Bannière THOTIS Métiers annonçant deux études sur le transport maritime et la sécurité des parcours (09.09.2026).

Réglementations environnementales, nouvelles motorisations, numérisation des activités : le transport maritime traverse une période de mutations profondes qui bouscule ses métiers et ses compétences. Pour accompagner ce virage, la branche Transports maritimes publie, avec l’appui d’OPCO Mobilités, deux études de référence consacrées à l’impact des évolutions technologiques et aux parcours professionnels des marins. Premier enseignement : 57% des entreprises du secteur identifient la décarbonation et les énergies alternatives comme un besoin majeur de formation pour 2026. Thotis fait le point sur un panorama inédit d’un secteur qui porte 90% du commerce international. 

Par La Rédaction

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Un secteur stratégique qui porte 90% du commerce international

Le poids économique du transport maritime dépasse largement sa visibilité médiatique : le secteur représente 90% du commerce international. En France, il regroupe 760 entreprises et emploie près de 28 000 salariés, confrontés à de profondes mutations économiques, réglementaires, technologiques et environnementales, ainsi qu’à des difficultés de recrutement sur plusieurs métiers clés. C’est dans ce contexte que la branche Transports maritimes publie, avec l’appui d’OPCO Mobilités, deux études de référence : la première consacrée à l’impact des évolutions technologiques sur les activités, les emplois et les compétences, la seconde aux parcours professionnels des marins.

Menés en 2025-2026 auprès de plusieurs dizaines d’armateurs, de navigants, d’organismes de formation et d’experts, ces travaux dressent un panorama inédit du secteur. Les chiffres témoignent d’une dynamique positive : la branche comptait 18 445 navigants en 2023, un effectif en progression de 7,7% sur un an. Ces navigants, qui représentent les deux tiers des effectifs, exercent majoritairement dans le transport de passagers (52%). Les services portuaires, du pilotage au remorquage en passant par le lamanage, l’avitaillement et la maintenance portuaire, concentrent environ un quart des effectifs, tandis que le transport de marchandises représente environ 7% du personnel navigant.

 

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Des parcours professionnels variés mais des trajectoires encore freinées

L’étude consacrée aux parcours des marins met en évidence des trajectoires professionnelles caractérisées par des parcours variés, combinant évolutions internes, mobilités et reconversions. Des perspectives existent, notamment en début de carrière, mais elles reposent fortement sur deux leviers : l’expérience embarquée et la formation. Plusieurs facteurs viennent toutefois freiner ces trajectoires : les contraintes réglementaires et de navigation, le coût et la durée des formations, le manque d’opportunités d’évolution interne et la complexité des parcours. Ces enjeux prennent d’autant plus d’importance que les besoins en recrutement varient fortement selon les activités. Le transport de fret, dominé par de très grandes structures, recherche surtout des officiers hautement qualifiés. Le transport de passagers national et international, soumis à une forte saisonnalité, recrute massivement des agents des services généraux à bord (ADSG). Le transport côtier de passagers, composé en partie de moyennes et de petites structures, connaît lui aussi de très fortes variations saisonnières d’effectifs, mais sur des profils essentiellement navigants.

 

La reconversion, un vivier qui monte en puissance

Si le recours à l’alternance demeure limité, concentré dans les entreprises de plus grande taille, notamment les armateurs au long cours et sur des fonctions d’officiers, le secteur se distingue par son ouverture à des profils divers. Les chiffres sont éloquents : 71% des armateurs ont déjà recruté un profil en reconversion, et 64% estiment que ce vivier gagnera en importance dans les prochaines années. Le transport côtier de passagers semble particulièrement prisé par les personnes en reconversion.

 

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Décarbonation et numérique : deux transitions qui redessinent les métiers

Le transport maritime est engagé dans une double transition, écologique et numérique, qui transforme en profondeur ses activités. L’objectif de neutralité carbone à horizon 2050 accélère le développement de nouvelles motorisations, comme le GNL, l’électrique ou la propulsion vélique. En parallèle, le déploiement de capteurs, de l’intelligence artificielle et de l’automatisation ouvre de nouveaux leviers d’efficacité, avec des réductions de délais d’acheminement pouvant atteindre 35%. Les entreprises de la branche prennent la mesure de ces enjeux. À horizon trois ans, plus de 60% d’entre elles prévoient d’accroître leurs investissements dédiés aux transitions énergétique et écologique, et plus de 30% leurs actions de formation sur ces sujets.

Sur le volet numérique, près de 50% des répondants envisagent d’investir davantage dans les outils et équipements, et 40% de renforcer leurs efforts de formation. Ces évolutions redéfinissent les compétences attendues. De nouveaux besoins émergent dans le numérique (développement des systèmes de capteurs, « smart contracts » basés sur la blockchain), la cybersécurité (protection des commandes de bord et des informations commerciales sensibles face à leur numérisation croissante) et la maintenance avancée (amélioration de l’IHM à bord grâce à la réalité augmentée, assistance visuelle et auditive). À l’inverse, certaines fonctions administratives pourraient diminuer.

Ces transformations concernent d’abord les grandes entreprises ou les entreprises spécialisées, mais elles soulèvent la question de la maîtrise des compétences sous-jacentes au sein des PME.Cette temporalité propre au maritime avait déjà été soulignée dans nos colonnes. Comme Isabelle Maimbourg, directrice générale d’OPCO Mobilités, l’avait déclaré dans nos lignes : « Les enjeux varient sensiblement selon le mode de transport ». Dans cet entretien accordé à Thotis, elle rappelait que le transport maritime opère selon des délais plus longs que la route, liés aux cycles de renouvellement des flottes et aux réglementations internationales.

Formation : la décarbonation en tête des priorités pour 2026

Face à ces mutations, la formation, initiale comme continue, apparaît comme un levier central, mais encore perfectible. Si elle est globalement jugée satisfaisante, elle reste parfois trop théorique et insuffisamment adaptée aux besoins émergents. Une enquête en ligne menée auprès des entreprises de la branche hiérarchise les priorités de formation pour 2026 : les principes de décarbonation et les énergies alternatives arrivent en tête, cités comme un besoin majeur par 57% des répondants. La maîtrise des normes de RGPD et de cybersécurité suit, citée par près de 40% des entreprises interrogées. Ce classement confirme que la transition écologique n’est plus une perspective lointaine pour le secteur, mais un chantier de compétences immédiat, au même titre que la sécurisation des systèmes d’information à bord des navires.

Attractivité, formations, anticipation : trois axes de travail pour la branche

Au-delà du diagnostic, ces deux études ont permis d’identifier plusieurs axes de travail dont les représentants de la branche se sont saisis pour engager une réflexion autour de trois priorités :

  • Renforcer l’attractivité et la fidélisation des navigants, notamment via les conditions de travail et les perspectives de carrière ;
  • Adapter les formations aux transitions numérique et écologique (compétences nouvelles, alternance) ;
  • Anticiper l’évolution des métiers en accompagnant les entreprises face aux transformations du secteur.

« Le transport maritime est au cœur de deux grands défis de notre époque : la transition écologique et la révolution numérique. Secteur stratégique, qui porte 90% du commerce international, il se transforme en profondeur, et avec lui ses métiers, ses compétences, ses parcours. Ces deux études le montrent : la branche a tous les atouts pour faire de cette transformation une opportunité. C’est pourquoi nous travaillons, aux côtés des acteurs de la branche, à développer des parcours plus lisibles et sécurisés, et à faciliter les mobilités professionnelles tout au long de la carrière », déclare Isabelle Maimbourg, directrice générale d’OPCO Mobilités. Le transport maritime s’inscrit dans le périmètre plus large de cet opérateur de compétences, qui agit auprès de 176 214 entreprises issues de 17 branches professionnelles, 1,7 million de salariés et près de 74 000 alternants. Comme Isabelle Maimbourg l’avait déclaré dans nos lignes : « Nous couvrons les métiers du transport au sens large : marchandises, voyageurs, aussi bien sur la mer que sur les fleuves, sur la route que sur le rail ».

Ce qu'il faut retenir

Avec 760 entreprises, près de 28 000 salariés et 18 445 navigants en 2023 (+7,7% sur un an), le transport maritime français aborde une décennie charnière. Les deux études publiées par la branche avec l’appui d’OPCO Mobilités confirment que la décarbonation et les énergies alternatives constituent désormais le premier besoin de formation du secteur, cité par 57% des entreprises, devant la cybersécurité et le RGPD (près de 40%). Recrutement d’officiers qualifiés, ouverture aux profils en reconversion, adaptation des formations aux nouvelles motorisations et aux outils numériques : autant de chantiers qui feront des prochaines années un test grandeur nature pour la capacité du secteur à transformer ses contraintes en opportunités.

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Crédit : OPCO Mobilités