ICN Business School officialise ATMx, sa philosophie de l’hybridation, et engage une nouvelle étape de son développement
Pionnière du croisement des disciplines avec l’alliance ARTEM et sa pédagogie « Art, Technologie, Management », la grande école donne désormais un nom, une méthode et un calendrier à sa conviction historique. Rebaptisée ATMx, sa philosophie pédagogique irriguera l’ensemble des programmes dès le 15 janvier 2027, avant l’ouverture, à la rentrée 2027, d’un bachelor inédit en France mêlant sciences, arts et management. Devant la presse, mardi 15 septembre à Paris, le directeur général François Thérin a également assumé un cap de croissance ambitieux dans un écosystème des grandes écoles sous tension, tout en réaffirmant l’attachement d’ICN aux classes préparatoires.
Par Thibaud Arnoult
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Dans le paysage français des écoles de management, ICN Business School fait figure de pionnière de l’hybridation. Depuis 1999, l’établissement, fondé à Nancy en 1905, partage son campus et ses ateliers avec Mines Nancy et l’École nationale supérieure d’art et de design, au sein de l’alliance ARTEM, dont est issue sa pédagogie ATM (Art, Technologie, Management). C’est ce modèle que l’école, triple accréditée AACSB, EQUIS et AMBA, a présenté sous une forme renouvelée lors de sa conférence de rentrée, mardi 15 septembre à Paris. « À chaque grande transition, ICN a su se réinventer », a résumé François Thérin, directeur général depuis le 26 janvier 2026. Arrivé après une carrière internationale menée en Malaisie, aux Émirats arabes unis et au Maroc, il a reçu pour mission de porter le développement global de l’école.
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Huit mois après sa prise de fonction, le dirigeant a donc présenté ATMx, prolongement assumé de la pédagogie maison. Le « x » y désigne à la fois l’extension et la connexion : partir de fondations solides (concepts, disciplines, histoires) pour aller chercher délibérément les personnes et les expériences que le seul monde du business ne croiserait jamais. L’intelligence artificielle sert de révélateur à cette conviction ancienne : une part du savoir académique, hier différenciante, est désormais accessible en quelques secondes. « La connaissance se copie en une seconde ; le jugement, la décision sous pression et la capacité à relier des mondes qui ne se rencontrent pas ne se copient pas », résume François Thérin, pour qui l’IA « ne retire pas de valeur à une formation, mais révèle où cette valeur a toujours été ».
Concrètement, les méthodes ATMx seront intégrées à tous les programmes à partir du 15 janvier 2027. Au menu : la méthode dite des « 200 cycles », inspirée de la formation des pilotes, qui soumet les étudiants à des situations réelles et chronométrées, suivies d’un retour immédiat et d’une réflexion consignée, soit environ deux cents décisions journalisées sur un parcours. L’école fera également entrer dans ses cours des praticiens « dont l’expertise est indiscutable », sous contrat pluriannuel : négociatrice du RAID, médecin urgentiste, diplomate, grand maître d’échecs, préparateur mental des forces spéciales, philosophe, poète ou chef d’orchestre. « Ce ne sont pas des gens qui viennent faire deux heures de conférence et qui repartent », a insisté le directeur général, qui privilégie la co-scénarisation des enseignements avec les professeurs. S’y ajoutent une semaine-problème annuelle, encadrée par deux disciplines et un praticien devant jury, et l’apprentissage de l’IA dès la première année, sous supervision humaine : l’étudiant devra toujours pouvoir expliquer son livrable sans l’outil.
L’organisation suit la pédagogie. Depuis le 14 septembre, ICN s’est dotée d’une direction de l’expérience étudiante rattachée au comité exécutif, confiée à un profil venu de l’hôtellerie de luxe. Au 1er janvier 2027, la faculté sera restructurée en départements-missions et studios de recherche. Quant à l’automatisation des démarches administratives, elle restera bornée aux questions de routine : « À ICN, l’IA ne remplace jamais l’humain, mais c’est souvent le premier niveau », précise François Thérin.
Vitrine de cette philosophie, le Bachelor of Science and Arts in Business (BScAB) ouvrira à la rentrée 2027, simultanément à Paris et à Berlin, avec un échange obligatoire entre les deux campus. Entièrement en anglais, ce programme en trois ans, sans équivalent en France selon l’école, accordera une place égale aux sciences, aux arts et au management. Environ 90 places sont prévues par promotion, dont une cinquantaine via Parcoursup, sur dossier, entretien et portfolio. Chaque semestre comportera un ATMx Lab, du management sensoriel en première année à une simulation de crise de 48 heures en troisième. Le sixième semestre sera consacré à une thèse polymathique soutenue en public et à une résidence de trois mois minimums, dans le sport, l’humanitaire ou d’autres cadres inhabituels. Chaque étudiant disposera d’un tuteur et d’un « jumeau numérique », une chambre d’écho nourrie de ses productions, dont le lancement est attendu en novembre. Dirigé par l’enseignant-chercheur Thomas Blonski, le programme sera facturé 14 800 euros par an, contre 9 000 euros par an pour le Bachelor in Management.
Ce dernier, programme historique visé et gradé depuis 1990, recevra les méthodes ATMx dès janvier 2027, avec quatre nouveaux enseignements d’ouverture (philosophie, éthique et pensée critique en première année, anthropologie culturelle et géopolitique du business en deuxième). Avec l’International BBA, l’offre post-bac s’organisera ainsi en trois parcours « sans hiérarchie entre eux ». En février 2027, l’école ouvrira par ailleurs, à Paris et à Berlin, un Foundation Programme d’un an en anglais (450 heures, deux rentrées annuelles, environ 9 900 euros selon la direction), opéré en interne et non sous-traité, préparant à l’entrée en bachelor avec une bourse pouvant atteindre 20 % de la première année selon les résultats.
Autre annonce de la rentrée : le rapprochement avec l’Efrei, grande école d’ingénieurs du numérique de l’université Paris Panthéon-Assas. La convention, désormais signée, doit déboucher sur un double diplôme et des collaborations en formation initiale comme en formation continue. L’école y voit la transposition parisienne de l’esprit ARTEM, à l’image de ce que Mines Nancy lui apporte en Lorraine. Le portefeuille se complète enfin d’un MSc in Finance à quatre parcours, enseigné à Paris et à Berlin à partir de septembre 2027, et d’un Executive PhD lancé en janvier 2027, aux côtés du Programme Grande École, des masters spécialisés et de l’Executive MBA, qui fêtera ses vingt ans en novembre.
Ces annonces s’inscrivent dans un contexte que personne, dans le secteur, ne juge favorable. Plusieurs grandes écoles de management affichent des comptes dans le rouge, des centaines de places restent vacantes aux différents concours, et la baisse de la natalité, continue en France depuis 2011, réduira mécaniquement le vivier de bacheliers au tournant des années 2030. Interrogé sur la santé financière de l’établissement, dont le budget avoisine 32 millions d’euros, François Thérin n’élude pas : le retour de capacités d’investissement en propre passe par la croissance. ICN, qui compte aujourd’hui environ 3 200 étudiants, s’est fixé un plan à 36 mois pour atteindre 4 200 étudiants.
Pour y parvenir, l’école mise d’abord sur son adossement à GEDU, groupe international dont le seul métier est l’éducation, présent dans seize pays pour quelque 600 millions d’euros de chiffre d’affaires, selon son directeur général. « Ce n’est pas un capital-investisseur, il n’y a pas de fonds de pension qui aurait besoin de revendre au bout de sept ans », a-t-il défendu, écartant tout scénario de rationalisation : « Le plan d’ICN est un plan de croissance », y compris sur le plan des effectifs salariés. L’école entend ensuite capitaliser sur les étudiants internationaux, dont les projections annoncent la progression en France et plus encore en Allemagne, où le campus berlinois, installé à Moabit depuis 2025, offre notamment des facilités de visa à certaines nationalités. Côté français, la stratégie consiste à élargir le vivier en attirant des profils hybrides, venus des lettres, du droit ou des sciences, qui ne se destinaient pas spontanément à une formation en management. L’apprentissage, qui concerne environ 45 % des étudiants, reste enfin un pilier : la direction dit voir dans le gel budgétaire annoncé une « pause » offrant de la visibilité aux entreprises partenaires, tout en reconnaissant un tassement des offres du côté des PME.
Restait la question des prépas, dans un climat alourdi par le bilan du SIGEM 2026 : dix écoles n’ont pas fait le plein au concours et 383 places réservées aux CPGE économiques et commerciales resteront vacantes, alors même que le nombre de candidats progressait. Un constat qui a conduit l’APHEC et son président Alain Joyeux à appeler grandes écoles, SIGEM et ministère de tutelle à définir une stratégie commune au cours de l’année 2026-2027, pour éviter que le continuum prépa – grande école ne se rétracte autour d’une poignée d’établissements.
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Sur ce terrain, François Thérin a tenu à se démarquer des établissements qui ont réduit la voilure. « Les classes préparatoires restent importantes pour nous, sinon nous aurions arrêté, comme certains de nos confrères », a-t-il glissé, avant de fermer la porte à toute baisse du nombre de places offertes aux préparationnaires : « Ce n’est pas prévu. » Si le vivier diminue, l’école y voit paradoxalement un signal positif: le rang de son dernier intégré aurait progressé d’environ 200 places cette année et, selon les chiffres avancés de mémoire par son directeur général, une quarantaine des quelque 60 intégrés de la session 2026 avaient placé ICN en premier choix. Plutôt que de courir après le volume, le dirigeant veut convaincre par la différenciation, celle-là même qu’ATMx entend incarner : « Nous voulons que la décision d’entrer à ICN soit extrêmement claire. »
28.08.2026
Bilan du SIGEM 2026 : 383 places vacantes en écoles de management, l’APHEC appelle à élaborer une stratégie commune
