparer les choix d’orientation et réduire les incertitudes liées aux admissions constituent aujourd’hui des leviers concrets pour répondre aux attentes des candidats et de leurs familles. » Son président, Vincenzo Vinzi, ajoute :
« Derrière chaque dossier Parcoursup, il y a un projet d’avenir. Notre priorité doit être d’aider les jeunes à faire des choix éclairés, grâce à une information claire, un accompagnement de qualité et des procédures qui garantissent l’équité entre les candidats. Les évolutions que nous proposons visent à permettre à chaque lycéen d’aborder la suite de son parcours avec davantage de confiance et de sérénité.«
Vincenzo Vinzi – Président – Conférence des directeurs des écoles françaises de management (CDEFM)
Les deux voix se répondent et convergent sur l’essentiel : faire évoluer Parcoursup plutôt que le supprimer. À court terme, corriger ce qui peut l’être dans la plateforme avant la prochaine session. À plus long terme, s’attaquer aux causes profondes du malaise, de l’orientation au lycée jusqu’aux capacités d’accueil de l’enseignement supérieur, en passant par une information plus lisible pour les candidats et leurs familles.
Parcoursup : les propositions de France Universités et de la CDEFM en un coup d’œil
| Thème | France Universités | CDEFM |
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Avenir de Parcoursup
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Améliorer la plateforme plutôt que la supprimer
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Faire évoluer la plateforme, sans remettre en cause l'utilité d'une plateforme nationale d'admission
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Examen des candidatures
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Commissions pédagogiques composées d'enseignants, et non des algorithmes
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Maintien de l'information relative au lycée d'origine pour évaluer les résultats en contexte
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Offre de formation
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Capacités d'accueil insuffisantes en santé, manque de places en STS
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Mieux adapter l'offre aux besoins des territoires et aux perspectives d'emploi
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Orientation
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Enseignants formés à l'orientation, période de choix jugée trop longue
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54 heures annuelles effectives, Plan Avenir, au moins un vœu en formation non sélective
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Transparence
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Possibilités d'amélioration reconnues
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Données lisibles sur la sélectivité et l'insertion, indicateurs harmonisés, phase complémentaire intégrée aux statistiques
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Calendrier
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Rythme de traitement des vœux à améliorer, mesures à appliquer sans délai
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Admissions avancées au printemps, candidatures étrangères maintenues via Campus France
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