Lycée : l’enseignement scientifique pourrait être supprimé pour alléger les emplois du temps
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Lors de l’entretien exclusif accordé à Thotis à Matignon, lundi 26 octobre, le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, a ouvert la porte à une suppression de l’enseignement scientifique en première et en terminale. Un groupe de travail doit examiner sa place, celle des mathématiques en première et l’offre de spécialités, avec un objectif affiché : réduire le volume horaire des lycéens et mettre fin aux journées à rallonge.
Par La Rédaction
Parmi les chantiers ouverts pour répondre à la mobilisation lycéenne, celui de l’enseignement scientifique pourrait bouleverser l’emploi du temps de tous les élèves de la voie générale. Devant Thotis, quelques heures avant la présentation officielle des mesures du gouvernement, Édouard Geffray a annoncé son intention de « s’interroger sur la place de l’enseignement scientifique en première et en terminale », sans exclure l’option la plus radicale : « S’il faut aller jusqu’à la suppression, la suppression pourra être envisagée. »
Le ministre répond ainsi à la première préoccupation exprimée par les lycéens lors de la consultation nationale organisée du 6 au 23 octobre : le temps scolaire, cité dans 71,4 % des plus de 100 000 contributions. Les élèves y décrivent des journées pouvant s’étirer de 8 heures à 18 heures, des emplois du temps mal structurés et ponctués d’heures sans cours, ainsi qu’une charge de travail personnel jugée excessive.
Édouard Geffray ne cache pas ses doutes sur cet enseignement créé par la réforme du lycée de 2019 : « L’enseignement scientifique a du mal à trouver son public et, en réalité, sa finalité », a-t-il expliqué à Thotis. Le ministre pointe surtout un paradoxe né des retouches successives de la réforme. Pour corriger la place réduite des mathématiques, un enseignement spécifique a été ajouté en 2023 aux élèves de première qui ne suivent pas la spécialité, si bien que ces derniers ont aujourd’hui une heure et demie de cours de plus par semaine que leurs camarades spécialistes.
Ce dossier, le ministre assure l’avoir longtemps gardé en réserve : « C’est un sujet que je voulais ouvrir depuis longtemps, mais que je ne pensais pas ouvrir dans cette période, qui invitait selon moi à la stabilité. Comme il existe une forme de consensus pour dire que le sujet peut être ouvert, nous nous autorisons à l’ouvrir. » Sébastien Lecornu avait lui-même cité « la question maths » et l’enseignement scientifique parmi les sujets lycéens à traiter, dans le cadre d’un réexamen de l’application de la réforme Blanquer destiné à y introduire davantage de souplesse.
Ce que recouvre aujourd’hui l’enseignement scientifique
Obligatoire pour tous les élèves de la voie générale, l’enseignement scientifique fait partie du tronc commun de première et de terminale, à raison de deux heures par semaine. Il mobilise la physique-chimie, les sciences de la vie et de la Terre et des outils mathématiques autour de grands thèmes, de l’histoire de la matière au climat, en passant par l’énergie et l’histoire du vivant, avec l’ambition de transmettre une culture scientifique à tous les lycéens, y compris à ceux qui n’ont choisi aucune spécialité scientifique. Évalué entièrement en contrôle continu, il pèse 6 coefficients sur 100 au baccalauréat, à parts égales entre la première et la terminale. La voie technologique n’est pas concernée : ses élèves suivent un enseignement de mathématiques dans le tronc commun, avec le même coefficient.
L’enseignement scientifique aujourd’hui
| Élément | Ce qu'il faut savoir |
|---|---|
Élèves concernés | Tous les élèves de première et de terminale de la voie générale |
Horaire | 2 heures par semaine en première et en terminale |
Mathématiques en première | 1 h 30 supplémentaire, intégrée à l'enseignement scientifique, pour les élèves qui ne suivent pas la spécialité mathématiques |
Thèmes de première | Une longue histoire de la matière ; le Soleil, notre source d'énergie ; la Terre, un astre singulier ; son et musique, porteurs d'information |
Thèmes de terminale | Science, climat et société ; le futur des énergies ; une histoire du vivant |
Évaluation | Contrôle continu, coefficient 3 en première et 3 en terminale |
Épreuve anticipée de mathématiques | Depuis juin 2026, épreuve de 2 heures en fin de première (coefficient 2), qui porte pour les non-spécialistes sur les mathématiques intégrées à l'enseignement scientifique |
Une éventuelle suppression de l’enseignement scientifique pourrait s’accompagner d’une autre évolution : l’intégration des mathématiques de première dans le tronc commun, afin que les élèves qui ne choisissent pas la spécialité ne se retrouvent plus avec des heures de cours supplémentaires. Les deux chantiers sont liés, puisque l’enseignement de mathématiques destiné aux non-spécialistes est aujourd’hui rattaché à l’enseignement scientifique.
Ces heures de mathématiques comptent désormais pour l’examen, puisque depuis juin 2026, tous les élèves de première générale et technologique passent une épreuve anticipée de mathématiques de deux heures, sans calculatrice et dotée d’un coefficient 2, qui porte pour les non-spécialistes sur le programme intégré à l’enseignement scientifique. La réorganisation envisagée touche donc directement à ce socle commun, auquel Édouard Geffray se montre attaché : le ministre défend une école recentrée sur la maîtrise du langage et du raisonnement scientifique.
Moins d’heures et des spécialités regroupées
L’enseignement scientifique s’inscrit dans un chantier plus large sur l’organisation du temps scolaire : un groupe de travail examinera les modalités de certains enseignements, à commencer par celui-ci, ainsi que l’offre de spécialités, qui pourrait être structurée autour de combinaisons de trois spécialités définies au niveau national et adaptées aux réalités des établissements. Édouard Geffray a expliqué qu’il suffit aujourd’hui qu’un élève choisisse une combinaison qui ne ressemble à aucune autre pour bouleverser l’emploi du temps de tous. Dès la rentrée 2027, une pause méridienne d’au moins une heure sera par ailleurs garantie dans tous les lycées.
Le ministre assume l’objectif d’une baisse des heures de cours : « J’ouvre le chantier pour obtenir une diminution du volume horaire en première et en terminale, et une rationalisation des choix de spécialités qui évite les journées à rallonge et les trous au milieu. Tout le monde verra la différence. » Il se refuse en revanche à toute promesse individuelle : « Garantir à chaque élève de France un après-midi libéré ou une fin des cours à 16 heures, quelle que soit sa combinaison de spécialités, ce serait mentir. »
Évoquant la pression scolaire, Édouard Geffray a reconnu un système éducatif historiquement fondé sur l’idée que plus les élèves accumulent de connaissances, plus ils sont censés être brillants à la sortie, et précisé la méthode qu’il entend suivre : « Je ne suis pas en mesure de refondre tous les programmes. En revanche, m’interroger sur la pertinence de certains enseignements et éventuellement acter leur abandon, cela, je suis capable de le faire, et donc de faire baisser globalement la pression en nombre d’heures. »
L’idée aurait été soumise aux organisations lycéennes reçues à Matignon le même jour, qui l’auraient rejetée, estimant qu’une telle suppression se ferait au détriment de leurs connaissances et risquerait d’accroître les inégalités. Les lycéens auraient proposé à la place de raccourcir les vacances d’une semaine pour étaler les cours sur l’année, une option que le gouvernement aurait écartée pour préserver le secteur touristique.
Pour une partie des élèves, l’enjeu dépasse la question de l’emploi du temps : chez ceux qui n’ont retenu aucune spécialité scientifique, l’enseignement scientifique représente aujourd’hui le seul cours de sciences après la seconde.
Ce qui pourrait changer pour les lycéens
Aucune décision n’est prise à ce stade, et aucun calendrier propre à ce chantier n’a été fixé, même s’il s’inscrit dans le volet consacré au temps scolaire, dont les premières mesures s’appliqueront à la rentrée 2027. Si la suppression était retenue, les élèves de la voie générale gagneraient jusqu’à deux heures par semaine en première comme en terminale, et la répartition de son coefficient au baccalauréat resterait à trancher. Les notes d’enseignement scientifique figurent aujourd’hui dans le dossier Parcoursup, comme celles de toutes les matières du tronc commun.
Un autre chantier, distinct, avance en parallèle : celui du contrôle continu, dont le maintien en classe de première est également mis en question. Sur ce point, Édouard Geffray souhaite aboutir au plus tard début janvier, pour une application dès la rentrée 2027.
Les pistes à l’étude pour le lycée
| Piste | Ce qui est envisagé | Statut |
|---|---|---|
Enseignement scientifique | Réexamen de sa place en première et en terminale, pouvant aller jusqu'à la suppression | Groupe de travail |
Mathématiques de première | Intégration au tronc commun pour supprimer les heures supplémentaires des non-spécialistes | Piste envisagée |
Spécialités | Combinaisons de trois spécialités définies au niveau national et adaptées aux établissements | Groupe de travail |
Volume horaire | Baisse des heures de cours en première et en terminale | Chantier ouvert |
Pause déjeuner | Une heure minimum garantie dans tous les lycées | Rentrée 2027 |
Contrôle continu | Maintien en première en question, harmonisation de la notation | Décision attendue début janvier 2027 |
Pistes présentées par le ministre de l’Éducation nationale le 26 octobre 2026.
