Enseignement supérieur : une hausse plus modérée des effectifs, portée par les masters, et un léger repli des classes préparatoires
Le nombre d’étudiants devrait continuer d’augmenter en France, mais à un rythme de plus en plus lent, montrent les dernières projections du ministère de l’Enseignement supérieur. Près de 3 075 000 étudiants seraient inscrits à la rentrée 2026, soit 0,8 % de plus qu’un an plus tôt, puis 3 093 800 en 2027 (+0,6 %). Derrière cette progression se dessine une recomposition : l’université et les masters porteraient l’essentiel de la hausse, les classes préparatoires connaîtraient un léger repli après trois années de progression, et les BTS verraient leurs effectifs d’apprentis diminuer, en partie compensés par la voie scolaire.
Par Thibaud Arnoult
Une hausse ramenée à +0,6 % en 2027, des universités à l’origine de 74 % de la progression de 2026 et des classes préparatoires en repli de 2,6 % : 3 093 800 étudiants sont attendus à la rentrée 2027.
Après 45 900 étudiants supplémentaires en 2024 et 32 100 en 2025, l’enseignement supérieur n’en gagnerait plus que 25 000 en 2026, puis 19 100 en 2027, soit une décélération continue sur quatre rentrées. La rentrée 2025 avait encore porté les effectifs à 3 049 600 inscrits, un record tiré par l’université hors IUT (+39 300 étudiants), quand les établissements préparant au BTS perdaient 11 500 inscrits sous l’effet de la baisse des aides publiques à l’apprentissage.
Ce ralentissement s’explique d’abord par la stagnation des entrées : le nombre de bacheliers plafonnerait autour de 683 000 en 2026 et de 684 400 en 2027, après 682 000 en 2025, et leur taux de poursuite d’études fléchit légèrement, de 80,5 % en 2024 à 79,6 % en 2025, puis 79,3 % en 2026. Le nombre de néo-bacheliers entrant dans le supérieur, qui atteignait 553 100 en 2024, se maintiendrait autour de 542 000, si bien que les effectifs reculeraient aux niveaux bac+1 et bac+2.
La hausse globale tient donc davantage à un effet de stock qu’à un effet de flux. Les promotions nombreuses de bacheliers 2023 et 2024 avancent dans leur cursus et gonflent les années supérieures, alors même que les nouvelles cohortes cessent de grossir. Ce décalage déplace progressivement le centre de gravité du supérieur vers les cycles longs.
Effectifs projetés par filière (en milliers)
| Filière | 2025 (constat) | 2026 | 2027 | Évolution 2026 | Évolution 2027 |
|---|---|---|---|---|---|
|
Université, IUT compris
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1 672,9 | 1 692,4 | 1 707,2 | +1,2 % | +0,9 % |
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dont IUT
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148,6 | 149,7 | 150,3 | +0,7 % | +0,4 % |
|
CPGE
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87,1 | 84,8 | 84,0 | -2,6 % | -1,0 % |
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BTS sous statut scolaire
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221,6 | 226,8 | 228,9 | +2,3 % | +0,9 % |
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BTS en apprentissage
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172,1 | 162,1 | 160,2 | -5,8 % | -1,2 % |
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Formations d'ingénieurs (hors université)
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162,8 | 167,1 | 170,2 | +2,7 % | +1,8 % |
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Écoles de commerce, gestion et vente
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253,4 | 257,5 | 259,4 | +1,6 % | +0,7 % |
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Grands établissements
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49,4 | 51,4 | 51,1 | +4,1 % | -0,6 % |
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Établissements privés libres
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44,8 | 45,7 | 46,2 | +2,0 % | +1,2 % |
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Autres formations
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385,6 | 386,7 | 386,5 | +0,3 % | 0,0 % |
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Total
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3 049,6 | 3 074,6 | 3 093,8 | +0,8 % | +0,6 % |
Autres formations : formations paramédicales et sociales, écoles d’art et formations culturelles, CPES, classes passerelles et autres établissements. Source : MESRE-SIES, note flash n° 25, octobre 2026.
Les universités accueilleraient 18 500 étudiants de plus en 2026 et 14 100 en 2027 : à elles seules, elles porteraient près des trois quarts de la croissance totale du supérieur. Le master en est le principal ressort, avec 10 800 inscrits supplémentaires en 2026 (+1,7 %), soit plus de 40 % de la hausse nationale, puis 6 800 en 2027 (+1,1 %). Deux mouvements l’alimentent : l’arrivée au niveau bac+4 des cohortes nombreuses de 2023 et 2024, et la poursuite d’études des étudiants qui achèvent leur troisième année de BUT, un effet direct de la réforme qui a porté ce diplôme à trois ans.
En licence, la progression serait plus mesurée (+0,9 % en 2026, +0,8 % en 2027), soit 17 700 inscriptions supplémentaires sur deux ans. Les hausses les plus fortes concernent les disciplines de santé (+3 % en 2026), le PASS LAS (+1,9 %), auquel la licence portail santé succédera à la rentrée 2027 dans le cadre de la réforme des études de santé, et les sciences (+1,6 %). Le droit, après plusieurs années de forte hausse, se stabiliserait (+0,1 % en 2027).
À l’autre bout du cursus, le doctorat reculerait (-1,0 % en 2026, -0,7 % en 2027), avec un contraste marqué entre disciplines : les inscriptions progresseraient en sciences et en santé, portées par la croissance des masters dans ces domaines depuis 2023, et reculeraient en lettres et sciences humaines (-3,6 % en 2026) comme en sciences économiques (-4,1 %).
Hors université, le contraste le plus marqué concerne les BTS. Après avoir perdu 11 500 inscrits en 2025, la filière verrait ses effectifs d’apprentis diminuer pour la troisième année consécutive : 10 000 de moins en 2026 (-5,8 %), puis 1 900 de moins en 2027 (-1,2 %). La voie scolaire progresserait en parallèle (+5 100 étudiants en 2026, +2 100 en 2027), sans compenser entièrement la baisse, si bien que les BTS perdraient au total 4 800 étudiants en 2026 avant de se stabiliser en 2027.
Cette évolution reflète le rôle qu’ont joué les aides à l’embauche dans le développement de l’alternance : instaurées en 2020, puis réduites et recentrées à partir de 2025, elles avaient fait de l’apprentissage un puissant levier de croissance pour la filière, au point que les apprentis représentaient en 2025 plus de quatre étudiants de BTS sur dix. L’équilibre se déplace désormais vers le statut scolaire, qui regroupe 56 % des étudiants de BTS et en rassemblerait près de 59 % en 2027.
Le gouvernement a choisi de miser sur cette voie : parmi les 15 000 places supplémentaires annoncées lundi 26 octobre par Sébastien Lecornu figurent 10 000 places de BTS, portées par l’Éducation nationale et destinées en priorité à renforcer l’accès des bacheliers professionnels au supérieur.
Après trois années de progression, les classes préparatoires aux grandes écoles accueilleraient 2 200 étudiants de moins à la rentrée 2026 (-2,6 %), puis 900 de moins en 2027 (-1,0 %). Ce léger repli tient d’abord à la démographie : il résulte de l’effet cumulé d’une baisse du nombre d’élèves de terminale générale en 2025 et d’un léger tassement des taux d’inscription des néo-bacheliers, 38 900 nouveaux bacheliers devant rejoindre une CPGE en 2026, un niveau proche de celui de 2022. Les effectifs, attendus à 84 800 étudiants en 2026, resteraient supérieurs à ceux de 2023 (82 400), au terme d’un cycle de forte progression.
Les voies scientifiques, qui rassemblent près des deux tiers des élèves de CPGE, connaîtraient l’évolution la plus contenue (-1,5 %), devant les voies économiques et commerciales (-3,7 %) et littéraires (-5,6 %). Le lien étroit entre les classes préparatoires et la voie générale explique leur sensibilité aux évolutions démographiques du lycée : sur Parcoursup en 2026, 10,5 % des bacheliers généraux ont accepté une classe préparatoire.
L’information des lycéens compte aussi : chaque année, des lycéens brillants n’ont jamais entendu parler d’un CPES, d’une CPGE ou d’un CMI, dans une offre post-bac devenue un maquis de sigles et de labels. Mieux l’expliquer dès le lycée permettrait à chaque élève d’envisager l’ensemble des voies qui lui sont ouvertes.
Les formations d’ingénieurs hors université continueraient de croître (+2,7 % en 2026, +1,8 % en 2027), avec 7 400 étudiants supplémentaires sur deux rentrées. Les écoles de commerce, de gestion et de vente poursuivraient elles aussi leur progression (+1,6 % puis +0,7 %), après une année 2025 particulièrement dynamique (+2 %). Les grands établissements afficheraient la plus forte hausse en 2026 (+4,1 %), avant un léger repli en 2027.
Dans les études de santé, les projections dessinent une stabilité en médecine, autour de 101 000 étudiants, mais une nette progression en pharmacie (+2,5 % puis +5,1 %) et en maïeutique (+3,3 % puis +4,9 %), après un léger recul entre 2023 et 2025. Hors université, les formations paramédicales et sociales resteraient stables, tandis que les formations culturelles et artistiques connaîtraient un léger recul (-0,8 % puis -1,6 %).
Ces projections reposent sur les prévisions d’effectifs de terminale de la DEPP, elles-mêmes adossées aux projections démographiques de l’Insee, puis sur les flux observés de réussite, de passage, de redoublement et de réorientation, complétés par les premières données de Parcoursup et de Mon Master. Elles intègrent les effets des réformes en cours, comme celle du BUT, mais restent par nature sensibles aux décisions publiques.
Les annonces du 26 octobre pourraient ainsi en déplacer certains équilibres : les 4 000 places de BUT prévues pour les rentrées 2027 et 2028 dépassent largement la progression projetée des IUT, limitée à 1 100 étudiants en 2026 et 600 en 2027. Leur ouverture, d’abord en Île-de-France, répond moins à une hausse globale de la demande qu’à des tensions territoriales : la région concentre plus de 90 % des difficultés d’affectation, notamment en BUT et en BTS, et les académies de Créteil et de Versailles affichent en 2026 les taux de proposition les plus faibles de France métropolitaine sur Parcoursup.
L’effort mérite d’être salué, mais une place obtenue ne garantit pas la réussite. À peine quatre bacheliers sur dix entrés en licence obtiennent leur diplôme en trois ou quatre ans, et moins d’un sur deux passe directement en deuxième année, alors qu’une année à l’université représente une dépense moyenne de plus de 12 000 euros par étudiant. Le tutorat, l’accompagnement méthodologique et le suivi des étudiants en difficulté gagneraient à changer d’échelle, en appui des initiatives déjà engagées par les établissements.
